Du prix littéraire mensonger pour l'épineux cas des livres audio

Nicolas Gary - 15.09.2017

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EDITO – Donc le livre audio nous sauvera tous : allez savoir qui l’a gravé dans le marbre, mais, comme les chiffres ne mentent jamais, il faut bien y croire. La tendance avait commencé avec les Américains, toujours eux : alors que les ventes d’ebooks des éditeurs traditionnels fondaient, celles de livres audio grimpaient. Un effet de vases communicants pas banal...

 


morceau de publicité d'Audible
 

 

Outre que l’on pourra se vanter d’avoir façonné avec des livres – lus, certes – des générations d’analphabètes qui pourront par cœur réciter Amélie Nothomb sans en avoir lu – vu ! – une seule ligne, à quoi servent les livres audio ? Ce n’est pas bien compliqué : à donner à Amazon un nouveau levier sur les ventes de produits culturels.

 

Personne – ou faut-il être vraiment sourd – n’a pu se prémunir des appels lancés par Audible, la filiale dédiée d’Amazon. Ce furent comme des cris poussés à la Lune, des hurlements transis d’amour, comme seule la société de consommation sait en pousser pour séduire le chaland... Audible a dépensé sans trop regarder à la dépense, pour rendre le livre audio sexy en diable.

 

On l’avait pourtant classé, non sans une certaine tristesse, dans la catégorie des causes perdues en France : on savait que nos voisins allemands en étaient férus, et même ceux plus au Nord, mais nous, non, bof, merci bien. Puis vint Audible, ses achats de mots clefs, ses campagnes publicitaires dans le métro, ses podcasts à la limite du publirédactionnel, ses influenceurs grassement rémunérés pour chanter les louanges du livre lu à votre place, et ainsi de suite.

 

Voici, peu ou prou, qu’Amazon mettant le paquet parvenait le tour de force que tous les concurrents désespéraient un jour d’accomplir. Armée d’un contrat qui lui permettait d’obtenir l’exclusivité de la commercialisation des œuvres, Audible proposait même aux éditeurs de financer pour partie la production des audiolivres. Le pied ! Enfin, l’oreille et sans la puce qui l’accompagne !

 

Moralité, tout le monde se met en ordre de marche, et voici que les marketeux markettent, que les éditeurs éditent et que le chien voyant la caravane ne hurle plus : il a un casque sur les oreilles et écoute le dernier Goncourt des lycéens que Gaël Faye a lui-même enregistré.

 

Sauf que non : problème. On sait combien, en cette saison où les listes de prix littéraires sans passion tombent comme des fruits même pas défendus, le bandeau rouge est au livre ce que la guêpière est à la nuit de noces. Une arme de séduction massive pour le public.

 

Sauf qu’affirmer Prix Goncourt des lycéens, et mettre en face le livre audio de Petit pays – je poursuis avec cet exemple parce que le roman est bon : on peut cependant le substituer sans peine – c’est un bobard. Gentil, pas bien velu. Presque sympathique. 



Goncourt toujours...

 

Jamais la version audio n’a reçu de prix littéraire : c’est le texte, celui que l’on doit lire de ses yeux et entendre de la petite voix qu’on a dans la tête, qui a été récompensé. L’honnêteté intellectuelle devrait interdire à tout vendeur d’oser associer la version audio à un prix qui a récompensé un texte de mots sous une forme d’expression non orale. Le livre audio lu n’est pas le livre texte à voir. 

 

Parce qu’aucun jury n’a écouté l’ouvrage – déjà que l’on peut douter dans certains cas qu’ils les lisent véritablement, sinon comment expliquer que le dernier Goncourt ait atterri dans les mains de qui l’on sait ? Et comme ils ont lu a priori, le bandeau devient, tout comme la guêpière susdite, fallacieux. Mais faut bien vendre, ma bonne dame...

 

À bon entendeur...