De la bibliothèque d'Alexandrie à l'intelligence artificielle : la matière se grise

Nicolas Gary - 15.12.2017

Edito - intelligence artificielle guerre - programmes machines numérisation - numérique IA robots humains


EDITO – Le mea culpa des ingénieurs de Facebook, navrés d'avoir créé des outils de contrôle, fait sourire. Et Google, de son côté poursuit les recherches sur l’intelligence artificielle – d’ailleurs l’un de ses outils a découvert une galaxie, constituée de huit planètes. Un nouveau centre s'est ouvert en Chine, à Pékin : il démontre que l’aventure de ces machines ne fait que commencer. La guerre des intelligences, comme l’écrit le Dr Laurent Alexandre.

 

Robot Man
domaine public

 

L’information gouverne le monde, depuis la nuit des temps. L’information qualitative. Mais dans le monde d’Uber et Spotify, l’information se trouve diluée dans l’inextricable épreuve des modèles économiques web. Payons-nous chèrement des dizaines d’années d’une presse qui avait vécu au-dessus de ses moyens ? L’hypothèse est déplaisante, et le Canard enchaîné rit sous cape.

Comment a-t-on abouti à ce qu’internet puisse rendre gratuit tout ce qu’il touche ? Remonter le temps ne donne que des indicateurs, d’autant qu’une autre réalité s’impose : quand c’est gratuit, c’est l’internaute le produit. Qu’a-t-on manqué ? Dans la virevolte de la Toile, les coups de vent agitent les fils, mais l’araignée reste bien en place. 

 

Considérer que l’internaute est un bien de grande consommation comme d’autres revient à affirmer que plus grand-chose n’a de valeur — étendons le propos : la vie humaine ne vaut pas plus que les données qu’elle (trans) porte. À mesure que l’exploitation des datas aboutit à un profilage précis, cette dernière motive les start-ups dans la création d’outils ad hoc. 

 

Quand on évoque l’intelligence artificielle, mesure-t-on réellement combien cette dernière pour l’heure véritablement factice n’attend que les développements mécaniques pour croître ? Et jusqu’à quelle mesure ? Une fois le profilage totalement établi, une fois l’humain dépouillé au point de n’être plus qu’un agglomérat de bits 1 et 0, qu’est-ce qui restera ? 

 

L’humain dépouillé de toute essence, de toute humanité, l’humain passé au scalpel des machines, et n’incarnant plus qu’une masse monétaire qu’il faut plus ou moins intelligemment, artificiellement intelligemment, pousser à dépenser. 

 

L’édition ne le dit pas, mais les livres le savent : l’ouvrage du docteur Laurent Alexandre, La guerre des intelligences, qui devrait figurer au pied de chaque sapin de chaque foyer, en plusieurs exemplaires, n’a pas d’autre message. Son questionnement est limpide : entre GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et leur pendant asiatique BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), quand la raison aura perdu prise, attendra-t-on que des machines qu'elles pensent à notre place ?

 

Lorsque Google a commencé sa numérisation massive de livres, n’a été perçue que la violation du droit d’auteur — contestée, effective, mais légalisée, au grand déplaisir des ayants droit. Mais ce ne fut finalement là que l’arbre cachant la forêt : la réalité résidait dans la construction de bases de données destinées à “nourrir” les machines apprenantes que concevait l’entreprise. 


Quand la raison aura perdu prise,
attendra-t-on des machines qu'elles pensent à notre place ?

 

La réalité que présente Laurent Alexandre fait trembler : qu’avons-nous numérisé en France, et pour quelles nobles fins ? Qu’a-t-on fait de l’ensemble des données que contient la BnF ? Le projet ReLIRE (oublions son illégalité une seconde, juste une...) a-t-il un instant pu être envisagé pour aménager une base de données ? Laquelle serait exploitée par la suite, en vue de combler le vide sidéral qui sépare sinon la France, du moins l’Europe, des Américains GAFA et Asiatiques BATX ?

 

Si tel est le cas, jamais l’on n’aborda le sujet. Dans le cas contraire, a-t-on manqué une marche de plus dans la constitution d’une véritable force d’opposition ? Tout porte à le croire.

Tandis que Google Books numérisait à tour de bras, la procédure judiciaire menée par l’édition, aux États-Unis et en France, fut l’arbre cachant la forêt. Parce qu’il faudrait avoir perdu le sens commun pour croire que Google a tant investi en numérisation, dans l’unique but de constituer une bibliothèque numérique pharaonique. 
 

[Extrait] La guerre des intelligences
de Laurent Alexandre

 

Les copistes d’Alexandrie avaient-ils pour unique vocation de reproduire, sans autre finalité ? D'autant que, pour la petite histoire, on ne remettait pas aux navires qui accostaient l'original du manuscrit, mais la copie.

 

Maintenant que les machines de Google parviennent à écrire des romans, que le web sémantique se déploie toujours plus, et que les IA s’emparent de nos vies, quelle marche arrière possible ?

 

L'intelligence artificielle au service du livre et de la lecture


Dr Laurent Alexandre – La guerre des intelligences – Editions JC Lattès – 9782709660846 – 20,90 €

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