Edito : Occupy T411, Kickass Torrent et IsoHunt

Nicolas Gary - 04.12.2015

Edito - sites torrent - livres numériques - contrefaçon piratage ebooks


Dans la grande chasse aux pirates de livres, dont l’internet du oueb foisonne, les méthodes des éditeurs divergent. Ce qui est énorme, soulignait Pierre Desproges, quoique dans une seule maison, on peut en trouver plus. Mais globalement, on cherche à supprimer les liens proposant les œuvres contrefaites, oubliant que la nature a horreur du vide.

 

Sisyphe par Titien, extrait...

 

 

Depuis cet été, les fournisseurs d’accès à internet ont été priés de rendre inaccessibles différents sites de trackers torrent. Des mesures de blocage, par localisation géographique, qui ont rapidement fait mourir de rire la planète internet. Les solutions de contournement sont devenues des gimmicks sur la toile : chacun de présenter la sienne.

 

Et une fois les rires passés, les internautes sont retournés à leurs trackers. Peine perdue, temps perdu, lutte inefficace. 

 

Ce constat n’arrête pourtant personne. Un responsable numérique de Saint Germain m’expliquait passer ses matinées, en même temps que son premier café, à expédier des mails de demandes de retrait. Une punition sisyphienne – mais on le sait, « il faut imaginer Sisyphe heureux ».

 

Ceci n'est pas un extrait piraté...

 

Si la nature a horreur du vide, les demandes de retraits de liens sur des sites de téléchargement direct ou de Torrent seraient donc l’exact opposé d’une démarche sensée. Contractuellement, un éditeur est engagé à lutter contre le piratage des œuvres, aussi n’est-il pas possible de rester les bras croisés. Alors, plutôt que de s’acharner à vider la toile, pourquoi ne pas la remplir ?

 

L’idée est simple : des milliers d’extraits se retrouvent sur des sites de vente, tout à fait légaux. Pourquoi ne pas les propager sur les réseaux de piratage ? Après tout, les internautes qui s’y trouvent viennent chercher une œuvre. S’ils sont décidés à pirater, ils pirateront. S’ils trouvent un extrait de l’œuvre, la mentalité peut changer : « Plutôt que de prendre tout le bouquin, je regarde l’extrait. Si ça me plaît, je sais où trouver l’EPUB/le MOBI intégral. Si ça me plait pas, après tout, j’aurais téléchargé un truc légalement placé par l’éditeur. »

 

Une folie ? Pas même : une promotion. Mieux : une communication gratuite qui pourrait entraîner une vente, tout simplement. Il suffirait d’introduire différents liens de vente en fin de fichier, pour inciter à rentrer dans le droit chemin. Mais là, encore faudra-t-il avoir une politique tarifaire digne de ce nom, qui ne renverra pas illico presto vers son site Torrent favori. Et des solutions d'accès dépourvues de DRM, mais là encore...

 

Le simple fait d’offrir cette alternative, inédite, sur les sites en question, représenterait déjà une évolution colossale dans la manière d’appréhender internet. 

 

"Sanctionner l'offre pirate, la bloquer, la vider, lui couper les vivres sont de vaines promesses. Et l’assurance de ne jamais en finir."

 

Un éditeur suggérait l’idée de valoriser ses offres en passant directement par des achats d’espaces publicitaires. Après tout, pourquoi ne pas informer l’internaute que le livre qu’il s’apprête à pirater existe dans une offre attractive ? Pour le coup, le ministère de la Culture a déployé une armada pour assécher les revenus des sites, justement en coupant les accès aux régies publicitaires. Rien n’empêche donc une maison de se lancer dans la pub sur T411. Mais les extraits dont elle dispose sont des outils de promotion certainement moins onéreux, en fin de compte.

 

On opposera alors que cette méthode légitime les sites en questions. Là encore, il faut s’interroger : l’offre pirate se modernisera toujours, elle effectuera toutes les contorsions possibles et imaginables, pour se frayer un chemin, et poursuivre son but. La sanctionner, la bloquer, la vider, lui couper les vivres sont de vaines promesses. Et l’assurance de ne jamais en finir. On l’avait découvert avec l’affaire Houellebecq en janvier 2015 : le piratage passe désormais même par la numérisation de services de presse, celui du roman Soumission en l’occurrence.

 

La nature du web est de se peupler, sans cesse, d’envahir, et de propager. De partager. Et par là même, de permettre toutes les expérimentations imaginables. A-t-on maintenant suffisamment tenter la voie de la suppression, pour comprendre qu’il faut passer à autre chose ? 

 

PS : on retrouve un message assez intéressant, sur les ouvrages numériques du Belial :