L'Italie invitée en 2021 ? Livre Paris, outil politique de Macron, à nouveau

Nicolas Gary - 05.03.2019

Edito - France Italie tensions - Macron Salvini - salon livre paris


EDITO – La presse italienne est unanime : en 2021, c’est le Bel Paese qui sera invité d’honneur du Salon du livre de Paris. Une information qui découle de la visite du ministre de la Culture, Franck Riester, rendue à son homologue italien des Biens culturels, Alberto Bonisoli. Sauf que personne n’est au courant... Du tout.

Ouverture des bibliothèques
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Au départ, c’est Léonard de Vinci qui a servi à réconcilier les deux pays, en froid depuis des semaines. Et lors d’un déplacement à Milan, Franck Riester a tenté de pacifier les relations. Avec le 500e anniversaire de la naissance de Léonard de Vinci, le génie toscan pouvait aider les deux États à enterrer la hache de guerre. Et c’est bien le cas.

En effet, Italie et France collaboreront autour de Léonard, pour les célébrations, et plus encore, pour l’anniversaire de la mort du peintre Raphaël qui interviendra l’an prochain. La culture peut tout, c’est même à ça qu’on la reconnaît.
 

Ma che cazzo dici ?


C’est que, depuis le début du mois de février, les tensions montaient dans les aigus : Emmanuel Macron, superbe, avait même rappelé l’un des ambassadeurs en poste. Tout ça pour marquer le coup. En réalité, les législatives Italiennes de mars 2018 auraient déjà posé la pierre de dégradations continues entre les pays. Et l’on peut cumuler les âneries des responsables politiques de l’un et l’autre côté des Alpes.

Il y eut l’Aquarius, et les railleries déplacées du président français à l’égard du pays. Dans le même temps, la politique migratoire française de renvoi vers l’Italie de tous migrants qui tentent de franchir la frontière. Et puis des questions économiques, sur les dépassements de déficit au niveau européen : l’Italie sanctionnée, la France passée sous le radar...

Puis, il y eut la crise des gilets jaunes, et le soutien provocateur apporté par Matteo Salvini et Luigi Di maio en janvier dernier. Et finalement le rappel de l’ambassadeur. On pourrait synthétiser en estimant que, dans cette cour de récréation, aucun des deux camps ne fait preuve d’une réelle intelligence. Mais que voulez-vous, les enfants... (voir d’ailleurs l’excellent papier de Sud Ouest).
 

La culture nous unit, si, si


Alors, sauver la face et les relations par la culture, en période de directive européenne sur le droit d’auteur, voilà qui a soudainement un fameux panache. La Culture, avec un vrai grand C, salvatrice, rédemptrice : apportez un pot de vernis, on va tartiner du Leonard de Vinci et du Raphaël pour apaiser les esprits.

Et puis, ajoutons-y une dose de salon du livre de Paris : sur ce secteur, au moins, les industriels conservent de plutôt bonnes relations. 

La réponse que le Syndicat national de l’édition fournit à ActuaLitté ferait plutôt l’effet d’une douche froide : « A cette heure, aucun pays n’est arrêté, les discussions se poursuivent avec plusieurs pays invités possibles. » Seule information confirmée : la venue de Bonisoli lors de l’édition 2019. 

Mais d’où vient que la presse italienne affirme haut et fort que l’Italie sera nation invitée d’honneur pour 2021, assurant que l’information est officialisée. On assure déjà que l’Associazione italiana editori et le Syndicat national de l’édition coordonneront cette invitation. Dans le cas du SNE, c’est logique, il possède la manifestation : nous avons tenté de joindre l’AIE, pour l’instant sans réponses. 
 

De l'usage politique du livre et du salon de Paris


Plus sérieux encore : le site du ministère italien des Biens Culturels fait état officiellement, avec le plus grand sérieux et aplomb, de cette invitation. Sauf à provoquer un conflit nucléaire entre les pays, et de repartir de plus belle, aucune échappatoire pour le SNE.

Pour Reed Expo, coorganisateur, la situation est plus compliquée : 2019 sera la dernière année du contrat qui le lie au SNE pour Livre Paris. Une clause de reconduction tacite, en cas de bénéficie supérieur à 800 k€ est prévue, mais de l’avis de beaucoup, irréalisable. À moins que Reed ne paye le manque de sa poche – l’hypothèse s’envisagerait...

Pour comprendre comment cette invitation a pu germer, les regards se tournent vers... la rue de Valois. « On se souvient que Manuel Valls avait accepté l’invitation à la Foire du livre de Francfort pour des raisons politiques : il fallait calmer le jeu entre la France et Angela Merkel », nous rappelle un historien de l’événementiel. « Ici, tout cela ressemble au fait du prince. »

Autrement dit, Franck Riester ? Emmanuel Macron était déjà passé à la télévision italienne pour faire une danse du ventre séductrice, et réaffirmer que Leonard de Vinci serait un lien, par delà les malentendus, entre la jeunesse de deux pays. 


Russie, Italie, bientôt Etats-Unis ?


Alors quoi ? « Il est même peu probable que Reed ou le SNE aient été avertis. Le salon sert ici de variable d’ajustement », estime un observateur de la politique du livre. « D’ailleurs, on sait pertinemment que c’est Vincent Montagne, président du SNE qui a convaincu l’Inde de venir pour 2020, et pas Reed. Il avait effectué un déplacement en mars 2018, dans le cadre d’un voyage où l’Élysée avait invité des chefs d’entreprise. »

Si fait : d’ailleurs, la France se retrouverait, en échange, invitée de la Foire internationale du livre de New Delhi, en 2022. 

La question que tout le monde se pose, dans le Landerneau, reste : pourquoi l’Italie, qui depuis une vingtaine d’années ne voulait plus venir au Salon du livre de Paris, aurait changé d’avis. « Qu’est-ce qui peut bien motiver les éditeurs italiens désormais, et les avoir convaincus », questionne-t-on ? 

Une réponse unique s’impose : le Salon du livre a, et toujours été, à l’instar d’autres manifestations, un outil politique. Mais il aura rarement autant échappé à ses organisateurs. 

L’an passé, quand Emmanuel Macron avait scandaleusement snobé le stand de la Russie, pays invité d’honneur, cette récupération politique de la manifestation avait fait scandale. Et contraint le président du SNE à ce commentaire : « Ce n’est pas un salon politique. »

Le Salon, peut-être pas, mais l’usage qui en est fait, définitivement si... Quant à l’idée qu’il suffise d’un salon du livre pour résoudre les relations entre les pays, elle en fait sourire plus d’un.


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