Chers pirates de livres, vous êtes légion, une légion de rugbymen massifs

Nicolas Gary - 21.08.2015

Edito - Richard Mollet - piratage contrefaçon - livre numérique


Une étude menée durant le deuxième trimestre, au Royaume-Uni, semble indiquer un recul de certaines pratiques de la contrefaçon. Internet n’a pour autant pas encore balayé toute forme de piratage. Un point qui permettait au moins à l’industrie du livre de se réjouir : les livres seraient les biens culturels les moins piratés. 

 

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Natural Heart, CC BY SA 2.0

 

 

Richard Mollet, président de la Publishers Association, ne manque pas l’occasion : « Pour les ebooks, seul 1 % de tous les utilisateurs d’internet se procure des fichiers illégaux, et seuls 10 % de tous les internautes qui ont téléchargé des contenus numériques ont piraté. Ces chiffres signifient que l’industrie du livre a un problème, vis-à-vis du piratage, d’une importance moindre que les films, la télé ou la musique. »

 

Alors bien entendu, cette nouvelle est appréciable, mais l’éradication totale de la contrefaçon est un but. « Une minorité entêtée de 5 % de la population (en grande partie des hommes, en majorité des jeunes) continue de rejeter les contenus légaux, et préfèrent les fichiers contrefaits. »

 

Et de poursuivre : « Les marxistes les auraient appelés “pirates en haillons” [lumpenpirates, NDR, sur le modèle de la notion allemande Lumpenproletariat, conçu par Marx et Engels]. Ces internautes semblent totalement indifférents à ce que la légalité peut offrir, que ce soit pour eux, ou pour l’économie en général. » 

 

Autrement dit : des irréductibles, mais qui ne seraient donc que 5 % des utilisateurs du net. 

 

Or, si les données sont constantes, avec une tendance à se dégager du piratage, Mollet interroge : « Le secteur a-t-il fait tout ce qu’il doit pour lutter contre le piratage ? » Mais ses réflexions le poussent immédiatement à considérer le modèle juridique – la pédagogie ne vient que dans un second temps. Avant de replonger immédiatement dans une idée qui a la peau dure.

 

« Dans l’édition, nous ne pouvons pas être assurés que le ralentissement de la croissance des revenus numériques n’est pas la faute d’une contrefaçon qui se maintient. » Ou comment confondre partage et piratage, pour aboutir à la conclusion qu’un livre téléchargé illégalement représente une vente de perdue. Ce débat n’en finira jamais, inutile d’ajouter de l’huile de coude à déployer des arguments.

 

"La lutte contre la piraterie n’est pas le jeu du chat et de la souris : cela ressemble plutôt à une compétition de rugby, les règles changent chaque année et les opposants ont l’air de plus en plus massifs." Richard Mollet

 

 

En France, l’ouvrage 7 de Tristan Garcia (Editions Gallimard) a été piraté plus de 30 jours avant sa sortie officielle, prévue pour le 20 août, comme nous avons pu le constater. Qui pourra dire que les ventes seront impactées par cette contrefaçon, ou que les lecteurs appâtés se procureront la version papier ? Le président de la PA nous a donné la réponse : seuls 5 % des internautes sont des irréductibles pirates. Moralité, 95 % des autres seront en mesure de l’acheter. Des ventes perdues, vraiment ?

 

Ce que Mollet semble observer, c’est que les industries culturelles devront poursuivre leur combat, pour contrebalancer l’activité contrefactrice, et maintenir la pression sur la violation du droit d’auteur. Ce qui revient à tenter de contenir un barrage fissuré sur la route d’un lac, en apposant des post-its – et s’en frotter les mains de contentement, satisfait et convaincu d’avoir trouvé la meilleure solution...

 

Pourtant, Mollet se veut lucide : « La lutte contre la piraterie n’est pas le jeu du chat et de la souris (chez moi, tout du moins, le jeu s’achève habituellement avec la mort de la souris, assez vite) : cela ressemble plutôt à une compétition de rugby, les règles changent chaque année et les opposants ont l’air de plus en plus massifs. » 

 

On attend alors l’arbitre qui sifflera la fin de la rencontre, pour qu’enfin tout le monde se retrouve, heureux, à la troisième mi-temps...


Pour approfondir

Editeur : La Martinière
Genre : sports collectifs
Total pages : 304
Traducteur :
ISBN : 9782732467566

Rugby à charges

de Pierre Ballester

Y-a-t-il du dopage dans le rugby? Oui, depuis très longtemps. Et l’évolution du jeu, la violence des impacts et l’aggravation des blessures favorisent cette course à l’armement. La situation est-elle comparable au cyclisme des années 2000? Les approches sont différentes. L’« esprit rugby » résiste encore, mais le phénomène prend de l’ampleur. Qui s’en inquiète? Pas grand monde. Et peu de joueurs, pourtant les premiers sacrifiés, osent tirer le signal d’alarme de peur d’être mis au ban. L’omertà est-elle totale? Elle est dominante, mais les coutures craquent. Où va le rugby? S’il n’y prend garde, droit dans le mur. Pierre Ballester, journaliste de sport et d’investigation, est l’auteur de nombreux livres qui ont fait date sur le dopage dans le cyclisme, dont le fameux L. A. Confidentiel (avec David Walsh), qui, près de 10 ans avant les aveux de Lance Armstrong, révéla, preuves à l’appui, toute la vérité. Il connaît aussi parfaitement l’univers du rugby pour avoir codirigé pendant plusieurs années le magazine de la Fédération française. Auteur de La France du rugby (Panama, 2006), il a collaboré à la rédaction du livre de l’ancien sélectionneur du XV de France, Marc Lièvremont, Cadrages et débordements (La Martinière, 2012).

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