Quand Dostoïevski entrera dans la catégorie Feel Good Books

Nicolas Gary - 15.07.2018

Edito - feel good books - lectures plage vacances - zone confort lecture


ÉDITO – Dans la catégorie summer reading – comprendre lectures estivales, mais l’anglais à tant d’atours... –, je voudrais les feel good books. Cette mode habilement lancée s'est désormais ancrée dans les librairies – une moule à son rocher, filons la métaphore vacancière. Et voici que des plages entières s’offrent à ces livres dits réconfortants. 


It feels good
domaine public

 

 

Depuis trois ans, au moins, cette tendance éditoriale fait des émules : après la vague des Cinquante nuances de porno pour mamans, l’édition s'est engouffrée dans ce segment de livres aux vertus quasi curatives et apaisantes. Or, Coucouroucoucou Paloma, la France compterait parmi les meilleurs producteurs de cette littérature.


Depuis Romain Puertolas et son fakir, en passant par Raphaëlle Giordano, Aurélie Valognes, Agnès Martin-Lugand, ou Virginie Grimaldi, les textes sont connus, et se vendent avec délectation. Tant mieux. Pour autant, sorti en 2006, L’élégance du hérisson de Muriel Barbery avait inspiré dès 2008 des approches thérapeutiques – le terme de bibliothérapie faisait d’ailleurs ses premiers pas...

 

Gloire cependant aux Américains d'avoir imposé la dénomination FGB, quand on vous dit que l'anglais à des charmes exquis. Le tout avec une caractéristique propre : des titres qui ressemblent eux-mêmes à des romans, longs comme le bras. Feel good books... des livres qui font du bien... on a envie de sourire tout de même.

 

Après tout, comme l’interrogeait avec malice une éditrice : qu’est-ce qu’un livre qui fait du mal ? Prends ta tête à deux mains mon cousin : le contraire du feel good verserait dans le feel bad book. Des ouvrages qui, au terme de la lecture, rendraient donc malheureux ? 

 

Virginie Grimaldi au cinéma :
deux adaptations de ses romans à venir


Au détour d’une conversation, le Lolita de Nabokov avait jailli. « Dérangeant », expliquait un auteur, jeune papa. « Depuis la première fois, quand je devais avoir 16 ans. Et plus encore depuis que je suis père. » L’opposé du feel good serait alors le dérangeant, le perturbant ? Celui qui démange un peu, fait froncer les sourcils, et que l’on parcourt les babines retroussées tant d’appréhension que de répulsion ?

 

Ah, tiens, ça vous rappelle quelque chose ? 

 

Oh, rassurons l’aimable lecteur : d’abord, ces livres, et leurs auteur.e.s peuvent souffrir d’avoir été marketinguement placés sous une appellation Feel Good Books. Celle-ci, restrictive, rappellerait plutôt ces cellules de basse-fosse dont les dimensions ne permettaient ni de tenir debout ni de s’allonger : plutôt du malconfort que du réconfort...

 

« Tous les jours, par l’immuable contrainte qui ankylosait son corps, le condamné apprenait qu’il était coupable et que l’innocence consiste à s’étirer joyeusement », écrivait Camus dans La Chute, évoquant cette pièce servant à la torture. Nul doute que les auteur.e.s préféreraient « s’étirer joyeusement » que d’être engoncés dans cette cellule éditoriale.


Pour jouer le jeu, voici trois livres qu'on placerait à l’opposé de la dénomination Feel Good Books – histoire de sortir de sa propre zone de confort. 

 

J’étais Dora Suarez, de Robin Cook (trad. Jean-Paul Gratias)

La faim, de Knut Hamsun (trad. Georges Sautreau)

L’idiot, de Fiodor Dostoïevski (trad. Albert Mousset)

 

Sélection arbitraire, comme il se doit, qui sera lue avec les babines retroussées, peut-être, mais ne devrait faire de mal à personne... Des feel good books eux aussi ?




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