Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Journaliste littéraire en été : de ma fenêtre, je vois tes vacances

Nicolas Gary - 04.08.2017

Edito - Gaston Lagaffe bureau - vacances rédaction travail - information journalistes littérature


EDITO – En cette période fatidiquement creuse, deux choses manquent à l’appel : les informations et le public pour les lire. Mais quelle est la causalité véritable ? Oh, évidemment, l’âge et l’expérience incitent le rédacteur maintenant avisé à thésauriser son capital journalistique. Et plutôt que de verser dans le marronnier — sortie de route garantie — il déploie son couteau multifonction avec aisance.


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domaine public
 

 

D’abord, les dossiers urgents, abandonnés, car supplantés par des urgences supérieures. Qui n’a jamais enduré les hurlements d’agonie de l’actu laissée en plan ignore ce que culpabilité signifie. Heureusement, on n’apprend le cynisme que sur le terrain, pas en école de journalisme. 

 

Donc, les urgences refroidies, passées sur le réchaud estival : on se croirait en camping. Les dossiers de presse déchirés donnent une ambiance sonore type grillon malingre ou cigale écrasée par les chaleurs méridionales. Dans un bureau, on s’en contente rapidement. 

 

D’ailleurs, les piles infinies de livres en souffrance servent déjà de piliers au barnum qui abritera le repas champêtre — mozzarella à température ambiante (on ne met JAMAIS la mozza au frigo !) ou feta, tomates tranchées, olives noires : ça sent la mer Méditerranée. Avec le ventilateur branché, on imaginerait même qu’un léger mistral s’est levé. 

 

Les urgences, disions-nous ? Avec cette atmosphère de délassement, on envisagerait plutôt de rouler en boule les fiches argus présentant qui un roman qui un essai qui un album photo… 

 

Attends, attends : si on en roule trois ensemble, ça donne plus de poids, et — suis mon regard : OUI ! Comment n’y a-t-on pas pensé l’an dernier ? Il suffit d’utiliser la boulette marron et odoriférante trouvée dans le tiroir du stagiaire, un cochonnet I-DÉ-AL : pétanque ! Pas de bonnes vacances sans pétanque, c’est Lino Ventura qui l’a dit. 

 

Mais si tu préfères la plage, y’a le bac à sable de l’école à côté : avec deux ou trois cartons, et un aller-retour, on se monte XIe Plage — et le ruissellement du robinet pour rappeler le roulis des vagues.

Si, si, je peux monter le chauffage, comme ça il fera bien 30 °… 

 

Donc, ces urgences, elles attendront un peu plus tard, hein : fait trop chaud pour travailler et pis, cet air de vacances, moi, ça me donne envie de quitter les chaussures et… aaaaaaaaah, les pieds dans le sable, la tête sous l’halogène. 

 

Viens, allez, laisse la Commission européenne tranquille et sa réforme du droit d’auteur. Oublie la rentrée littéraire — elle qui aimerait bien qu’on l’oublie aussi de temps à autre. Laisse tomber ton truc anti-DRM et ton site de piratage : regarde, on éteint la lumière : voici que les néons donnent le vertige de la Voie lactée.

 

Et ce smartphone qui vole, c’est un peu une étoile filante : fais un vœu, c’est cadeau.

 


Gaston Lagaffe, par Franquin © Marsu Prod