Bibliothèques : Macron revisite le baiser de Judas, à 8 millions €

Nicolas Gary - 15.04.2018

Edito - Macron bibliothèques ouverture - extension horaire bibliothèque - Macron quinquennat culture


ÉDITO – Ce devait être l’une des mesures culturelles majeures du quinquennat, une tentative forte de permettre un accès plus large sinon à la culture, du moins à l’un des lieux du livre. Ce sera la plus misérable action culturelle du gouvernement, désespérément portée par un ministère à la peine. 


Ouverture des bibliothèques
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

« Quand on n’a plus d’argent, on mise sur les bibliothèques », avait lancé un journaliste, alors que Fleur Pellerin déployait des trésors d’ingéniosité pour faire illusion.. dans sa tentative de 2015 d'élargir les horaires d'ouverture des bibliothèques. Peu après, avec la promesse d’ouvertures repensées des établissements de prêt, le candidat Macron avançait avec un programme culturel séduisant : ouvrir plus et mieux. Certes. 

 

Face à l’indigence des autres aspirants à l’Élysée, Emmanuel Macron recréait l’illusion. Car désormais, on sait que cette mesure phare brillera moins encore qu’une lampe de poche aux piles usées. 

 

Nous y sommes : certes, le rapport Corbin/Orsenna aura eu le mérite d’établir un grand panorama des actions déjà menées, et de balayer le champ des possibles. Mais concrètement, cette ouverture des bibliothèques fait pâle figure, et semble relever de la même politique que celle appliquée méthodiquement par le gouvernement : mettre à mal le service public. 

 

Une entreprise de destruction dont, heureusement, rares sont encore les élus à s’y être engouffrés — et la présence de la vice-présidente et porte-parole de l’Association des maires de France, Agnès Le Brun, maire de Morlaix, lors de la Grand Messe du 10 avril, n’y change rien. Car rien ne se fera sans financement : elle l’avait assuré et l’on entend cet air qui obsède jour et nuit — cet air qui n’est pas né d’aujourd’hui, d’ailleurs ! 

Alors, oui, padam, padam, padam, devenu président, Emmanuel Macron en a fait une petite ritournelle, de cette mesure culturelle. « L’ouverture des bibliothèques est un combat pour l’émancipation. Ouvrir dans les villes et les villages, où cela a du sens, où cela est souhaité, porté par les élus, les maires, au premier chef », c’est permettre d’avoir accès au livre, indiquait-il encore en mars. 
 

Journée des bibliothèques :
le rapport Orsenna-Corbin “ne brasse que du vent”


Padam, padam, padam : le voici qui nous faisait donc le coup du souviens-toi, jouant sur les images d’antan, les souvenirs véhiculés par ces lieux. 
 

Et l’on a bel et bien cru entendre des « je t’aime » de Quatorze Juillet, quand, pour les ouvrir, ces bibliothèques, un budget de 8 millions € s’est ajouté à la Dotation générale de décentralisation. 8 millions aux 80 déjà présents – et le ministère de la Culture d’assurer avec aplomb que 10 % d’augmentation, c’est énorme. Et qu’il faudrait en être reconnaissant, pas critique. Padam, padam, padam.

 

D’abord, les collectivités attendront de voir : l’exemple de la Dotation globale de fonctionnement, récemment, a montré que le président n’avait pas peur de manipuler les chiffres. L’Association des maires de France avait d'ailleurs reconnu que la DGF avait légèrement augmenté au global, mais sa répartition nouvelle fait qu’une centaine de communes ne la perçoit plus. À quelle sauce la DGD sera donc mangée ?

 

Alors, pour cette ouverture des bibliothèques, la manne de 8 millions € représente en fait un montant dérisoire. Car si l’une des mesures culturelles majeures du quinquennat Macron ne mérite que 8 millions €, alors oui, padam, padam, padam, on peut se poser des questions. 

 

 

 

Un accueil mitigé pour le rapport Orsenna
et ses 19 propositions

 

À grand renfort d’une communication maladroitement portée par le ministère, de rhétorique chiffrée qui verse dans le sensationnalisme – rendez-vous compte, 10 % de plus pour la Dotation générale de décentralisation ! – le président ne se dédit pas : il se contente d’opérer le minimum. Les bibliothécaires, partout en France, apprécieront le geste : on va leur demander plus de présence, plus d’activité, empiéter sur le repos dominical…

Et pour tout cela, 8 millions € à répartir entre les premiers élus qui souscriront à ce dérèglement supplémentaire des services publics. La morale ? C’est qu’avec si peu — « il aurait fallu 80 ou 100 millions € pour ce que soit significatif », indique un observateur — on va parvenir à dégrader considérablement ce service public. En toute bonne foi ! Et quand le cabinet du ministère promet de consolider les 8 millions € pour 2019, et même tenter d'obtenir un peu plus, on rit jaune. Très jaune.

 

Qu’adviendra-t-il ? Cette extension des horaires d’ouverture va tourner au vinaigre : les visiteurs seront déçus, voire excédés, parce que des bénévoles, pleins de bonne volonté, mais moins compétents, ne sauront pas faire le travail des bibliothécaires. Eh, oui, des bénévoles : l’idée que le travail le dimanche se fasse sur la base du volontariat avait été massivement rejetée. Or, pour le moment, la question du financement des heures supplémentaires pour les personnels est encore loin d'être réglée.
 

L'ABF répond au rapport Orsenna
avec 10 propositions pour les bibliothèques

 

Ensuite ? Ensuite, c’est Noam Chomsky qui nous donne les clefs. Car l’un des moyens de détruire un service public est de jouer sur son financement. On peut le couper, ou, plus habile encore, demander plus aux personnels en ne leur donnant pas les moyens de cette surcharge de travail. « Ça ne marchera plus. Les gens s’énerveront. Ils voudront autre chose. On utilise beaucoup cette technique pour privatiser un système. »


Padam, padam, padam...
 

(voir ici pour plus de détails)

 




Commentaires

Rien à commenter, les faits sont là.Habitant une ville moyenne où la Médiathèque est ouverte 30 heures hebdomadaires, j'ai constaté qu'elle est surtout un refuge pour les personnes isolées qui s'y retrouvent bruyamment pour lire les quotidiens locaux et discuter. Peu d'achat de livres, pas mal de personnel (mais quels sont leurs horaires?).Peu de curiosité de leur part , sauf exception. Quant au rayon CD récemment refait, il n'y a personne...On ne favorise pas "la culture" avec des équipements plus largement mis à disposition. L'éducation et l'instruction, à la base sont fondamentaux.

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