De l’importance d’être constant, ou le livre comme objet sexuel

Nicolas Gary - 14.04.2017

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ÉDITO – S’est ouvert une entre-saison dans le monde du livre : la foire de Londres est maintenant loin, mais les ventes de droits se traitent à la pelle. Bologne s’est achevé, et la littérature jeunesse une fois encore s’en tire pour le mieux. Comment est-il possible que cette dernière écope d’une si piètre attention dans les médias, quand elle représente un petit quart de ce qui se vend dans l’Hexagone ?

 

Jeff Goldblum, Aging Sexy
Danielle Belton, CC BY ND 2.0


 

Il faudrait confronter aux habitudes, mais à vue de nez, le milieu journalistique littéraire – on met de côté Nelly Kaprièlian, seule à pouvoir défendre l’obsessionnelle et imbitable prose de Yannick Haenel – est essentiellement masculin. Un tort ? Ou une réaction au fait que le milieu éditorial soit majoritairement féminin. Avec cette précision que les postes de direction sont principalement confiés à des hommes. Soit, ça dé-soit...

 

Entre-deux, puisque prochainement se tiendra le Salon de Genève, que celui de Milan fera son œuvre, à cheval avant que Turin et d’autres manifestations n’arrivent, plus hexagonales. Et durant tout ce temps, que fait-on ? On lit, évidemment. 

 

Les voyages en train donnent avantageusement le temps de la réflexion – et l’occasion de boucler deux ou trois dossiers en souffrance. En furetant, de çà, de là, on aperçoit aussi des gens qui lisent : la curiosité du professionnel aguerri cherche une indication. Des nouveautés, des grands formats, des poches classiques ? Tiens, il se trouve un joyeux farfelu absorbé dans La Horde du contrevent. Passionnant.

 

Et soudainement, se pose la question : que lit-on ? Ou plutôt, que transporte-t-on avec soi ? Qui a déjà vu un lecteur de la Pléiade affairé à son histoire sur les sièges d’un train ? Existe-t-il une adéquation entre la forme du livre et le lieu de la lecture ? Une forme d’algorithme naturel, aisé à décortiquer : le poche dans les lieux au confort contraint, les grands formats dans les vastes espaces – le reste au coin de la cheminée ?

 

Les gens qui affirment aimer la lecture sont plus attirants

 

À quand une véritable étude – pas de celles, toujours contestables sur le nombre de lecteurs, qui oblige à intégrer les dictionnaires pour gonfler les chiffres ! Une étude qui porterait sur le poids social du livre : à l’attention des instituts sondeurs, quelques pistes.

Qu’incarne une personne qui lit ? Qu’implique pour vous de voir une personne lire ? Une femme est-elle plus séduisante avec La Cosmo dans les mains ou un Zulma ? Un homme sera-t-il plus viril s’il joue avec un marque-page d’une main tenant son poche de l’autre ? Suis-je plus attirante avec un Murakami en main ? Vais-je capturer son attention avec un Boris Vian négligemment posé sur la table ?

 

Et ce ne sont que des exemples ! Quel est le coefficient séducteur de La Blanche, ou de toute couverture typo ? Faut-il privilégier Stephen King, Amélie Nothomb ou Gilles Legardinier pour suisciter l'envie dans les lieux publics ? On a bien eu l’an passé une ébauche de ces questions : les gens qui aiment la lecture semblaient plus attractifs, en moyenne. 

 

Mais enfin, si nul ne se dénigrerait les onanistes et solitaires plaisirs de la lecture, qui jurerait qu’ils soient pleinement, totalement, satisfaisants ? Le plaisir, partagé, est toujours meilleur ? Le livre sextoy n’est pas encore arrivé : profitons donc qu’il soit une arme de séduction massive !


NB : Et tous mes remerciements à la jeune femme dans ce TGV improbable, qui a joué avec les boucles de ses cheveux, tentant d'attirer l'attention de mon voisin, avec des oeillades régulièrement jetées par-dessus son livre... Il faut croire que L'importance d'être constant n'a pas su le convaincre de vous accorder l'attention nécessaire.