Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Ma nuit avec Marc Levy

Nicolas Gary - 28.04.2017

Edito - Marc Levy - Marc Levy livres - Marc Levy Genève


ÉDITO – Marc Levy invité au Salon du livre de Genève, cela signifie qu’il n’y aura pas de la place pour tout le monde. Les demandes de la presse affluent alors que le romancier est en tournée promotionnelle pour La dernière des Stanfield, sorti le 20 avril. Il faudrait alors accumuler un certain concours de circonstances, d’agenda bousculé, de contre-temps imprévus, pour le rencontrer dans un hall d’hôtel…

 

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Marc Levy, par Asclepias, CC BY-SA 3.0
 

 

Marc Levy, l’homme que la critique littéraire bien pensante adore flageller. Le trouver là, à un comptoir d’hôtel, téléphone à l’oreille, a déjà en soi quelque chose de cocasse. L’homme est grand, sort de deux semaines de tournée en librairie, et n’aspire certainement qu’à un peu de calme. Alors quand il prend l’ascenseur, sans avoir raccroché, on se dit que tant pis. Une prochaine fois peut-être. Ou plutôt, La prochaine fois.

 

Mais le hasard, s’il n’existe pas, n’en est pas moins facétieux. Installé au bar de l’hôtel (oui, on a des comptes en Suisse, dans tous les hôtels de Genève, chez ActuaLitté), avec des membres de l’organisation, on débrieffe. Quand soudain. « Regarde : c’est Marc Levy. » Stupeur. Stupéfaction. Et lueur d’excitation dans les yeux.

Quelques secondes plus tard, et les présentations sont faites. Voici comment on se retrouve à dîner avec le romancier le plus vendeur de l’édition francophone.

 

La conversation est agréable, on parle des froids de New York, des ventes difficiles de livres en ce début d’année, d’éducation. On plaisante sur le service restauration de l’hôtel. Malgré la fatigue des déplacements, l’homme est chaleureux, répète comme un mantra le mot « joyeux » avec un grand sourire. Rendre la vie joyeuse. L’embellir. On veut y croire.


Le livre numérique, « je n’ai aucun mérite, j’étais dans l’informatique, je voyais bien ce qui allait se passer avec ce format ». L’édition, les libraires, « soutiens indispensables », les salons, Genève, les souvenirs émus de Québec. On se retrouve petit enfant, difficile de céder au sarcasme. Et en un instant, je mesure toute la chance que je peux avoir, de profiter en cet instant d’un moment que des millions de lecteurs pourraient m’envier. Une responsabilité incombe : en profiter pleinement…
 

Et puis, on parle de livres, évidemment. L’auteur de best-sellers s’efface, avoue même qu’il préférait qu’on l’invite à des débats pour parler des livres des autres, « parce que cela met dans la plus belle des places, celle du lecteur ». Et qu’après tout, un auteur, mis à part pitcher son livre, qu’a-t-il de plus à raconter ?

 

La conversation va bon train, tout le monde plaisante. On se sent même honteux et bête d’avoir imaginé qu’un auteur de best-seller puisse n’être qu’une machinerie savamment rodée, une créature froide taillée pour la route des succès — en somme, qu’il soit sur des stratosphères inatteignables. Et si c’était vrai ? Justement non, c’est faux. J’en regrette même les remarques idiotes, ou les attaques faciles portées contre les livres : cible trop évidente.

 

« Bah ! on trouve des mots quand on monte à l’assaut ! Oui, j’ai certain esprit facile et militaire », disait le Christian de Cyrano. Marc Levy, en une soirée, démontre tant de sympathie et de prévenance… rien que pour cela, il faudrait lire ces livres. Impossible d’être aussi simple et bienveillant — tout particulièrement à l’égard de ses confrères auteurs, ceux qui n’ont pas eu sa chance. Désarmant, Marc Levy.
 


 

Si c’était à refaire, alors rien à changer — ou plutôt d’autres questions, celles que l’on aborde lors d’une seconde rencontre, parce que les premières ont eu le temps de mûrir et que la curiosité, chez un journaliste, c’est une seconde nature. Donc, La prochaine fois, Marc, nous évoquerons si tu le permets des trucs un peu plus pointus, que cette fois je ne me suis pas permis — peut-être à tort, note — de soulever.

 

Le dîner prend fin, et évidemment, chacun autour de la table, retourne à ses affaires. Il est tard, la journée sera longue et bien des choses restent à boucler encore. Évidemment, on se quitte, avec en tête, quand je reprends l’ascenseur, Toutes ces choses que l’on ne s’est pas dites.