“Nous sommes ce que nous disons, mais également ce que nous taisons”

Nicolas Gary - 01.12.2017

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EDITO – Un peu de hauteur. Sans jouer à se brûler les ailes façon Icare – on s'égare vite. Juste assez. Trouver la mesure, le tempo, la cadence, la blue note, style Miles Davis. Et partir sur les traces, remonter des ornières jusqu’aux chemins de traverse. Arpenter le métier. Goûter au plaisir d’une croisée de chemins, où la passion du mot trouve un écho... Observer, écouter et raconter à son tour. 

 


 

 

Y’a pas : on verserait dans le lyrisme sans y prêter attention. Et pourtant, quel plaisir. Il y a ceux qui écrivent, qui inventent ; viennent ceux qui modèlent, qui affinent et ceux qui vont concevoir, fabriquer. Tous laissent la place à ceux qui vendent, ceux qui prêtent, qui partagent, qui piratent, qui échangent... 

 

Et soudain, il y a un mot, venu de loin, d’ailleurs : aujourd’hui, il est permis de se parler malgré des milliers de kilomètres de distance. Nos outils numériques nous ont rendus si proches, les uns des autres. Place à ceux qui bouche-à-oreillent. « Regarde, le journalisme en Islande, au XIXe siècle. »

Journaliste, un métier qui tient de la langue d’Ésope : le pire et le meilleur. Heureusement, nous vivons dans un pays où l’on ne sacrifie pas les porteurs de mauvaises nouvelles. 

 
 

#journalisme #ideal

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Une page suffit pour ressentir cet avant du métier, l’époque de l’imprimé et des nouvelles du coin — parcourir les territoires, à pied ou à cheval. Toutes ses journées de route durant, récolter les nouvelles.... 

 

Jens s’arrête en bien des fermes où bien des bouches sont impatientes de lui raconter quelque chose, des histoires de fantômes, des bavardages, des conjectures sur la distance qui sépare deux étoiles l’une de l’autre, celle qui sépare la vie de la mort, nous sommes ce que nous disons, mais également ce que nous taisons.

 

 

Et l’on s’entend dire : « Tu vois, il y a une belle constance malgré tout, dans ce beau métier ! » Des plaines d'Islande aux autoroutes du web, voilà la jonction qui s'opère.

 

Suivant le livre de Jón Kalman Stefánsson, on s’aperçoit que l’on travaille bien entre ciel et terre. Et parce qu’il est impératif de trouver au milieu de toutes les tourmentes, des clickbaits, des dossiers, des urgences, des scoops et des crises, un peu de repos, on trouve un livre. 

 

Quand s’enfuit la blue note, qui devrait parcourir le moindre article, de pareils textes sont de précieux refuges. Mieux : des lieux où se ressourcer.

 

 

Jón Kalman Stefánsson, trad. Éric Boury – Entre ciel et terre – Editions Gallimard – 9782070122547 – 21,90 € 
l'illustration est un extrait de la couverture du livre