Un ouvrage jeunesse parle de la crise Covid par un “troublant” plagiat

Nicolas Gary - 22.07.2020

Edition - contrefaçon livre jeunesse - Elise Gravel plagiat - Simon rentrée covid


Sacré Covid : il en aura inspiré des histoires pour les enfants ! Le virus a démultiplié, assez logiquement, les publications, pour expliquer aux plus jeunes les risques, les gestes barrière et traiter bien d’autres sujets encore. Parfois avec une précipitation étonnante.


 

Voilà quelque temps, un financement participatif est lancé pour la création d’un ouvrage, Drôle de rentrée pour Simon, fruit de la collaboration entre trois personnes : Marie Joubert, qui dirige une agence de rédaction, Marie Joubert & Cie, initie le projet avec Corinne Ego, consultante opérationnelle à son compte. Avec elles, Sébastien Guaquière, directeur artistique également à son compte pour SEBCOM, va apporter la note visuelle.
 

Covid sois qui mal y pense


Un album jeunesse réalisé par ces trois Amiénois qui passe par Kiss Kiss Bank Bank pour obtenir les 150 préventes attendues — 16 € l’exemplaire. 

« Tout allait pourtant bien en ce début d’année 2019. Simon, 8 ans et demi était très content d’aller à l’école. Il avait des copains et des copines. Et puis, en mars, un virus était venu tout gâcher. Là, c’est la rentrée de septembre. Simon est pressé de retrouver tout le monde. Mais, sur le chemin de l’école, il se rend bien compte que des choses ont changé », expliquent les coauteurs. 

La presse locale, férue de ce type d’initiative, s’emballe et raconte cette délicieuse histoire avec empressement. France 3 Picardie se lance, Le Courrier picard également : bref, les médias savourent cette réalisation, conçue pour rassurer les enfants. Un peu moins le respect du Code de la propriété intellectuelle.

Parce qu’entre la rentrée de Simon et le travail d’Élise Gravel, autrice québécoise, il se retrouve comme un air de famille vilainement consanguin. Publié tout à la fois aux éditions Les 400 coups (Québec) et chez Alice jeunesse (Belgique), le sang de l’autrice n’a fait qu’un tour en découvrant l’histoire de Simon — et surtout, les illustrations.
 

Ne pas payer la (contre)façon ?


Contactée par les Alice éditions, Marie Joubert assure dans un premier temps avoir fait retirer de la vente via Amazon — où l’ouvrage était proposé en autopublication. Et doit encore intervenir auprès de Sébastien Guaquiere pour « qu’il règle la question directement avec Élise Gravel ». L’illustrateur indélicat, contacté par ActuaLitté, nous indique ne pas être disponible avant début août. En regard de ses sources d’inspiration et de la suite des événements, son agenda risque pourtant de se charger.

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En effet, le titre a déjà été commercialisé, que ce soit sur le site de vente en ligne, ou encore à la librairie Martelle. Cette dernière tombe des nues en découvrant « la ressemblance » avec les éléments que nous lui avons présentés. Car mis en face à face, au jeu des 7 erreurs, il devient difficile de se tromper. [Ndr : après parution de l'article, la librairie nous informe que l'ouvrage a été retiré de la vente après vérification]

Or, l’affiche a été diffusée en janvier 2018, le laissant que peu de place au doute quant à son antériorité.

« Permettre à cette aventure d’aller jusqu’au bout. Il ne s’agit pas d’une collecte, mais d’une prévente, d’une souscription en quelque sorte. Nous avons besoin de vous pour partager et nous faire connaitre », indique la campagne de financement participatif. Sans rougir. 

À cette heure, l’agente d’Élise Gravel a procédé à une mise en demeure auprès des auteurs de retirer l’ouvrage, définitivement. 
 

Simon revisité, en urgence


Manifestement très préoccupée et totalement ignorante du travail qu’avait réalisé l’illustrateur, Marie Joubert vient d’annoncer que le livre allait être réédité : Simon « change de style, mais pas d’histoire ». Et dans le même temps, de reconnaître auprès des éditeurs d’Élise Gravel : « Toutes les illustrations étaient réalisées à partir du même personnage... Donc, vous le constaterez, ils sont tous sur l’affiche de madame Gravel. »

ActuaLitté a pu consulter le fichier numérique qui a servi à l’impression : on y retrouve bien des personnages “inspirés” de l'univers d'Elise Gravel, et d'autres qui sont de parfaites, ou quasi-parfaites reproductions à l'identique. 

« Nous avons pris toutes les mesures pour remédier au problème et le graphiste est en train de travailler sur le livre pour changer complètement de style », nous indique Marie Joubert, qui évoque « une grossière erreur de débutante ». En fait d'erreur, disons plutôt une “grossière contrefaçon”. 

Elle ajoute : « Ce n'est pas un projet à but lucratif au départ. C'est une initiative artisanale qui vient répondre à un besoin des enfants. » Raison pour laquelle il était prévu de reverser les fonds obtenus à une association – qui n’avait pas été trouvée. « Pour Sébastien, il ne s'agit pas d'une volonté de contrefaire ou de nuire, ni même d'un plagiat conscient mais d'un dessin qu'il pensait être sorti de son imagination. » Les ressemblances constatées seraient simplement troublantes, estime-t-elle.


en rouge, l'illustration d'Elise Gravel de janvier 2018, en bleu, l'illustration de Sébastien Guaquière

 
En vente depuis le 23 juin, le livre a tout de même été commercialisé, donc vendu – quid des fonds alors obtenus ? À cette heure, les éditeurs d’Élise Gravel n’ont pas encore décidé quelle serait la démarché à adopter. « Il reviendra à l’autrice de décider si elle entame des poursuites », soulignent-ils auprès de ActuaLitté.

Élise Gravel, jointe par la rédaction, se désole : « Il m’arrive très souvent de me faire plagier ou qu’on utilise mon travail de façon illégale, mais c’est rarement fait de façon aussi flagrante et effrontée. Habituellement, les contrefaçons sont produites dans des pays où les droits d’auteur ne sont pas protégés ; c’est la première fois que ça m’arrive dans le milieu littéraire en Europe. Je suis étonnée de constater que dans ce cas-ci, on a clairement supposé que personne ne s’apercevrait de la copie. » 

Malheureusement, « cette situation dénote une banalisation de la violation des droits d’auteur. J’ai la chance d’avoir un très large public mondial qui surveille l’usage qu’on fait de mon travail, mais je suis attristée quand je pense à tous les artistes moins connus qui ne seront jamais avertis lorsqu’on leur vole leurs créations et ne pourront obtenir justice ni réparation », poursuit-elle.

« J’espère que d’autres soi-disant “créateurs” prendront bonne note de cette situation et éviteront de s’approprier le travail des autres. »

Une affaire d'autant plus regrettable que le projet de l'histoire ne déméritait pas. En voici d'ailleurs la nouvelle couverture.



Commentaires
Triste reflet du quotidien.

Les commentaires en sont également le reflet...
D'un autre côté, il y aurait eu un « véritable » dessin d'un côté, il aurait plus difficile de faire de la contre-façon...

L'iconique (le mauvais boulot ou le boulot bâclé ?) a quand même ses limites... Tout le monde fait la même (mauvaise) chose.

Pour la plus grande déconvenue du lecteur...
Commentaire abjecte. Même les plus grands peintres ont été plagié.... Mais j'imagine que le dessin d'une femme forcément est jugé différemment.
Je trouve que la nouvelle couverture correspond mieux au projet.

Ce satané coronavirus aura suscité d'honnêtes vocations, c'est bien.

Belle initiative artisanale qui vient répondre à un besoin des enfants.
Quelle honte! L'opportunisme n'a pas de limites. Bibliothécaire jeunesse, je ne suis pas prête de proposer cet album dans ma médiathèque, par solidarité avec Elise Gravel qui fait un super travail et parce qu'en plus, sans ses illustrations à elle, il est très moche!!!
C'est quoi un "véritable dessin" ?
… C’est quoi un vrai masque de protection ?
Un vrai dessin demande les compétences d'un dessinateur. Quand un enfant de 4 ans peut faire la même chose, on ne parle pas de « vrai dessin ». Au mieux d'enfantillage.

Remarquez que les enfants de 4 ans ne sont pas payés pour leurs « œuvres ».
Mme Gravel est une grande autrice et dessinatrice reconnue dans de nombreux pays. Son style à la fois reconnaissable et originale est grandement apprécié des lecteurs enfants et adultes ainsi que des institutions comme les écoles et les bibliothèques.

Je ne vois que de la jalousie de votre part, ainsi qu'une grande ignorance de l'ensemble de l'oeuvre de cette artiste au talent reconnue par ses pairs.
C'est peut-être le cas pour ses autres œuvres, mais ce n'est pas le cas pour celle-ci (en tout cas, pour les « dessins » mis en avant dans l'article.

Le monde de l'illustration ne manque pas de talents, mais comme le monde de l'édition en général, il manque d'argent pour les auteurs (et d'éditeurs aimant le dessin au passage... comme d'éditeurs aimant la littérature... C'est quand même dur à écrire pour des éditeurs !).

Le résultat : pour qu'un dessinateur puisse vivre, il doit torcher son travail. Plus de perspective correcte, une « excuse » iconographique pour tout bâcler, etc. C'est hélas très courant.

Reste ceux qui n'ont pas beaucoup de talents mais dont le « dessin » plaît aux éditeurs qui ont encore moins de talents... Une catastrophe.
Votre nom est très bien choisi
quand on a aucune culture picturale on l'a ramène pas.
Le problème c'est qu'il y a de moins en moins d'illustrateurs. L'heure est à la production, au détriment de la qualité. Du coup, soit on pille le voisin, soit on va sur des sites spécialisés récupérer des illustrations libres de droits, on les manipule un peu et le tour est joué. Il ya de moins en moins de personne qui dessine véritablement et cela est bien triste car petit à petit, tout se ressemble et se confond, il n'y a plus d'originalité, de style qui se démarque. Je suis moi même illustrateur et cela fait déjà quelques temps que je m'aperçois de ce changement.
gulp Il n'y a pas de moins en moins de dessinateurs bien au contraire... Il y a juste de moins en moins de gens qui veulent les payer ou en engager pour leurs productions... Ce ne sont pas les illustrateurs, connus ou non, qui manque...
Et donc, comme personnes ne veut les payer ou les engager pour leur prod, le métier est moins attirant, et finalement, il y en a de moins en moins... CQFD

grin
"Mauvaise langue" : au moins, contrairement à cet album, il n'y a pas tromperie sur la marchandise.

Par contre renseignez vous sur les productions, la bibliographie de Mme Gravel avant de sortir des inepties. visiblement vous n'y connaissez pas grand chose, si ce n'est en argumentation zéro.
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