Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

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EDITO – Rigolons à gorge déployée en attendant la mise à mort du Code du Travail. À l’époque où la presse portait bien son nom — elle était pressée, imprimée — existait une notion temporelle aujourd’hui insolite. Le monde se divise ainsi en deux catégories : ceux qui ont des délais de bouclage, et ceux qui sont sur internet…


Be Hot And Shut Up - The Ironing Version
Marc Eliot, CC BY ND 2.0
 

 

Quand un stagiaire te regarde droit dans les yeux, médusé, protégeant le micro de son kit mains libres pour en isoler le son, il faut s’attendre à tout. « Elle me demande quantesss que je la boucle ? Elle m’insulte ? » Cette scène n’est pas seulement drolatique : elle est également vraie.

 

D’un côté, il y a la presse et ses délais inhumains, où la confirmation de l’information doit être communiquée pour avant hier. De l’autre, les services de communication, pour qui le temps se dilate (la rate). Entre les deux, le monde réel, et le traitement de faits : l’un écrase et oppresse le monde entier, dans sa folle course à l’échalote. L’autre étudie méthodiquement les éléments de langage à déployer, voire envisage l’option de demeurer muet.

 

En cette période, les variations de température pèsent sur les esprits. Nous sommes mal accoutumés aux variations du thermomètre – très éloigné de ses traditionnelles zones de confort – qui grimpe et dévale, comme un pipeau à coulisse. « Non, ce n'est pas une injure : elle te demande quand tu dois finir ton article, en référence au bouclage du journal. »

En prononçant ces seuls mots, on se sent pousser une double rangée de plaques osseuses le long de l'échine, façon stégosaure. Laquelle n'avait rien de défensif, pour cette créature. Bien entendu, on peut vivre sans la moindre forme de culture, et même écrire sur internet sans savoir ce que peut être un délai de bouclage. Après tout, les temps changent, n’est-ce pas Bob…
 

La minute pédagogique passée, c’est avec un sourire narquois que le stagiaire reprend son appel, et cette fois, avec un peu plus d’assurance. Quelle époque que celle où les articles étaient contraints par d’autres contingences que les choix du journaliste ; où le nombre de signes alloués conditionnait la fin de l’article, mais surtout, la nécessité de mettre sous presse. 

Les meilleures choses ont une fin, certes, aucun article ne peut y échapper. Les livres ont eu cette chance : les délais de bouclage leur ont été longtemps inconnus. Le temps d’écriture, le déploiement d’un univers, d’une réflexion, d’une écriture, tout cela est intrinsèquement lié à la vie même de l’auteur. Journaliste et écrivain partagent les mots, pas leur usage : il est parfois troublant de mesurer toute la distance qui s’instaure entre ces deux mondes.

Les chaleurs estivales ne connaissent pas la jalousie : au contraire, elles laissent amoureusement place à de brefs refroidissements climatiques pour ce mois de juillet. Heureux soient ceux qui sont partis, et ceux qui partiront – et bénis ceux qui restent. Parce que moins on est de fous, plus on (éc)rit. 

Excellentes vacances. Nous restons bien entendu ouverts, et à votre disposition.