Ces vacances, abandonnez les livres que vous n'avez pas aimés

Nicolas Gary - 02.08.2019

Edito - livres lectures vacances - abandon lecture - liberté aimer livres


EDITO – Pleinement dans leur fonction, les médias — et ActuaLitté n’a pas manqué le coche — ont publié leurs conseils de lecture, plus ou moins honnête, plus ou moins intéressés, plus ou moins intéressants. Et ActuaLitté n’a pas non plus dérogé à cette observation, si, si, il faut le reconnaître. Mais après tout, les goûts et les couleurs, c’est comme les barils de lessive : ça frise l’irrationnel. 

The Great Buddha of Kamakura (Daibutsu)
Silence, je me délis... Ray in Manilla, CC BTY 2.0
 

L’avantage de l’été, c’est le temps qui se dilate, le rythme qui se ralentit, offrant cette douce torpeur où l’on en arrive à se dire : « J’ai rien à faire, je vais même pouvoir lire. » Même, c'est dire... Sachant que le reste de l’année, chacun se goinfre de séries plus consommables que des berlingots de lait concentré sucré, le livre rime étrangement avec congé…

Encore faut-il avoir de quoi se rassasier : sur la gauche, la Pile À Lire, qui attend et grandit vertigineusement depuis des mois de syllogomanie, aussi appelée syndrome de l’écureuil. Le fait qu’on lui donne également le nom de Syndrome de Diogène relève de l’abus de langage : le philosophe cynique vivait dans des conditions frugales, mais il n’accumulait rien, cherchant au contraire à se débarrasser de tout.
 
Syllogomanie, donc, un trouble sérieux dont souffrent tous les lecteurs de la planète, qui consiste à compulsivement acheter des livres, qu’on ne lira pas, pas tous, ou plus tard, peut-être, mais on verra. De toute manière, il y en a d’autres à acheter. L’industrie du livre, friande de ce mal et soucieuse d’abonder par une production riche jusqu’à la nausée, est en grande partie fautive, d’ailleurs : victime, le lecteur en devient responsable, mais pas coupable. 

Sur la droite, la pile de ceux déjà lus, qu’on aimerait reprendre. Devant, ceux qu’on nous a prêtés et qu’il faudrait tout de même rendre rapidement — c’était en 2013 ou 2003 qu’il m’avait passé ce bouquin ? Et derrière, ces livres type Bartleby : on préférerait ne pas… parce que oui, bon, peut-être qu’il croule sous les prix, mais j’ai pas envie. Et en plus c’est ma belle-mère qui me l’a offert : je pense qu’elle me veut du mal…

Non, j’en suis convaincu.

Horace, quelque part dans ses Odes (référence bienvenue, si une ou un latiniste avisé en a le souvenir), écrivait qu’un mauvais achat est toujours une chose déplaisante. Rien de pire, à ce titre, qu’un livre qui vous est tombé des mains passées 30 pages. Rageant, combien, pour les 20 € — ou même les 8 € s’il s’agissait d’un poche — qu’il a coûté. 
 
Reading inspirational books mindset success
perzon seo, CC BY 2.0

 
L’avantage de la presse, et des médias spécialisés dont nous sommes, réside dans le choix : bien entendu, certaines maisons rechignent encore à jouer le jeu des services de presse, mais elles se reconnaîtront, et s’il faut pirater leurs livres pour en parler, nous les avons déjà averties. Simplissime dans ces conditions, de parcourir, abandonner, pour trouver autre chose, et d’un choix assez vaste, produire une liste de conseils de lecture. 

S’ils font écho, c’est tant mieux. Pour le reste, on ne parle que de nos coups de cœur — et à ce titre, nous n’avons jamais eu la prétention de faire autre chose que partager un avis personnel.
 
Mais voilà le temps des vacances, et en regardant les piles qui vous encerclent, il s’en trouve certainement une que vous avez conçue mentalement : celle des livres avec lesquels ça n’a pas accroché. Parce que la vie est trop courte pour s’acharner et que le temps de lecture est précieux, inutile de persister, de s’entêter – à moins d’être bélier, auquel cas, c’est dans votre tempérament, surtout si vous avez la balance dans le gémeau en ces périodes de chaleur.

Alors voilà le pari : prenez ces ouvrages, et abandonnez-les au détour d’une rue, d’un banc, d’une boîte à livres, dans un ferry, dans un avion, dans le métro, le tram, le bus, le TGV, chez des amis, dans un gîte, à la Poste, chez le pédiatre quand vous irez avec le petit dernier pour ses vaccins, à la terrasse d’un bistro, dans un parc, un jardin, un musée… Qu’importe : sortez, et perdez-les, façon Petit poucet — sachant qu’aucun bouquin au monde ne sera en mesure de semer des cailloux et moins encore des miettes de pain pour retrouver son chemin. 

Débarrassez-vous de ces livres, et offrez-leur une seconde chance. Balancez tout — tous ceux qui ne vous ont pas emballé s’entend. L’option de les revendre existe — non négligeable, bien sûr. Mais qui trop embrasse, mal étreint : ne les donnez pas, tentez le diable. Même lui a certainement envie de Feel Good Book, de temps à autre…


Commentaires
Devant chez moi ma boite à livres. Je dépose, on dépose, donc on échange, certains disparaissent ne reviennent pas. Ceux qui stagnent sont donnés à Emmaeus. Rarement je vois ou rencontre les lecteurs ils sont discrets. Tout le monde semble content. J'aime bien cet échange.
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