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Avec TEA, Decitre concrétisera-t-il le rêve de Hachette et Numilog ?

Nicolas Gary - 09.12.2016

Edito - Decitre Numilog Hachette - ebook plateforme librairies - DRM CARE


EDITO – Après la présentation, très corporate, de la plateforme TEA au Centre national du livre, la question s’est posée. Le groupe Decitre, à l’origine du projet, peut-il arriver à fédérer l’édition autour de ses solutions techniques ? 

 

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italolemus, CC BY ND 2.0

 

 

Toujours se référer au passé pour comprendre l’avenir. Un beau matin de mai 2008, le groupe Hachette annonçait le rachat de la société Numilog, libraire et distributeur numérique. Et la piste de développement s’était rapidement profilée : Numilog, sous l’impulsion du PDG de Hachette, Arnaud Nourry, était présenté comme la plateforme en mesure d’accueillir les catalogues de tous les autres éditeurs. Mieux, Numilog serait un rempart contre Google et Amazon, à condition que l’édition française embrasse la plateforme chaudement, et lui réserve l’accueil nécessaire.

 

Les conditions d’accès n’étaient peut-être pas idéales, et le grand patron affirmait

 

Ainsi j’ai proposé d’ouvrir le capital de Numilog, leader français du stockage et de la commercialisation de livres numériques, à tous les éditeurs intéressés, pour que nous puissions constituer une plateforme commune. La réponse à mon offre a été jusqu’à présent polie, mais peu enthousiaste, chacun préférant prendre le temps de développer une solution « maison ».

 

Quelques mois plus tard, c’est toujours avec le bâton de pèlerin à la main que le PDG de Hachette renouvelait son offre, cette fois s’adressant aux libraires. Mais toujours avec dans l’idée que Numilog pouvait devenir l’hôte indispensable au marché, alors balbutiant, du livre numérique.

 

Pour dire, la loi sur le prix unique du livre numérique n’existait même pas – elle n’arrivera qu’en mai 2011. Mais autant prendre les devants, et structurer un marché balbutiant autour de solutions personnelles. Le leader, c’est avant tout celui vers qui tous les autres se tournent, non ?

 

Le goût de la liberté, sauce aigre-douce

 

Mais finalement, les groupes éditoriaux ont préféré développer leurs outils, à travers d’autres partenariats. Numilog n’a pas vu de grandes maisons entrer dans son capital et le libraire-distributeur a poursuivi sa route autrement, ici travaillant en marque blanche pour certains, là recrutant des catalogues d’éditeurs.

 

Jusqu’à cet autre matin d’avril 2012, où Numilog a retrouvé son indépendance, revendu au PDG Denis Zwirn, resté en poste durant toutes les années Hachette. Le grand projet rassembleur – ou monopolistique, au choix – n'a pas fonctionné, il fallait se rendre à l'évidence.

 

Et puis, voici TEA, amorcé un mois avant la revente de Numilog, qui réunissait Cultura, Rue du Commerce, Decitre et la SSII Smile. The Ebook Alternative reprenait toutes les qualités vantées de Numilog, mais finalement, n’offrait pas encore d’avantage majeur. Certes, l’interopérabilité était déjà au cœur des réflexions et l’Open Source présenté comme l’avenir. 

 

Adobe contre CARE, un nouveau combat

 

Progressivement la société s’est diversifiée, jusqu’à emboîter le pas à PocketBook pour disposer d’un lecteur ebook maison, créer sa propre solution de lecture... et avec Readium, travailler à un verrou de protection pour les ebooks. Pour réaliser la DRM CARE, loin du verrou Adobe tant vanté par Hachette/Numilog, et qui, outre son inefficacité, a fait des ravages dans le développement du marché, TEA a fait preuve de pédagogie. 

 

Dès la fin 2015, la révolution est annoncée, avec un programme destiné à remplacer les DRM d’Adobe, démontrer la totale implication dans le système Readium et celui de l’IDPF, et prôner l’ouverture. Faciliter la vie des lecteurs, tout en offrant aux éditeurs partenaires une mesure technique de protection qui devra encore faire ses preuves, certes, mais semble apporter un renouveau.

 

La véritable force de TEA serait-elle de laisser à chacun le soin de se rendre compte des compétences, plutôt que, un peu trop péremptoire, de les revendiquer ? Et finalement, parvenir à concrétiser le projet de Numilog/Hachette, légèrement retouché : ce n'est plus une plateforme pour les gouverner tous, mais une solution technique qui offre une utilisation pragmatique. 

 

En signant récemment la filiale France de HarperCollins, et avec l’arrivée prochaine d’acteurs anglo-saxons – dont Hachette UK, paradoxalement ? – la réponse semble se dessiner.