Edito : un peu d'humain, beaucoup d'effet

Nicolas Gary - 11.03.2016

Edito - promotion livres - lecture partage - libraire éditeur bibliothécaire


Le chanteur – qui se fit un temps brasseur de bières – Robert Charlebois l’a dit comme personne : il faut revenir à Montréal. L’association des libraires du Québec organisait une journée interprofessionnelle, ce 9 mars. L’occasion d’aller à la rencontre d’éditeurs, de libraires et de bibliothécaires. Et de découvrir à quel point les enjeux, quel que soit le côté de l’Atlantique où l’on réside, sont identiques.

 

Thirteen Children

Cameron Bathorny, CC BY 2.0

 

 

On trouvait moins de neige, et de froid, que, dans la chanson du poète, Montréal ne manquait pas de charmes. Dans chacun des trois métiers, l’objectif est commun : toucher les lecteurs, parvenir à établir une relation de confiance, proposer des œuvres qui sauront instruire, plaire, émouvoir. Le credo est connu depuis des années.

 

Forts de ce que la technologie apporte son lot d’outils, les professionnels sont-ils pour autant mieux armés, mieux équipés ? Pour communiquer, cela se pourrait, à condition de comprendre leur maniement : « Envoyer un email à une base de données n’a jamais été aussi simple », affirmait Oren Teicher, directeur général de l’American Booksellers Association. Mais encore faut-il y mettre les formes. 

 

Oren Teicher encourageait les libraires à se lancer dans plus d’opérations locales, le localisme – que l’on présenterait plutôt comme l’achat en commerce de proximité. « Il s’agit de rappeler au consommateur qu’il est important d’acheter dans sa librairie, plutôt qu’en ligne. Et par conséquent, de lui présenter des produits locaux. » Cela passe par des goodies flanqués aux couleurs de la librairie, des rencontres avec des auteurs qui présentent certaines spécificités, dans leurs œuvres, liées à une ville, pourquoi pas.

 


 

 

Et ces réseaux sociaux, qui accaparent des heures chaque semaine, comment les appréhender ? Qu’importe la place dans la chaîne du livre, ce qui permet de remporter l’adhésion, c’est la création d’instants magiques. Ils pourront alors être tout aussi bien dématérialisés qu’inscrits dans un espace physique : dans la promotion d’un livre, ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est la relation humaine. 

 

On peut citer, encore et encore, des choses aussi simples que le livre suspendu – celui qu’un client va acheter, pour qu’il soit offert un autre lecteur, de passage. Ou encore la mise en scène, à l’intérieur de la librairie, de la bibliothèque. Peut-être vivons-nous une époque triste, ou morose, ce qui pousse chacun à rechercher des occasions de s’évader. 

 

La notion que les mégacorporations américaines ont véhiculée ces dernières années se résume en deux lettres : UX, pour User Experience. L’expérience utilisateur. Personne n’a ici inventé la roue : simplement, le client manifeste toujours deux grandes tendances, auxquelles il faut répondre. D’abord, il aime se sentir choyé, unique, privilégié. Ensuite, il veut que tout se passe au mieux dans sa transaction : c’est ce que les géants de la high-tech revendiquent – ou, du moins, ce sur quoi ils communiquent.

 

Comment s’emparer de cette notion, alors que l’on manque de temps, de bras, de savoir-faire et de tant d’autres choses. « Ce qui est le plus simple, devient le plus efficace, si c’est fait avec honnêteté », résumait une éditrice. Certes. Aménager des temps d’intimité, savoir faire preuve d’audace et de créativité, réinventer la convivialité qui devrait être indissociable du livre.

 

« Quand on est dans un groupe, ou une grande structure, la créativité, c’est mal vu... Non, en fait, c’est difficile à simplement proposer », nous expliquait un éditeur jeunesse. « Alors, faire comprendre que l’on a besoin d’humaniser, que ça peut se faire à travers les réseaux sociaux... Moi, je m’entends plutôt répondre que ça ne rapporte rien, que l’on a besoin d’une rentabilité immédiate. Et les projets partent à la poubelle. »

 

Personne n’apprécie d’être réduit à un numéro de carte bancaire. L’avenir des professionnels du livre passera par la constitution de communauté, où chaque membre se sent unique. C’est tout à la fois l’appartenance et le privilège : ressentir ce petit plus qui fait la différence.

 

Et pourtant, l’édition risque de souffrir, si cette dimension humaine n'est pas exploitée, chacun s'accorde à le reconnaître : « Si le livre n’est pas un produit comme les autres, il faut considérer que le client du livre n’est pas un client comme les autres. »

 

Comment aurait-on pu mieux conclure les débats ?