Donc Facebook a décidé de devenir un juke-box à streaming

Nicolas Gary - 06.11.2015

Edito - Music extraits - Facebook partager - musique streaming


Facebook veut mettre un peu plus de musique dans la vie de ses utilisateurs. Avec Music Stories, le réseau social permet de lancer 30 secondes de musiques, un extrait frustrant, qui n’a certainement pas pour vocation d’encourager à la vente. Les opérateurs les plus attendus y passent : Spotify, iTunes et Apple Music. Et la rémunération des artistes ? Ils sont surtout invités à se créer un compte, si ce n’est encore le cas...

 

Jailhouse Rock

Damn_unique, CC BY SA 2.0

 

 

« Facebook est gratuit, et le restera toujours » affirme la société depuis sa création. Bien entendu, plus personne n’est dupe de cette gratuité : le produit, en réalité, ce sont les données, les posts, photos, vidéos et toutes ces occasions de qualifier les usagers, qu’ils postent allégrement. La gratuité c’est le vol, reprenait dernièrement un avocat qui n’aura eu que le tort de se changer en polémiste de circonstances. Pour Facebook, c’est le payant qui est devenu le vol.

 

« Il y a peu de choses que les gens apprécient plus que la musique », jure d’ailleurs la société dans son message explicatif. Et Michael Cerda, responsable des produits, de poursuivre : « Nous espérons améliorer cette expérience, que les artistes partagent plus, que les amis partagent et s’engagent plus encore, et que la musique deviennent une part plus confortable dans l’ensemble de l’expérience Facebook. »

 

Qu’est-ce que cette nouvelle prestation assurée par le réseau nous apprend ? Simplement que Facebook poursuit sa stratégie pour avaler internet et ses services. Écouter des extraits de chanson, prochainement des morceaux de séries, en plus des bandes-annonces. Et l’étape suivante : le livre ? En réalité, oui, simplement pas dans l’immédiat – encore que la notion, sur internet, puisse avoir des acceptions assez floues. 

 

 

 

L’intégration de Spotify, le service de streaming musical, a débuté en 2011. Un partenariat qui a permis au Suédois de mettre un pied sur le marché américain, mais qui n’a pas suffisamment profité à Facebook. En effet, Spotify pouvait poster pour l’utilisateur tout ce qu’il était en train d’écouter, mais les liens renvoyaient alors vers l’application, faisant quitter Facebook. Entre temps, Spotify avait même contraint les utilisateurs à se connecter avec leur compte Facebook, ce qui avait passablement déplu. Mais soit. Ce retour implique désormais que Zuckerberg, son fondateur, a compris la leçon : cette fois, les utilisateurs restent dans son réseau : pas question de les laisser s’échapper de la plateforme...

 

Ce qui est paradoxal, c’est que l’on verra donc les gros succès de ces services de streaming pulluler sur les Timeline de chacun. Et abonder dans le sens d’une best-sellerisation constante. Loin de permettre une diversification dans l’écoute musicale, Facebook va privilégier la massification des succès. Or, pour le moment, les utilisateurs resteront frustrés, habilement, de ce qu’il ne leur soit accessible qu’une partie des chansons. 

 

Cela entraînera un plus grand nombre de partages, dans la perspective de Facebook, des affichages publicitaires supplémentaires, des données personnelles engrangées. Surtout, ne pas oublier les propos de Michael Cerda : « Nous espérons améliorer cette expérience, que les artistes partagent plus, que les amis partagent et s’engagent plus encore. »

 

Bien entendu, Facebook ne manquera pas de garantir aux groupes et artistes que cette solution est efficace pour promouvoir leur production, et de faire grandir leurs Fan Pages. Le tout avec la promesse implicite de ventes, puisque les liens permettent au client de sortir sa carte bleue. On se souviendra également qu’en juillet dernier, Facebook avait confirmé que la création de son propre service de streaming musical ne l’intéressait pas (dans l’immédiat ?) et que, pour l’heure, c’est la vidéo qui l’intéressait. Pourtant, avec ses centaines de millions d’utilisateurs, difficile de ne pas y voir une manne. 

 

Music stories, de Facebook

 

 

D’ailleurs, Twitter avait expérimenté une solution similaire, en 2013, avec #Music, mais après six mois de tentatives infructueuses, l’outil s’arrêtait en avril 2014. 

 

Et le livre alors ? Ce sera certainement la prochaine étape : d’un côté, proposer des solutions pour diffuser des extraits, de l’autre rencontrer Google Books et ses extraits de livres numérisés. Les outils de streaming existent aujourd’hui, et sont certainement preneurs plus encore que dans la musique de cette solution de partage simplifié. Avec à l’esprit que tout ce que Facebook engloutit, il ne le rend pas. 

 

Lorsque le verbe « googler » est apparu, pour signifier « faire une recherche sur Google », voire, « faire une recherche sur internet », nul n’imaginer que le verbe Facebooker pourrait le remplacer. Pas faute d’avoir vu le coup arriver pourtant...