Armistice, et si l'on déclarait la trêve ?

Nicolas Gary - 11.11.2016

Edito - armistice France novembre - première guerre mondiale - édition livre lecture


ÉDITO – Bouh, l’édito du 11 novembre… D’abord, travailler un jour férié, ça devrait être interdit : le pays tout entier devrait se retrouver dans un état de stase complet, à l’exception des services publics, que l’on puisse en finir avec les formalités que l’on ne parvient jamais à accomplir durant la semaine. La minute démagogique était musicalement sponsorisée par Beyoncé. Passons aux choses sérieuses. 

 

Wehrmacht

John Morgan, CC BY 2.0

 

 

Que retenir de cet armistice, bientôt centenaire ? Que les conflits n’ont jamais profité qu’aux industries de l’armement, et rarement aux populations. Porte ouverte violemment enfoncée, mais certaines vérités restent bonnes à rappeler. Quelles seraient les guerres de tranchées qui actuellement occupent le monde du livre ? Simple : celles qui se sont installées depuis des années et perdurent en dépit du bon sens.

 

En premier lieu, les publications que l’on retrouve encore – et ActuaLitté cède encore à cette facilité, hélas – qui opposent papier et numérique. Les initiatives d’éditeurs pure players, parfois d’auteurs indépendants, devraient nous rappeler combien cette guerre-là est vaine. À avoir cherché querelle aux uns, les autres se sont retrouvés à suivre les tendances initiées. 

 

Oh, il reste toujours quelques bastions de résistance capables de défendre que 20 % du prix du grand format pour un fichier EPUB, voire PDF, c’est possible. Laissons-les à leur incompréhension : on n’apprendra jamais à un dinosaure à aimer Darwin.

 

Quoi d’autre ? Force est de constater que, prochainement, la loi sur les livres indisponibles pourrait prendre du plomb dans l’aile. Pas faute d’avoir alerté de son ineptie fondamentale… Encore une bataille qui aurait bien mérité de ne pas voir le jour. Faut-il être buté pour ne pas voir les paradoxes de cette législation – mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et si la justice européenne venait à donner raison à l’Etat français, l’usine à gaz n’en serait pas moins flagrante. Mais l’édition aime manifestement ces projets sans fondements ni avenir. (Mise à jour : l'Europe a condamné la France)

 

Pour qui aime le Cognac, le conflit d’Angoulême comptera parmi les prochains sujets brûlants. Et là encore, si les bonnes décisions, radicales, avaient été prises plus tôt… Evidemment, avec des « si », on mettrait même la part des anges en bouteilles, Cognac oblige. Sauf que, là encore, pas faute d’avoir prévenu charitablement… 

 

Les prix littéraires c’est fini, et hormis la sortie, fulgurante, de Richard Millet, tout s’est à peu près déroulé dans une atmosphère bon enfant. On pourra toujours pinailler sur le fait que le Goncourt ait consacré la fiction de Leïla Slimani à l'autofiction de Gaël Faye, mais enfin : 2016 marque le retour d’une femme lauréate, et talentueuse. Va-t-on se plaindre de ce que les jurés aient eu la bonne idée de mettre sur pause la suprématie phallocratique instaurée ? 

 

Oh, bien entendu, Livre Paris va commencer à s’attirer les foudres des uns et des autres : la grande librairie parisienne, qui avait l’an passé viré à la kermesse d’école primaire, se ménage de fameux débordements médiatiques. 2016 fut douloureux, nonobstant les efforts consentis. 2017 sera un renouveau, dans la sueur, le sang et les larmes. En même temps, avec l’héritage laissé, il ne devrait pas être possible de faire pire.

 

Faisons un voeu : qu’en ce jour de recueillement, de commémoration, chacun trouve le moyen de sortir des ornières, et d’en finir avec les tranchées.