Edito : Mais tu vas fermer ta gueule ?

Nicolas Gary - 13.11.2015

Edito - communication information - indépendance presse


La publication d’informations inédites tient à peu de choses. Très peu. Bien entendu, il existe un travail d’enquête – expression malgré tout à prendre avec des pincettes – qui peut porter ses fruits. Le plus souvent, l’épluchage de documents issus de fuites plus ou moins bien intentionnées nous permet de diffuser des données jusqu’à lors bien dissimulées. Mais soyons sérieux : l’exclusivité, une chose qui se négocie à l'émotion. 

 

Dental check-up

su neko, CC BY SA 2.0

 

 

Récemment, et il faut saluer son honnêteté, un responsable communication de grand groupe a eu cette remarque : « Étant donné votre attitude à notre égard, il est certain que l’on ne passera pas par vous pour les exclusivités. » Il soulignait que l’on aurait accès aux communiqués de presse, et qu’il ne saurait être question de nous exclure volontairement. Mais aucune illusion : ActuaLitté est persona non grata dans leurs services. Louons donc l'effort d'honnêteté. Ce que l'on apprend sur l'entreprise, en revanche, laisse rêveur.

 

Les murs de la rédaction, et le répondeur téléphonique, ont encore en mémoire ce tendre message, chargé de good vibrations et de délicates intentions. « Ça va mal finir pour ActuaLitté. Je ne sais pas qui vous commande ces papiers, mais c’est totalement ridicule. » On a manqué de s’étrangler de rire. Puis l'effrayante menace est venue s’ajouter à celles qui peuplent la poubelle : évidemment, elle venait d’une société de relations presses, qui a cru bon d'outrepasser les bornes. Depuis, elle s’est manifestement ravisée.

 

Quel étonnement, d’avoir au téléphone ce porte-parole de personnalité politique, particulièrement silencieux à notre égard, quand il était en responsabilité... et si prompt à balancer sur la nouvelle ministre. Le vilain petit média, qui subitement devient la boîte à lettres idéale pour les règlements de comptes.  

 

Oh, bien entendu, je pense aussi à toi, venu avec courage m’expliquer, par téléphone, que nos articles ne répondaient à tes impératifs d'actualités du moment à livrer au public. Qu'ils n’étaient pas conformes à tes nécessités. Qu’il fallait parler de maintenant, laisser le passé bien à sa place. Oui, il fallait communiquer. Pas informer. Car le bon déroulement de ta manifestation t’a fait oublier que notre travail, c’est l’information, dont nous jugeons de l'importance. Et certainement pas toi, heureusement. Dommage, là encore.

 

En réalité, ce monde de communicants empiète sur l’information, et internet dans sa structure même n’est pas étranger à ce comportement. Une plateforme oueb, c’est avant tout considéré comme un outil qui sert à faire passer un message, qui respecte à la lettre le discours officiel. 

 

J’aurais malgré tout une dent bien acérée contre les adorables chargé.e.s de communication, qui entendent définir ce qui est bon, ou non, pour notre journal. « Si, si, je vous assure, c’est une information importante, essentielle. » Non : c’est de la communication, et pour cela je tiens mes tarifs publicitaires à ta disposition. Ou alors il faut accepter que l’on travaille le sujet, et avec un traitement qui échappe totalement... À cet instant, le silence se fait. 

 

L’acrobatique exercice consiste alors à monter sur un fil tendu, équilibriste sachant distinguer la véritable info de la campagne de lobbying, communication et pure promotion. Aucun doute : ActuaLitté peut commettre des erreurs – humaines, non ? –, se tromper entre un sujet et un autre. Dans l’empressement, on confond : ça n’a parfois rien d’évident que de décortiquer les intérêts des uns, contre ceux des autres. C'est le métier qui rentre.

 

La plus grande force de la rédaction réside alors dans son indépendance : l’équilibriste avec les mains liées finira par tomber. L’expérience forge le jugement, et assure en fin de compte la qualité du média – et primordial, sa fiabilité. À l’échelle du net, ActuaLitté tient déjà du dinosaure : bientôt 8 ans. Prenant un autre référentiel, nous n’en sommes encore qu’aux premiers pas, en tant qu’organe de presse. 

 

Avec tout à apprendre. Et peu à désapprendre, considérable avantage.