Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

La puissance marchande d'Amazon, la crise et l'hypocrisie

Nicolas Gary - 25.08.2017

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EDITO – Quand la librairie perd la tête, que reste-t-il ? Internet. Dans quelques semaines, des chiffres absolus insensés seront communiqués sur ActuaLitté, démontrant les véritables résultats que le géant AMericAiZON peut réaliser avec les éditeurs français. Cela devrait remettre les idées en place à certains. Et donner un peu mieux la mesure des choses.

 

Man in the Moon
The Preiser Project, CC BY 2.0

 

Fini les évaluations au doigt mouillé, par temps humide : il est temps de fournir des données strictes, précises, pour aboutir à deux conclusions. La première : Jeff Bezos a fait de l’excellent boulot en France. La seconde : sur le ecommerce dans le livre, les places sont chères. Non : en réalité elles sont hors de prix. Avec ou sans loi Lang.

 

Voilà quelques années, le président du Syndicat national de l’édition a assuré que, de son point de vue, représentatif de plus de 660 membres, Amazon était un libraire comme les autres.  

 

« Amazon “n’est pas simplement un opérateur dans le monde numérique, mais c’est surtout un libraire”. »

Vincent Montagne, président du SNE, mars 2013

 


En cette année 2013, Amazon avait en effet choisi de ne pas revenir sur le Salon du livre – un différent dont les racines seraient à chercher du côté de la rue de Valois. Une intervention d’Aurélie Filippetti aurait mis le feu aux poudres, raconte-t-on. 
 

Les courriers du Syndicat national de l’édition et du coorganisateur, Reed Expos, n’y avaient rien changé : pas de large sourire jaune au salon. D’autant plus désagréable que, l’année d’avant, pour la première fois dans l’existence de la firme, Amazon avait occupé un espace à la porte de Versailles.

 

Alors voilà : si l’on peut souhaiter quelque chose en cette rentrée 2017, c’est bien que cesse enfin l’hypocrisie collective autour du marchand américain. 
 

Edito : Amazon contre le monde, ou le syndrome de Stockholm


Les chiffres de vente de cette année n’ont pas été bons, c’est le moins que l’on puisse constater, sur le premier semestre, et dans sa continuité. On parle d'une perte de 15 % de chiffre d’affaires, pour les six premiers mois, ce qui implique que les six derniers, pour maintenir une année à l’équilibre, devront réaliser 30 % de CA de plus. Le magazine Livres Hebdo faisait état d'un recul de 5,5 % pour le second trimestre – mais chaque maison interrogée assurera « nous on s'en sort mieux que les autres... ».
 

Dans ce contexte, bien évidemment qu’un Amazon dispose d’un plus grand pouvoir de pression sur les maisons. Il va falloir vendre, beaucoup, des bons, des moins bons, mais les ventes devront être au rendez-vous. Et en regard de chiffres que nous avons pu obtenir, nul doute que le géant américain aura de quoi sourire.

 

Pour donner un avant-goût, il faut considérer qu’Amazon France affiche 45 millions € de reversements à l’ensemble des éditeurs – de fait, principalement distributeurs et diffuseurs partenaires – incluant l’import, pour le seul mois de janvier 2017 (net receipts, NdR).

Si l’on ne retient que les 20 plus importants clients – distributeurs/diffuseurs en l’occurrence – qui sont français, on parvient déjà à près de 31,5 millions €. Les 60 premiers comptes pèsent pour 40,5 millions €... De quoi laisser songeur. Par ailleurs, il faut indiquer que ces données ne comptent pas les ventes réalisées sur le marketplace.
 

En 2015, les données SNE sur l’édition affichaient une légère croissance, de 2,667 milliards €, soit 0,8 % de mieux que l’année passée. 

 

 

 

 

Mais nous reviendrons dans un prochain article bien plus précisément sur ces différentes données.