L'homoparentalité, si scandaleuse, si impudique

Nicolas Gary - 16.07.2015

Edito - homoparentalité livres - homosexualité adoption - famille société


Un mois après son élection, le nouveau maire de Venise en a fait de belles. Depuis le 14 juillet, il a pu souffler sa première bougie de trente jours à la tête de la cité lacustre. Mais si le scrutin du 14 juin fut serré, lui accordant 53 % des voix, ses frasques aujourd’hui font l’unanimité. Et la censure de livres dans les écoles est loin de passer inaperçue.

 

Venise grand canal HDR

Jonathan Collard, CC BY ND 2.0

 

 

La pétition lancée a déjà recueilli plus de 30.077 signatures, et David Faraone, sous-secrétaire à l’instruction, à Venise, se félicite de ce que le sujet ait mobilisé les Italiens. « Aucun maire ne peut intervenir dans ce sens, pas plus qu’il ne peut décider quels livres peuvent être lus, ou pas, dans une institution », assure-t-il.

 

Bien entendu, la victoire de la pétition est une chose. Mais les ouvrages que Luigi Brugnaro a promis de faire disparaître des écoles maternelles en sont une autre. Et si pour le moment, le Pape François ne s’est pas exprimé, sur cet exercice de censure, clairement homophobe, on aimerait l’entendre répéter que « la diversité non seulement est positive, mais surtout, nécessaire ».   

 

En sanctionnant les ouvrages qui parlent de couples homoparentaux, et en choisissant de les interdire aux enseignants qui officient en écoles maternelles, le maire a vraiment brillé de mille feux. Selon ses propres commentaires, le travail d’analyse pour distinguer le bon grain de l’ivraie sera effectué avec soin. Mais c’est déjà de discrimination que l’on parle. 

 

Et la suite logique de la censure serait-elle d’envisager, place Saint-Marc, un grand autodafé, pour travailler à l’édification de chacun ?

 

Quand on songe une seule seconde aux efforts d’éditeurs comme Marvel ou DC Comics pour accorder une place à l’homosexualité, depuis des années, tout cela est bien dérisoire. Jono Jarrett, fondateur de Geeks Out, organisation au croisement des cultures geek et LGBT expliquait fort bien tout cela : « Je pense que toute grande industrie réagit plus lentement que la culture dont elle se nourrit. » Et que le monde des comics s'empare enfin de ces thèmes n'est finalement qu'une juste chose, offrant un nouveau paysage aux personnes. « Nous essayons de porter ce message : désormais, "si vous êtes un geek gay, ce n'est pas double peine : vous êtes doublement génial". »

 

De l'index qui pointe, au majeur qui se dresse 

 

Alors pendant ce temps, le ministre de la Culture, Dario Franceschini peut bien se réjouir de constater que dans les librairies indépendantes, au cours du premier trimestre, 2,3 % supplémentaires de livres ont été vendus. Son silence sur le sujet est légèrement embarrassant.

 

 

Heureusement, il y a cette librairie, la Stregata (à Portoferraio sur l’île d’Elbe), qui décide en réaction aux propos du maire, de commander les 49 ouvrages concernés par la censure, et de les mettre en avant dans leur vitrine. (via Tirreno Elba)

 

Certains en appellent au ministère de l’Éducation, et l’actrice Martina Galletta rappelait, dans la pétition que dans un monde de plus en plus médiatisé et globalisé, « il est anachronique et grotesque de mettre en œuvre une censure si lâche de livres qui devraient sensibiliser les jeunes et non nourrir l’ignorance, la peur et la discrimination ». On ne pourra que lui donner raison : parmi les livres que Luigi Brugnaro a choisi de mettre à l’index, on retrouve celui d’Ophélie Texier, Jean à deux mamans, publié par L’école des Loisirs (novembre 2004). 

 

Un livre qui avait fait sortir de ses gonds Pascale Morinière, vice-présidente des associations familiales catholiques, et qu'elle dénonçait avec ardeur, en février 2014. « Le livre Jean a deux mamans est mensonger. On ne peut pas avoir deux mamans. Où est le père ? On fait comme s’il n’existait pas. Il manque une parole de vérité sur l’origine de cet enfant. Écrire qu’un couple homosexuel, c’est comme un couple hétérosexuel, c’est faux… »  (via Le Figaro)

 

Les arguments ne sont guère plus éloignés que ceux du maire de Venise. Elle ajoutait, à propos de l’album Les Chatouilles, de Christian Bruel et Anne Bozellec (novembre 2012, Thierry Magnier) : « Ce que cela dit à l’enfant, c’est que la nudité n’a pas d’importance. Que c’est un jeu. On ne lui enseigne pas ce qu’est la pudeur. » La pudeur, c’est aussi cette dimension humaine qui empêche de dire quelque chose susceptible de blesser. 

 

Mais en matière d’éducation, il reste définitivement fort à faire. ​


Pour approfondir

Editeur :
Genre : littérature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782211074575

Les petites familles ; Jean a deux mamans

de Ophélie Texier

Jean a deux mamans. Une maman ou deux mamans, est-ce vraiment si différent ? Oui, sûrement. Mais qu'en pense Jean ?

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