Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Petits éditeurs : grille d'office ou grillés d'emblée

Nicolas Gary - 29.09.2017

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EDITO – Le drame de l’éditeur indépendant, le cauchemar du libraire, la désertion du lecteur, la solitude du journaliste… Le cauchemar est en marche. La première salve des offices de la rentrée s’achève : pas de coup de semonce, messieurs les Anglais, on tire à feu nourri. Et sur les tables, le turn-over s’affole. Comment trouver une place ?


Librairie L'Arbre à Lettres
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Le mythe est connu : ce lecteur idéal, muni d’une coupure de presse, soigneusement recueillie et présentée comme un sésame au libraire, graine vegane où pousse le fruit d’une librophagie aiguë… D’un côté, cet absolu, de l’autre, le réel : l’impression des indépendants que sans presse, pas de librairie. Comprendre : sans critiques dans la presse nationale, aucune table ne sera réservée.

Comment font les petits éditeurs pour être présents dans cette presse qui serait supposément prescriptrice ? De sorte que les libraires enthousiastes se précipiteront chez leur fournisseur, et que les lecteurs voraces – zombifiés ? – se masseront pour découvrir telle ou tel…

 

Le problème des mythes, c’est qu’on a tendance à trancher la tête du messager qui les déconstruit. Croire que la presse incite les libraires à commander, c’est se bercer de douces illusions, ou méconnaître le travail de diffusion réalisé en amont. Quand un représentant vient présenter l’office de la rentrée, au mois de juin, il se positionne en haut de cette cascade d’informations qui aboutiront, éventuellement, au lecteur. 

 

Et comme il existe mille bonnes raisons de se plaindre autant de son diffuseur que du distributeur, plus encore après un premier semestre de ventes pourries – n’ayons pas peur des mots – il existe aussi mille mauvaises explications pour justifier tout cela.

C’est ainsi que l’on entend d’un représentant, citant des libraires, qu’ils n’ont pas voulu du livre parce que la presse n’a pas parlé de la maison en question et de son catalogue. Subtil. Mais les libraires, s’ils attendaient que la presse s’empare des livres, rateraient alors systématiquement le coche, toujours conservant un train de retard.
 

L'édition déraisonnable : “Aujourd'hui, on édite des livres pour les détruire”


Non, les libraires n’attendent pas la presse pour faire leurs choix, et d’une certaine manière, heureusement. Il s’agit plus facilement d’un argument avancé par les représentants pour tenter de justifier une absence de commandes.

 

Alors que faire ? Il existe une solution, négociable, justement, par l’éditeur avec son diffuseur, c’est la grille d’office. Cette dernière est proposée aux libraires, qui recevra ainsi un certain volume, associé à un certain nombre de titres. Cette solution permet au libraire d’obtenir des points de remise, accordant un certain avantage : les libraires n’ont pas toujours le temps de recevoir les représentants. 

 

Cette grille d’office favorise alors la visibilité du petit éditeur, et peut simplifier la vie dans le combat qu’il mène avec son diffuseur. Elle pallie aussi l’impossibilité pour un représentant d’être omniprésent sur l’ensemble des librairies d’un territoire. Quand certains sont en charge de 15 départements, il ne reste en effet que l’ubiquité pour faire son travail au mieux. 

C'est toujours préférable, pour l'éditeur, à une disparition totale... et pour l'auteur, à une mort silencieuse de son livre.