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Edito : et si, enfin, la haine ne faisait plus recette ?

Nicolas Gary - 20.05.2016

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En début de semaine, la représentante du Front national a prêté le flanc à tous les sarcasmes : son dernier livre n’avait convaincu aucune maison d’édition. Moralité, cet essai sur le pouvoir et la politique se retrouvait à la porte des éditeurs. Et l’on aimerait tant que ce soit le fruit d’autre chose que des conjectures économico-stratégiques. C’est pourtant, hélas, l’explication avancée...

 

XENOPHOBIA

Christopher Dombres, domaine public

 

 

Dans la lignée de son père, donc, Marine Le Pen serait encore trop risquée, comme auteure, pour figurer au catalogue d’un éditeur. Dommage : c’est avant tout la crainte d’un flop en librairie qui fait refuser le manuscrit, et pas la conviction. 

 

Alors la haine – le F Haine, comme on le rappelle si souvent – pourrait être bankable, à condition que celui ou celle qui la dispense jouisse d’une image suffisamment positive ? La haine se vendrait même bien, partant de ce point de vue. 

 

Cette même semaine, une auteure confirmée, et que les libraires autant que ses éditeurs adorent, s’est fait remarquer. En recevant un prix décerné par le PEN – l’association littéraire, P, pour Poets, Playwrights, E, pour Essayists, Editors et N, pour Novelists, Non-fiction authors. – JK Rowling a délivré un message étonnant. 

 

« Protégée comme je le suis en tant que citoyenne d’une nation libérale où la liberté d’expression est un droit fondamental, mes détracteurs sont libres de dire que je cherche à convertir les enfants au satanisme, et je suis libre de répondre que je cherche à explorer la nature humaine et la morale. Ou de dire qu’ils ne sont que des imbéciles. »

 

Elle a même incité le candidat à la présidentielle américaine à en rajouter : « Tout ce que dit Donald Trump ou presque me paraît discutable. Je le trouve grossier et bigot, mais il a tout mon soutien pour venir dans mon pays insulter et condamner. Sa liberté de parole garantit ma liberté de le traiter de bigot. Sa liberté garantit la mienne. »

 

 

 

Cette semaine, la haine n’a peut-être pas fait vendre, mais elle a démontré que, pour avoir la grandeur d’une JK Rowling, il était nécessaire de supporter un misérable Donald Trump. Coutumier des propos racistes, misogynes, complotistes, le républicain de 69 ans a notamment lancé des propos orduriers sur les migrants clandestins. Une haine qui se vend pourtant bien, et remporte l’adhésion d’une partie de l’Amérique. 

 

Une de ces haines qui fout la haine, justement, parce qu’elle a encore de beaux jours devant elle...