La science-fiction, bientôt dans toutes les bonnes librairies

Nicolas Gary - 12.07.2019

Edito - science fiction succès - littérature mode - tendance éditoriale


EDITO – Il en va des chiffres comme de toutes boissons alcoolisées : il faut les consommer avec modération. Mais dans une période où l’année 2018 accuse encore un recul du chiffre d’affaires, les contrôleurs de gestion n’ont même plus besoin de fomenter des putschs pour prendre le pouvoir : on leur remet volontiers. 

Menace From The Land Before Color
JD Hancock, CC BY 2.0


Selon les données GfK, le roman Les Furtifs d’Alain Damasio, aurait dépassé les 47.000 exemplaires. Selon les données du Syndicat national de l’édition, 2018 a vu les revenus des éditeurs diminuer de 4,38 %, passant de 2,792 milliards € à 2,67 milliards €. Et si le livre audio est un relais de croissance à venir, il est encore terriblement loin d’avoir atteint un potentiel significatif. 

Alors, l’édition française, comme toujours, tourne autour du pot, et de sillons en ornières, se demande bien comment elle pourra dénicher la nouvelle perle rare, le bon filon éditorial. 

Entre vampires et maîtres SM

On se souvient que la romance vampirique, option vegan, avait fait recette — c’est le cas de le dire — à la suite de Twilight. Puis, ce fut la romance plutôt SM, option jeune étudiante oie blanche et grand patron milliardaire, avec Cinquante nuances de pan-pan-cul-cul. La praline. 

À la suite de cela, des dizaines de publications toutes plus ou moins officiellement inspirées des titres phares firent florès dans les imprimeries, pas toujours dans les librairies. L’instinct grégaire, par tous conspué, avait frappé : si les lecteurs en achètent, c’est que ça marche, faut donc en faire. En avant, sors le tiroir à casse, et produisons ad nauseam, comme l’écrivait Camus.
Le consommateur, par l’odeur alléché, joua aimablement le jeu quelque temps, et regretta au bout d’un moment qu’on le prît pour une buse. Le désintérêt grandit, et la mode cessa, faute de combattants. 

D’ailleurs, fait notable, EL James, créatrice de Christian et Anastasia avait déclaré qu’elle s’était elle-même inspiré de Twilight pour sa saga. Et preuve que le marché n’est pas encore totalement saturé : la Britannique a inversé la polarité et son Cinquante nuances est devenu Grey puis Darker, cette fois raconté par Christian, maître-étalon de ces ébats. Les points de vue, c’est la diversité.

Mais alors, où trouver le filon ? Les arbres, les intestins, la jeunesse ? Le marché est déjà fort occupé. À brasser des fichiers Excel de chiffres de ventes, il s’est donc trouvé un contrôleur de gestion pour s’apercevoir que le grand succès de ce premier semestre, en matière de fiction, n’était autre que Les Furtifs, d’Alain Damasio (Ed. La Volte). 

Houla, la science-fiction, ma bonne dame, c’est pas si simple : on n’y comprend rien, c’est pour les geeks et les ados — or les premiers font peur et les seconds ne lisent plus, ou pas, enfin, c’est la faute des rézosocio. 

Les femmes bleues et les voitures qui volent, ça date pas d'hier” - Philippe Druillet

Pourtant, lors du cocktail du SNE, entre champagne et petits fours (le gonzo journalisme n’est que contrainte et résilience…), il s’est trouvé quelques éditeurs pour parler chiffons-papier — et donc chiffres. « La science-fiction, hein ? » « Oui, la science-fiction, ça marche bien actuellement. » « Ah, oui, j’ai vu le truc… plus de 35.000 ex… » « Ça revient peut-être à la mode ? » « Faudrait voir, oui, je sais pas j’y connais rien… »

Science Fiction
Dave Parker, CC BY 2.0

 
Conversation rendue à bâtons rompus avec le plus de fidélité possible, mais ce que le journaliste ne pourra rendre, c’est la lueur clinquante dans l’œil de certains, qui virent soudainement midi à leur huis. Si une petite maison, jusqu’à lors quasi-inconnue (et particulièrement du Landerneau), a trouvé le filon, alors les grands, les puissants, les faiseurs, n’ont plus qu’à se pencher pour ramasser le pactole. 

Il s’en trouva même un pour se souvenir que lors du salon du livre de Paris, une rencontre autour de ce thème était organisée ! Précisément : l’intitulé était « Fin de la lecture : la SF va-t-elle nous sauver ? ». Et les principaux intéressés, auteurs et éditeurs, avaient aimablement ri sous cape…

Et si, avec des airs pincés de ne pas y toucher, chacun est reparti à ses badineries mondaines, l’idée ferait son chemin. « La science-fiction, après tout, les films de super héros, c’est bien de la science-fiction, non ? Et ça marche sur Netflix ! » Sans même parler des dystopies de Margaret Atwood ! 

Chose intéressante : aucun des prix n’a pour le moment retenu le roman de Damasio dans les listes – exception faite du Renaudot de printemps, fameuse audace. Ce qui ne veut pas pour autant dire que les titres sélectionnés soient mauvais. Mais le manque de flair, peut-être… Encore 20 ou 30 ans…

« Vanité des vanités, disait Qohélet, Vanité des vanités et tout est vanité. » Mais surtout, écrivait notre écclésiaste favori : « Quel profit y’a-t-il pour l’homme de tout ce travail qu’il fait sous le soleil ? »


Commentaires
Il ne faut pas non plus croire qu’un roman va entraîner derrière lui une chaîne de lecteurs du genre. Damasio, pour la « Horde du contrevent » avait eu exactement le même succès. Donc parlons plutôt d’un effet Damasio que d’une soudaine envie irrépressible des lecteurs de lire de la SF.
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