Edito : Bienvenue dans un monde de Pillards, ou, “Tu me prends pour un com' ?“

Nicolas Gary - 22.01.2016

Edito - communication publicité - articles journalisme - presse indépendance


Ah l’indépendance de la presse... Il est écrit dans les Evangiles : « Le Verbe était la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. » Ce que les Textes n’ajoutent pas, alors que ça méritait précision, c’est qu’après le Verbe vint l’information, et à sa suite, la communication. Laquelle portait dans son cortège les Relations Presse, plus communément acronymées RP. Ou Press Relations, PR, PiAr, si l’on se pique – avec un fuseau de quenouille – de prononcer à l’anglaise. Oh, wait : vous avez dit Pillards ?

 

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"Vous êtes ici !" - Roberto Ferrari, CC BY SA 2.0

 

 

Les agences communications sont indispensables à ce qu’un message soit véhiculé, à destination de la presse qui consent à les recevoir. Sorte de moyeu, ou de cheville ouvrière entre l’émetteur et le récepteur, elles ont pour mission de faire parvenir un « communiqué de presse ». Parfois, ces informations sont négociées, en amont et divulguées à une rédaction avant les autres. 

 

Elles peuvent aussi être soumises à des embargos – interdit de publier quoi que ce soit avant telle date. Dans tous les cas, ce sont des messages maîtrisés : les mots sont pesés, mesurés. Proches de la langue de bois, dans leur principe, les CP, ou Press Release (tiens, Pillards, encore) ont vocation à être copiés-collés, sans autre forme de procès ni de traitement. La chose est d'autant plus claire qu'ils sont précédés de la mention "Pour diffusion immédiate".

 

Donc le Verbe était la vraie Lumière, celle qui brille dans les ténèbres, etc. 

 

Trop d’information tue l’information, la chose est constamment répétée, ressassée, et chaque média tente de proposer une ligne éditoriale, un traitement, et des spécificités qui capteront plus qu’un autre, l’attention des lecteurs. Sauf que le communiqué de presse, tout le monde le reçoit, le traitent ceux qui souhaitent, le copient-collent ceux qui veulent. Et les autres se contentent de l'ignorer.

 

"Le traitement de l'information, passé à la moulinette des impératifs de la communication. Le pied..."

 

 

Je pense alors à toi, qui nous as contactés voilà quelques semaines, toi dont la démarche était pour le moins naïve. Tu avais sollicité la rédaction, pour une information importante. Erreur : c’était une communication. Nous avons charitablement cru bon d'opérer la distinction. Rien n’y fit : c’était une info, qui pis est, importante

 

Nous voici, rédacteurs au grand coeur, partis à la recherche d’éléments supplémentaires, des personnes concernées par le sujet, de témoignages, d’une sacrosainte valeur ajoutée. En somme, nous cherchions un supplément d’âme pour un article potentiel. Et quand, parvenus à nos fins, avec des choses qui n’allaient clairement pas te plaire, nous sommes, selon la formule consacrée, « revenus vers toi pour de plus amples informations », voilà que tu l’as mal pris. Bigre.

 

Tu nous transmettais une information « importante », pour laquelle nous n’avons fait que notre boulot, et une fois en possession d’éléments qui rendaient ta communication embarrassante, voilà que tu t’insurges ? Mieux : « C’est un manque de professionnalisme de votre part. Ce n'est pas le propos. », t’es-tu senti en droit de répondre, dans nos échanges emails – lesquels passèrent du tu convivial, au vous glacial. Pour un peu, tu nous aurais interdit de publier quoi que ce soit. Rassure-toi, ça viendra tout de même.

 

Comme je l’ai écrit à ton patron, à la main, avec un stylo et de la bonne volonté, je te dédie cet édito, pour deux raisons. Si tu as toute ta carrière travaillé de cette manière, tu méritais bien un avertissement. (Nota Bene : après 30 avertissements, tu prends un blâme, et après 30 blâmes, c’est le conseil de discipline et la dégradation...) 

 

Si c’était la première fois que tu réagissais de la sorte, il fallait qu'on te signale – et pas avec un Pillard – que... non, ce ne sont pas des manières. Surtout que je soupçonne le mépris à l’égard du média sur internet, de t’avoir échauffé l’esprit. 

 

Sans rancune, je t’assure. D’autant que l’on a rendu largement hommage à ta profession, regarde :