Facebook et Twitter dévissent en Bourse : il faut connecter les écrivains

Nicolas Gary - 27.07.2018

Edito - connexion réseau social - réaction interaction Facebook - Bourse facebook milliards


EDITO – La magie des réseaux sociaux n’a pas fini de nous embellir la vie. Bien entendu, après la fessée déculottée que Facebook vient de prendre en Bourse, tout le monde s’inquiète : la fin, pas la fin, le début de la fin ? 110 milliards évanouis d’un coup, dur pour le fondateur, Mark Zuckerberg : c’est un petit quart de la valeur de l’entreprise qui vient de disparaitre.


Facebook Beachfront
mkhmarketing, CC BY 2.0

 

D’ailleurs, peu après, Twitter prenait également un coup de plomb dans les ailes, avec 20 % de perte de valeur à Wall Street également. C’est une perte moindre toutefois, d’autant que le troisième trimestre de l’oiseau bleu affiche un bénéfice de 100 millions $, contre 116 millions $ de perte pour 2017. Bref, la fragilité des réseaux.
 

J'aime, J'aime, J'aime


En inventant le Like, Facebook était parvenu à réduire l’expression personnelle au Degré Zéro de la sociabilité. Mieux, en refusant le bouton Je n’aime pas, l’entreprise réduisait à néant toute désapprobation.

 

Dans Les batailles d’internet (Philippe de Grosbois, Ed. Ecosociété, sortie ce 23 août), est rappelée cette étude menée par le réseau sur l’incidence des publications positives, que l’algorithme avait mises en avant. Et surtout, l’effet contagieux que cette propagation de bonnes nouvelles pouvait avoir. Et ce, parce qu’elles garantissent à Facebook de voir revenir les utilisateurs, gagnés par une « expérience la plus jouissive ».

 

C’est précisément ce que relève Dominique Cardon (À quoi rêvent les algorithmes, Seuil — 2015) qui « contribuent aussi à assujettir l’internaute à cette route calculée, efficace, automatique, qui s’adapte à nos désirs en se réglant secrètement sur le trafic des autres ». Merveilleuse époque de l’humanité, où l’on a posé son cerveau sur la table de chevet : un mur de publications méthodiquement sélectionnées remplace notre jugement, et limite notre vision du monde. Merveilleux.

 

Même notre gestuelle s’est enrichie de comportements improbables : depuis des lustres, on connaissait le double clic que nos ordinateurs avaient imposé pour l’exécution d’une action. À l’ère du smartphone, l’action s’est résumée au coup d’index sur l’écran – ou pouce, ne soyons pas sectaires. Hop, j’aime, hop, je partage, hop, hop, hop... 

 

Any sufficiently advanced technology...


Pratchett avait raison : au-delà d’un certain niveau d’avancées, la technologie devient indissociable de la magie. Il est pourtant simple de comprendre comment, par le truchement d’une connexion internet, deux pressions de l’index sur une publication Insta indiquent à un utilisateur, à l’autre bout du monde, l’intérêt que le manifeste pour ce qu’il ou elle a posté. 

 

Deux pressions suffisent pour signaler mon plaisir – de toute manière, je ne peux pas indiquer mon déplaisir – et voilà que je flatte doucement le narcissisme de cet inconnu. Cette instantanéité est fascinante.
 

Et devrait être étendue aux auteurs. 

 

Je propose l’obligation d’une greffe, qui serait imposée dès la parution du premier ouvrage. Un petit bitoniau électronique, en mesure de recevoir des informations par réseau sans fil, et qui retranscrirait physiologiquement – par impulsions électriques – mes avancées dans la lecture. Nike, pour son application de running, avait fait en sorte que chaque Like depuis Facebook, soit transformé pour le coureur en une salve d’applaudissements. Encouragement idéal !

 

Il en irait de même pour l’auteur : chaque page où je m’arrête, que ce soit par pur contentement ou affligé de tant de bassesse, un clic et gzzzzt, voici l’auteur connecté pris d’une petite convulsion, exprimant mon bon plaisir ou goûtant aux raisons de ma colère. Une variante pourrait d’ailleurs être envisagée, pour tout aspirant écrivain, en cours de rédaction...

 

Mais pour cela, il faudrait que les livres papier soient eux-mêmes connectés. Oh... et avec une liseuse ou une application ?   




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