Édito : Un éditeur pour ton manuscrit ? Non, ici, c'est la boucherie Sanzot

Nicolas Gary - 05.02.2016

Edito - manuscrit poste - publication éditeur - auteur commercialiser roman


Confronté à la dure réalité du marché, la complexité de trouver une maison d’édition, les auteurs sont parfois prêts à tout. La rédaction gardera longtemps le souvenir ému de cette plante en plastique qui attendait devant la porte, et sous laquelle se trouvait un tapuscrit. #cutenessoverload Mais toutes les histoires ne sont pas aussi attendrissantes, loin de là.

 

Epic fail

Ivan, CC BY SA 2.0

 

 

Tout d’abord, ami auteur, sache que nous respectons farouchement ta vocation et l’envie qui te poussent à trouver une maison d’édition. Si, si, juré. De même, nous sommes convaincus que tout livre, même le plus exécrable, peut trouver un public : c’est une question de temps, et d’obstination. 

 

Mais une précision s’impose : ActuaLitté parle de livres, certes, magazine littéraire, éventuellement, mais N'EST EN AUCUN CAS UNE MAISON D’ÉDITION.

 

Voici donc la mésaventure, qui méritait au moins un éditorial. Nous recevons en moyenne, PDF compris, 4 à 8 ouvrages par semaines. Quand nous en avons le temps, un petit mail pour dire « Merci, c'est gentil, mais non merci » est envoyé. Il arrive d’ailleurs de plus en plus que l’on nous téléphone pour prendre les renseignements, avant d’envoyer un tapuscrit. Sage précaution.

 

Cette dame ne l’avait pas prise. Encouragée, elle fit parvenir à la rédaction de ACTUALITÉ (oui, un seul T...) un tapuscrit dans lequel était certainement mis tout son cœur. Comme tous les autres, ce dernier allait finir au recyclage, mais son auteure a décidé de prendre des nouvelles. Elle contacte la rédaction, et, avec force patience et explications, il est convenu qu’elle fasse parvenir un chèque pour lui renvoyer les 150 pages A4 de son recueil.

 

Manifestement excédée que ce retour ne soit pas assez rapide, elle nous a rappelés. La conversation s’échauffe un peu : l’auteure, drapée dans sa dignité de créatrice, s’énerve que nous n’ayons pas que cela à faire. D’autant que personne n’a souvenir d’avoir vu son chèque pour payer le renvoi. Donc pour lui réexpédier... La dame hausse le ton, et dans une logorrhée certes balbutiante lance tout de même, triomphante :

 

C'est inadmissible. Si vous changez les termes du contrat, je vais vous faire un procès.

 

 

La rédactions'étrangle, pouffe, mais reste zen. Quel contrat ? Aucun. Quel procès ? Hmm... Sauf qu’après 20 minutes de conversation, ce type d’argument commence à courir sur le haricot. La répartie fuse :

 

Parfait madame : communiquez-moi les coordonnées de votre avocat, et nous nous retrouvons DEMAIN (oui, j’ai un peu crié) au tribunal.

 

 

Blanc et hésitations. Puis, l’interlocutrice reprend, avec moins d’aplomb.

 

Ah, mais non. Ce n’est pas possible. Demain, je ne suis pas libre.

 

 

Mince... fou rire....

 

 

 

Que l'on se rassure : le manuscrit lui sera bien renvoyé, à nos frais, parce que le chèque était inencaissable. On ignore si cette dame était, comme le veut le dicton, de cette espèce qui ose tout et que c’est même à cela qu’on la reconnaît. Nous lui devions au moins cet hommage. 

 

L’inverse eut été dommage...