Le Goncourt m’a tuer. Le Renaudot m’avait bien amocher

Nicolas Gary - 09.09.2016

Edito - prix littéraires vente - romans vendre librairies - récompense prix rentrée


Lettres blanches sur bandeau rouge. Ils ont des noms prestigieux, Goncourt, Femina, Renaudot ou ceux d’enseignes Fnac, Leclerc, Cultura – et d'autres encore, écrivains, lieux, etc. La rentrée de septembre devient leur terrain de jeux. Les prix littéraires, et leur cortège de listes, d’espoirs et de déceptions. Parce qu’à la fin, c’est Highlander : il ne peut en rester qu’un.

 

Prix Goncourt Lydie Salvayre Seuil

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Fnac a ouvert les jeux, en consacrant Petit pays de Gaël Faye, que l’on retrouve sur la liste du Goncourt et celle du Renaudot. Avec, dans le viseur, vendre des palettes, des cargos entiers. La machine sera alimentée, un titre sauvera des dizaines d’autres, qui n’auront pas trouvé leur public – cette formule de politesse pour désigner pudiquement les succès d'estime, ou plus cruellement, les échecs commerciaux. 

 

La folie démarre, et sur la ligne de départ des noms que l’on retrouvera, au gré des annonces. Les médias font la course pour dévoiler les premiers les candidats retenus, les maisons se rongent les ongles, en attendant de les découvrir. Restent au milieu du gué des écrivains, et des livres, qui avancent timidement.

 

Une récente étude menée par Librinova auprès de 640 lecteurs indique que les Français n’accorderaient en réalité que peu ou pas d’importance. Avec plus de 1500 récompenses, la France ne manque pas d’outil pour distinguer – trop ? Probablement.  

 

Pas besoin des données de vente : le Goncourt est LE prix le plus vendeur. 267.000 pour Boussole de Mathias Enard en 2015 et en remontant le temps : 231.000 pour Lydie Salvayre et Pas pleurer, 416.000 pour Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre et 348.000 pour Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari. Les chiffres varient, mais le symptôme est bien là. Bien avant que la rentrée n’ait débuté pour le public, les jurés du Goncourt épluchent les nouveautés, et le sort est scellé – ou presque.

 

On murmure même que le patron d’une prestigieuse et centenaire maison parisienne ne jure que par ce dernier...

 

Les prix sont des catalyseurs, ils mettent en exergue un titre pour attirer l’attention du public. Ils sont une nécessité : pour la librairie, des ventes salutaires, pour l’éditeur, pour l’auteur. Pourtant, ils expriment le malaise même de l’édition : la course aux prix, l’espoir de pouvoir écouler des palettes, par ce coup de projecteur. Les médias vont relayer, porter l’accent plus encore sur quelques lauréats... et la roue continuera de tourner, pas forcément rond, justement.

 

Les attentes autour des récompenses caractérisent les tensions qui crispent le secteur, parce que les ventes sont au bout du bandeau rouge. Et la chaîne souvent au bout du rouleau. 

 

La valse des prix, c’est l’arène romaine moderne, le sable en moins. 645 titres, une grosse quinzaine éliminée d’office, parce que ces auteurs n’ont pas besoin de prix pour vendre, et une vingtaine d’autres livres qui jouiront de cette mise en avant spécifique. Et sur le carreau, des centaines de romans qui passeront à la trappe. Car sans prix, pas de vente, pas d’économie, pas d’investissements. On peut toujours attendre le succès de librairie, l'inattendu. On peut.

 

La malédiction du Goncourt n’a pas fini de nous en apprendre sur l’industrie du livre.

 

 

Retrouver la liste des prix littéraires français et francophones.