“J'ai tuer Netflix”, histoire de désintoxication et de mafia

Nicolas Gary - 17.05.2019

Edito - Nerflix steaming - livre lecture - profession livre


EDITO – J’ai tuer Netflix. Cette faute d’orthographe consacrée dans le cadre de l’affaire Omar Raddad, se trouve ici renversée. Cette fois parce qu’aucun doute quant à l’authenticité n’est permis. Un brin de prétention peut-être, mais n’empêche. Si le Colibri de Pierre Rabhi fait sa part, alors chacun peut également s'investir, et sans peine affirmer qu’il aura participé à tuer Netflix.

hypnotised
Scott_J_, CC BY SA 2.0

 
La légende amérindienne que l’essayiste algérien a popularisée mérite ici d’être brièvement rappelée.
 

Au feu, les pompiers, la maison qui brûle...


Alors qu’un gigantesque incendie menace de ravager une forêt, un colibri multiplie les aller-retours pour déverser quelques gouttes d’eau sur les flammes. Les animaux restaient impuissants, sans bouger. Soudainement le tatou, agacé de voir le colibri s’agiter, raille : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et l’oiseau de lui rétorquer : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Le colibri, c’est cette bestiole de 8 cm, qui pèse 2 à 3 grammes, et vole jusqu’à 79 km/h en piqué. Il lui en faut, de la détermination et de la conviction pour « faire sa part ». Mais si 3 grammes de ferme résolution parvenaient à changer véritablement la donne, en impulsant une dynamique nouvelle ? C’est le pari de Pierre Rabhi, bien entendu. 

Et celui que l’on peut faire.

Ce n’est pas tant qu’il faut se priver de divertissement ni se cloîtrer entre quatre murs coupés du monde. Non, ce sont nos usages qui changent : allumer la télé, la radio, en rentrant chez soi, pour avoir une compagnie, et finalement ne pas ouvrir de livre, personne n’a attendu Netflix pour le faire. 

En revanche, la plateforme a permis un choix immédiat, régulièrement renouvelé et une certaine (relative, plutôt) diversité des séries et films à découvrir. Netflix ne nous a pas rendus paresseux : il encourage, voire amplifie notre paresse. Connecté, identifié, hop, série lancée. 
 

Quand la demande n'en espérait pas tant...


Et mon colibri, alors ? Phénomène de société, Netflix est plus représentatif, parce que populaire, que les autres outils de streaming — et comme on veut être au monde, on souscrit et l’on regarde. Donc on en parle. Libraires, éditeurs, bibliothécaires, auteurs, personne n’échappe, quel que soit son statut, à la mode, aux nouvelles sources de divertissement. Et l’on entend de plus en plus, lors de rencontres en librairies, des cocktails ici ou là, commenter les séries favorites, les films vus justement en streaming.

(7/365) Watching TV
Michael Hamann, CC BY SA 2.0

 
L’explication tient en peu de mots : 7,99 € pour des dizaines de milliers d’heures de visionnage. Un roman ? 20 €, pour quelques heures de lecture. Un poche ? 8 €, pour la même temporalité. Le client a tôt fait de prendre la mesure – et d'oublier assurément que les deux plaisirs n'ont rien de commun. La facilité l'emporte : que ce soit en psychologie sociale ou en linguistique, la loi du moindre effort a de beaux jours devant elle.
 
Il n’est pas nécessaire de quitter Netflix. Il est nécessaire de comprendre que l’enjeu de la lecture, si tant est qu’on veuille en faire quelque chose au niveau national, passe par une affirmation en premier lieu des professions qui composent la chaîne du livre. Abandonner Netflix, individuellement, équivaut à se démener comme le colibri de la fable — ou comme Rostand le faisait dire à son Cyrano : « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul. » 

Quand les éditeurs combattent d’un côté le temps de cerveau accaparé par Netflix et de l’autre main signent des contrats d’adaptation audiovisuelle, à la recherche de relais de croissance, on peut légitimement parler d’inadéquation, voire de schizophrénie. 

Elvira (campée par Michell Pfeiffer) le disait à Tony Montana dans le film Scarface : il n’existe que deux règles. La première est de ne pas sous-estimer la rapacité de ses ennemis. La seconde ne te défonce pas avec la came que tu vends. On aurait donc tant à apprendre du milieu mafieux ?


Commentaires
Sans tête Petit Colibri

Malmené par les vents s'entête

Par les champs, chantant, vibrant,

Déguster les sucs,

L'excellence de la Vie.
Très bon point de départ pour beaucoup de reflexions. Pour autant je pense que ça mériterait bien plus d'analyse. On oppose ici Netflix et lecture. Devrions nous plutôt lire que regarder des films et courts métrages ? Puis je remplacer Netflix par le service de VOD que ma médiathèque met à ma disposition ? Et le livre audio alors ? Audible d'Amazon me met il dans les mêmes conditions ? Dois je lire plutôt qu'écouter ? C'est un débat presque sans fin mais j'invite toute personne qui se penche dessus à ne pas oublier que quel que soit le support, nous parlons avant tout ici de culture... enfin, je lis l'article, il se clôt par une publicité sponsorisée pour Spotify Premium à 0.99 cents pendant 3 mois... C'est bien ça la schizophrénie qui est évoquée ici. Merci pour cet article qui ouvre les portes de la réflexion.
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Joli petit cerveau,

Pâtisse, Poïse !



Le temps va, les bulles vont,

Ainsi font les petites marionnettes !
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