Prix Goncourt, antisémitisme et réseaux sociaux

Nicolas Gary - 06.09.2019

Edito - prix Goncourt 2019 - antisémite livre - réseau sociaux


EDITO – Jacques Dutronc doit se demander s’il ne serait pas légitime à réclamer réparation, tant la déformation de son refrain, « Et moi, et moi, et moi », avec le nom de Yann Moix, fait recette. Rendons à César ce qui lui revient : Dutronc est une figure splendide, Moix, moins. Le bonhomme revient beaucoup ces derniers temps : fallait-il encore l’associer au prix Goncourt ?


 

Tout commence avec une dépêche produite par l’Agence France Presse, et qui va rapidement être reprise in extenso, ou bâtonnée à la volée : il faut annoncer avec urgence la sélection Goncourt qui vient de tomber. La présence d’Amélie Nothomb, dix-neuf années après La métaphysique des tubes, justifiait pleinement qu’elle figurât dans le titre. 
 

NB : Nothomb, bene


C’est d’ailleurs l’option que nous avions retenue, une trentaine de minutes avant que l’AFP ne publie son propre article, répercuté largement sur la toile. Mais en titre, l’agence opte pour « Première sélection du Goncourt sans Yann Moix mais avec Amélie Nothomb ». Avec le tapage autour de l’affaire Moix, qui empoisonne littéralement cette rentrée, il devenait un brin putassier de rajouter le nom de l’intéressé, en l’accolant à la sélection Goncourt. 

Putassier, option relançons la machine Yannfernale, et zou une grande rasade d’huile sur le feu du web, qui n’en attendait pas moins pour se rassasier de la crise hystéricofamiliale déclenchée par le roman, et ses multiples exégèses médiatiques, de Moix. À l’évoquer ici, n’ajoutons-nous pas de la médiocrité à la médiocrité du sujet ? Avouons la faute, et souhaitons en être pour moitié pardonnés.
 
Dans tous les cas, il ne nous serait pas venu à l’idée d’évoquer un absent comme Moix de la liste du Goncourt : ce serait accorder bien des qualités à son livre. Par le passé, de grands absents ont justement été oubliés par les jurés du Goncourt, sans que la presse — et a fortiori l’AFP — n’en fasse des caisses. Et c'est tout de même sacrément présumer des goûts de l'Académie Goncourt.
 

Pivot, l'homme qui tombe à pic


Ce qui devient insultant pour l’intelligence collective — je sais, je sais… – se déroule par la suite : invité par RTL, Bernard Pivot s’explique au micro sur les raisons pour lesquelles Moix n’a pas été retenu. Fichtre : à ce point ? 

En trois point, l’affaire est réglée : d’abord, littérairement, le livre ne tenait pas assez la route pour le goût des académiciens. Cela suffisait en soi. Deuxième point : la polémique, qui dérangeait l’académie dans son ensemble. Dernier élément, des plus intéressants, « c’est que si on le met sur la liste des Goncourt, fatalement tous les réseaux sociaux vont nous accuser de faire la promotion de l’antisémitisme à travers un antisémite ».

Fichtre derechef. L’autocensure par anticipation ? La raison majeure est littéraire, Pivot insiste bien là-dessus, mais la crainte, légitime, de voir associé le nom de Goncourt à de l’antisémitisme est effectivement un enjeu de taille. 

Évidemment, on ne peut oublier que l’an passé, le Renaudot avait provoqué une montée de sève chez les libraires, avec un clivage fort et des avalanches de commentaires sur les réseaux : eh oui, un ouvrage autopublié par Marco Koskas, et disponible uniquement chez Amazon avait fait son apparition dans la sélection, et l’image du prix avait été méchamment égratignée. 

Attendu que les jurés du Goncourt ont leur propre compte, que l’Académie s’est elle-même créé des comptes pour communiquer, éviter le bad buzz, c’est aussi gagner du temps…
 

La faillite démocratique


On se souviendra du livre collectif signé par Philippe Val, Le nouvel antisémitisme en France : « Car la violence dont sont victimes les Juifs est révélatrice d’une menace qui va bien au-delà de la seule communauté juive. Cette menace touche notre société, nos libertés et notre République. » Et d’insister en évoquant « une faillite démocratique». 

Peut-être est-ce là quelque chose à interroger : la responsabilité sociale d’un prix littéraire, dans la promotion des œuvres, et de leurs messages. Il serait amusant de savoir lequel des jurés a pu soulever ce point — Bernard Pivot expliquait à l’antenne que seul l’un d’entre les académiciens avait levé ce lièvre.

Celui, ou celle, qui s'est soudainement préoccupé de ne pas aggraver cette faillite démocratique...

Cependant, soucieux de ne pas décevoir les complotistes qui nous lisent, levons les questions cruciales : Moix aurait-il était sélectionné sans cette polémique ? Quel éditeur présent dans la liste du Goncourt l’a déclenchée pour éliminer la concurrence ? Et plus grave encore : va-t-on nous casser les moix encore longtemps avec cette histoire ?


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.