Metoo, les gilets jaunes, la Ligue des auteurs : histoire de la souffrance

Nicolas Gary - 21.12.2018

Edito - société spectacle livre - groupes identité souffrance - représentation groupe identité


ÉDITO – En octobre 2017, le mouvement #MeToo et son pendant #BalanceTonPorc avaient remué la société : des milliers de déclarations de femmes victimes de comportements déplacés, voire d’agressions sexuelles fleurissaient. Un regroupement qui donnait vie à une triste réalité, enfin dénoncée. Comme si notre société pointait enfin ses faiblesses. 

Gilets jaunes
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Un an plus tard, ce sont les Gilets jaunes qui ont poussé, comme un millepertuis national — plante connue pour traiter la dépression légère ou modérée. Entre les deux, un dénominateur commun : le retour à des fondamentaux de la société, la revendication d’un meilleur vivre ensemble, dans le respect des individus. La recherche de nouveaux équilibres, en somme.
 
De l’un à l’autre, l’édition française a vu éclore la Ligue des auteurs professionnels, contestée et immédiatement crainte. Or, comme pour MeToo ou les Gilets, la Ligue a montré que la disparité n’était pas un obstacle : elle a réuni des acteurs du livre, des illustrateurs, des scénaristes, s’est ouverte aux auteurs indépendants. 

S’inscrivant dans une même logique, bien que distincts dans leurs origines, ces trois phénomènes nous parlent à différents niveaux de ce que vit notre petite planète. Le besoin de refaire corps, au sein de la société, et de repartir sur des fondamentaux, à travers des collectifs, plus ou moins structurés. Car tous trois montrent que la souffrance reconnaît la souffrance, et que cette identification mutuelle a besoin d’un groupe pour exister — ce dernier dépassant le besoin des individualités.
 

Ensemble, et plus si affinités


Leurs disparités respectives, finalement, la littérature les connait : on les retrouvait dans le roman d’Anna Gavalda, Ensemble c’est tout. Ces quatre personnes vivant ensemble, toutes fracassées par l’existence, sans rien d’autre en partage que cette détresse, ces cœurs brisés. « C’est la théorie des dominos à l’envers. Ces quatre-là s’appuient les uns sur les autres, mais au lieu de se faire tomber, ils se relèvent. On appelle ça l’amour », pointait l’éditeur.
MeToo, La Ligue, Les Gilets jaunes, tout cela fonctionne de bric et de broc dans ses premiers temps et se structure par la suite, s’organise. Dans l’identité, et la genèse de tout ensemble — Pierre Bourdieu l’a si bien souligné — se retrouve avant tout le défaut de représentation politique, dans son acception sociale première. Et tout cela ne fonctionne que mieux encore quand le moteur de ces regroupements s’appuie sur des racines profondes.

Quitte, d’ailleurs, à manifester des violences dans les premières étapes de la construction du collectif. Elles ont été concrètes, physiques, quand les Gilets jaunes sont descendus dans la rue, accompagnés par le lot de casseurs venus eux-mêmes exprimer quelque chose — joie de la communication destructrice non verbale. 

Avec MeToo, le déferlement passa par le verbe et la parole libérée, sa réception qui donna alors à lire des récits et des réactions sordides, ad nauseam. Dans le monde du livre, c’est la force symbolique qui fut employée, par l’enterrement du livre de demain, au pied du ministère de la Culture. Des fureurs diversement exprimées, résultant de la violence ressentie et vécue. 

Le livre de demain
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Et probablement, toutes ces manifestations ont valeur d’étape fondatrice (ah, René Girard…), avec des regards dirigés vers un responsable. Pour MeToo, le mâle fut désigné bouc émissaire, fut-il justifié, tout autant que les femmes, dans bien des réponses qui leur furent opposées, lorsque la parole se libéra. Macron est celui des Gilets jaunes. Et parfois, en l’absence d’interlocuteur ou de réponse, c’est en interne que l’on traque — personne n’a oublié la chasse aux sorcières contre Samantha Bailly.   

Quant au lecteur, qui ignore tout des méandres et difficultés rencontrés par les auteurs, il n’attend que de lire, d’apprendre, de découvrir. Mais sans auteurs, pas de livres. Jusqu’à ce qu’un président, audacieux, s’exclame : « Moi, je traverse la rue et je vous trouve un livre. » Parce qu'en réalité, sans auteurs demain, il n'y aura plus de livres. 
 


NdR : Faut-il rappeler Guy Debord, et sa Société du spectacle ? « Le monde à la fois présent et absent que le spectacle fait voir est le monde de la marchandise dominant tout ce qui est vécu. Et le monde de la marchandise est ainsi montré comme il est, car son mouvement est identique à l’éloignement des hommes entre eux et vis-à-vis de leur produit global. »


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