Le couturier Jean-Paul Gaultier très critique sur l'industrie du... livre ?

Nicolas Gary - 05.07.2019

Edito - Jean-Paul Gaultier - mode créations - industrie livre


EDITO – Créer et produire, de plus en plus, comme s’il existait une sorte de concours attribuant les lauriers à celui ou celle qui aura le plus inondé le marché. La Fashion Week parisienne fait la part belle à la haute couture, mais une voix dissonante se fait entendre. Un certain Jean-Paul Gaultier, qui œuvre dans la mode depuis plus de 40 ans. Et dont les propos résonnent étrangement…

Jean-Paul Gaultier

 

2019, année où la surproduction deviendra le véritable enjeu. Année où le flux de nouveautés en librairie sera pointé du doigt par des commerçants épuisés d’ouvrir des cartons, les vider, installer les livres et les renvoyer une dizaine de jours plus tard… Surproduire des livres, presque un oxymore, quand on imagine un instant que l’on pourrait vivre dans un État où la publication est régulée par une autorité gouvernementale. 

Pourtant, la surproduction, pendant maléfique de la bibliodiversité, continue de sévir — accompagnant dans son cortège la concentration à l’œuvre dans toute l’industrie. 

Mais alors que vient faire Jean-Paul Gaultier dans cette histoire ? Eh bien, son analyse du marché de la mode apporte un éclairage des plus intéressants : « Les grands groupes font plus de collections, de nouvelles collections… avec une grande quantité de vêtements. C’est absolument ridicule. »

L'élégance est une question de personnalité, plus que de vêtements”, JP Gaultier

« La question qu’ils se posent n’est pas tournée sur ce dont les gens ont besoin. Il s’agit de penser à être plus imposant. Ce n’est qu’une question de pouvoir et de politique », assure-t-il à la BBC.

Selon lui, trop d’entreprises se sont mises à produire des vêtements « qui n’ont pas vocation à être portés », mais qui « ressemblent davantage à de la publicité ». Et d’ajouter que face aux destructions de vêtements qui sont organisées chaque année, pour écouler les stocks, lui entend bien adopter une nouvelle approche. Son prochain défilé, en janvier « sera entièrement consacré au recyclage ».  

Amusante analogie, n’est-il pas ? Remplaçons un instant « vêtements » par « livres », et voyons ce que Jean-Paul Gaultier pourrait nous dire de l’industrie de l’édition… Imaginons même un peu plus loin : non pas des créations qui n’auraient pas vocation à être portées, mais à être lues… Et qui effectivement ressembleraient à de l’occupation d’espace dans les librairies — autrement dit, une forme de publicité par une déferlante de livres posés sur les tables.

Poussons le vice : existe-t-il des livres destinés à... ne pas être lus ?

Dernièrement, Jacques Glénat avait pointé le problème dans les colonnes de ActuaLitté : les éditeurs « sont tous d’accord pour baisser les volumes... chez leurs concurrents ». Or, produire moins donnerait l’occasion aux concurrents de pouvoir prendre l’espace laissé vacant. 

Il n’existe qu’un nombre limité de personnalités en mesure de s’offrir des robes de stylistes, et de les porter pour les exposer publiquement. Il n’existe qu’un nombre limité de lecteurs, en mesure de s’intéresser et de lire l’ensemble de la production éditoriale. 

Qui a dit « Jean-Paul Gaultier, président du Syndicat des éditeurs ? » 


Commentaires
Cela fait longtemps maintenant que les éditeurs industriels pratiquent la même méthode, non pas des créateurs de mode, mais des marchands de lessive. Dans les années 1980, il n'y avait que 3 lessiviers : Procter &Gamble, Palmolive et Unilever. Chacun avait droit à 2 barils de lessive en rayon de supermarché… Chacun a eu l'idée de créer 10 marques différentes, en se créant sa propre concurrence et ainsi, d'avoir 20 barils de front sur les rayons… D'où l'apparition de nombreuses marques qui lavaient + blanc que blanc grâce à leurs fameux enzymes gloutons.

Aujourd'hui, de nombreuses marques sont gérées par les mêmes groupes financiers, qu'ils s'appellent Gallimard, Grasset, Le Seuil, Actes Sud, etc. S'il fallait une preuve pour asseoir mes propos, il n'y a qu'à citer le nom d'un certain Bolloré (Vivendi, CAC 40, Canal +…) qui s'investit dans un des plus gros d'éditeurs.

Ils possèdent toute la chaîne, du papier au pilon, en passant par tous les intermédiaires de distribution, diffusion, librairies…, sans oublier les médias pour écrire les titres que les lecteurs DOIVENT lire.

D'où l'impossibilité d'exister pour les petits.
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