Censure : quand un livre fait trembler Apple, jaloux de ses secrets

Nicolas Gary - 21.02.2020

Edito - Apple censure - secrets commrciaux - App Store applications


EDITO – Apple franchirait-il la ligne rouge ? En cherchant à interdire la commercialisation d’un ouvrage, publié par un ancien employé, la firme de Cupertino frappe fort. Ce dernier, Tom Sadowski, a fait paraître App Store Confidential, qui dévoilerait des secrets commerciaux inavouables, se justifie-t-on chez Apple. Alors ?


t'approche pas de mes précieux secrets... pixabay licence
 

Travaillant en Allemagne, Tom Sadowski avait-il accès à des informations “secret défense”, chez Apple ? Plutôt que de prendre le risque d’une réponse négative, Apple demande à l’éditeur de Sadowski de retirer les exemplaires en circulation, et de cesser toute commercialisation. 

Écrit en allemand, l’ouvrage est en vente depuis le 18 février. Dans le fond, il porte principalement sur les modalités de réussite d’une application proposée dans l’App Store. Il se présente également comme une sorte de guide sur ce qu’il faut et ne faut surtout pas faire, pour travailler intelligemment avec Apple.
 

Dix années, avec applications


À ce titre, Sadowski détaille sa propre expérience, faisant état de réunions avec le PDG de la firme, Tim Cook. Il est sous-titré « Un aperçu personnel des coulisses de la plus grande entreprise d’Apple ». 

La boutique d’applications est apparue en 2008, avec une offre de 500 applis. Dix ans plus tard, elle aurait réalisé deux fois plus de ventes que McDonald’s. Sauf que l’on ignore encore beaucoup de choses sur son fonctionnement, indique Sadowski. 

C’est donc tout le modèle économique de l’applicatif qui est passé au crible, et le changement de paradigme total qu’a introduit l’iPhone, en proposant ce système de logiciels spécifiques. 

L’auteur est resté en poste, chargé de l’App Store pour l’Allemagne, l’Autrice et la Suisse, entre 2014 et 2019. Il fut précédemment directeur du département marketing iTunes entre 2009 et 2014. Mais Apple a fini par le licencier, assure-t-on. 
 

David et Goliath, 2.0


L’éditeur, Murmann, n’avait pour le moment pas fait de commentaire sur les pressions qu’exerce la société. Pourtant, le directeur de la maison, Peter Felixberger, assure maintenant « être déterminé à nous défendre contre une possible injonction ou toute autre action en justice venant d’Apple ».

Il revendique la liberté de publication et refuse à la firme d’avoir la possibilité d’autoriser ou refuser la mise en vente d’un livre. La maison, de taille moyenne en Allemagne, a d'ailleurs été surprise par la véhémence des attaques, qui sont allées graduellement : trois avocats ont tout de même été mandatés pour vérifier le contenu du manuscrit et éprouver la confidentialité des informations délivrées. 

Cette attaque sans précédent marque définitivement une rupture dans l’attitude des GAFA : jusqu’à présent, et malgré les nombreuses publications concernant l’entreprise, jamais Amazon n’a tenté d’empêcher la mise en vente d’un livre racontant les travers de la société. 

On était pourtant fondé d’attendre que ce soit de chez Jeff Bezos que ce genre de coup soit frappé. La toute-puissance d’Amazon dans la commercialisation de livres est telle qu’il était à redouter une action de ce genre. Selon les dernières évaluations du New York Times, sur le marché américain, Amazon réaliserait les deux tiers des ventes en papier et numérique… Une mainmise inquiétante.
 

Gaffe à toi !


Surtout qu’Apple s’est toujours présenté comme un défenseur de la liberté d’expression — posture dont on découvre ici les limites. Sadowski a-t-il violé les clauses de son contrat de travail ? C’est ce qui est affirmé, pour justifier de son licenciement — tout en assurant dans un communiqué qu’on « soutient depuis longtemps une presse libre et les auteurs de tous horizons ».



 
Dans le même temps, ce cas illustre une nouvelle fois les conséquences de l’Effet Streisand — l’amplification médiatique qui suit la tentative de museler une information. Le livre de Sadowski, uniquement vendu en allemand, n’avait fait aucun tapage avant qu’Apple ne cherche à le censurer. Et probablement personne n’en avait entendu parler. 

Sauf que reste un point : seul Apple serait en mesure de définir l’ampleur de cette divulgation, si elle est réelle, à partir de critères que seule la firme maitrise. Elle dispose d’un délai de quelques jours pour déposer une injonction contre l’ouvrage : passé le 3 mars, il sera trop tard. 

Et nul doute que d’autres maisons chercheront à en acquérir les droits de traduction.

via boersenblatt, sueddeutsche


Commentaires
« Surtout qu’Apple s’est toujours présenté comme un défenseur de la liberté d’expression »

Je ne sais pas d'où vous sortez cela... À part Microsoft peut-être, Apple a toujours été le porte-drapeau de la frange plus liberticide des GAFAM...

Très drôle sinon le labsus sur l'Autre Riche wink
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