Halloween : entre caries et sucreries, préparer ses lectures

Nicolas Gary - 28.10.2016

Edito - Halloween enfants sucreries - démons morts vivants - livres lecture tranquillité


EDITO – Halloween m’emmerde. Pas tant que l’idée de se déguiser en cadavre, de préférence exquis, ou autre monstruosité m’effraie. L’idée de célébrer les défunts à coups de cervelle qui fuit façon zombie, ou de danser avec des sorcières dans d’infernaux sabbats a quelque chose de plaisant. Non, Halloween, ce sont plutôt les enfants qui me gavent...

 

 

 

Récemment, eBay a envoyé un communiqué de presse pour dire que les costumes favoris des enfants pour Halloween, c’était celui de princesse pour les enfants et Superman pour les adultes. On n’oserait réduire la croyance ni les traditions populaires aux utilisateurs de cette place de marché, mais tout de même. Les vampires, enfants et adultes confondus, n’arrivent qu’en 4e position ! Et pourquoi pas un déguisement de licorne qui racle et change l’asphalte en caramel beurre salé ?

 

Dracula, le Seigneur des Morts Vivants, supplanté par Batman et le Joker, ça donne à tout suceur de sang l’envie de se suicider au bain de bouche, de se ligaturer les gencives, ou de se faire sauter les plombages. Il paraît que certains, désespérés, ont même pris rendez-vous chez des arracheurs de dents, pour un soin sans anesthésie : mensonge ?

 

Un mort-vivant, c’est un oxymore, mais occis-mort, c’est un pléonasme Anonyme

 

Les enfants, disais-je, qui vont sonner vaillamment aux portes, pour quémander des confiseries que leurs parents leur refuseraient en temps normaux. N’est-ce pas là la plus triste expression du désengagement éducatif contemporain ? Qui, pour apprendre aux jeunes à réclamer des carottes et des navets, pour obtenir leur ratio de 5 fruits et légumes par jour ? Au pire, de la soupe de potiron, pour rendre hommage à Jack O’Lantern. Non du sucre, et voilà qu’on nage en plein Carie, la vengeance – et pas l’adaptation du roman de King...

 

Et puis, pour Halloween, on ne sait jamais quoi lire. D’abord, parce que l’on sera constamment dérangé par la progéniture des voisins, qui tentera sa chance, frappant à votre huis avec insistance pour ces sucreries du diable... Personnellement, je m’en moque, je n’aurais que des gâteaux militaires secs et des sachets lyophilisés à la maison.

Mêmes les animaux, d’après eBay, on plus d’imagination.

 

 

Mais que lire ? Le Bardo Thödol, sorte de Livre des morts égyptien, mais pour les bouddhistes ? Bof. Les Reliques de la Mort ? Pas plus, la folie Potter commence à me sortir par les oreilles – un costume à envisager pour l’an prochain, d’ailleurs. J’aurais volontiers repris le bouquin de Carrère, Je suis vivant et vous êtes tous morts, qui parle de Philip K. Dick, mais le soir d’Halloween, Dick, c’est pas vraiment l’esprit. 

 

Orgueil, préjugés et zombies ? Au moins par solidarité pour l’éditeur Hachette qui a lancé un procès contre son auteur, non. Le Guide de survie en territoire zombie de Max Brooks (trad. Patrick Imbert) me tentait pas mal – sauf que je l’ai égaré en territoire germanopratin hostile. 

 

Pour faire plaisir à Sollers, on se replongerait volontiers dans les classiques : un Dracula de Stoker, un Frankenstein de Shelley, ou Dr Jekyll et Mr Hyde – bon, ça, très bon... Voire pour les plus timides, Le Horla. Maupassant, c’est un peu cette rencontre littéraire entre la vérole et l’aversion pour la société. Un compromis intéressant pour Halloween.

 

« Ah, pour Halloween, que lire ? », se demandait l’oiseau du même nom en se lustrant les plumes. Je crois, cette année, avoir tranché : quitte à être interrompu constamment, je me passerai Nuit sur le mont chauve de Moussorgski, façon Fantasia. Et le premier gamin qui frappe, je lui expédie Belzébuth, Astaroth, Belial et Satan : pour Halloween, on joue traditionnellement tous les cinq au poker. Au strip poker : celui où il faut faire des dessins...