Quel marché public pour inciter les adolescents à lire ?

Nicolas Gary - 17.06.2018

Edito - lecture adolescents France - Partir Livre jeunesse - fête littérature jeunes


EDITO – La période estivale sera, une année de plus, rythmée par les animations littéraires du mois de juillet. Les enfants qui n’ont pas la chance de partir en vacances pourront à défaut s’évader un peu, avec des livres. Et l’on aura tous le sentiment d’avoir tous tenu, pour partie, notre rôle. 



Corrupt Legislation, par Elihu Vedde
 

 

Accompagnant le lancement de Partir en livre — la 4e édition — l’étude sur les jeunes et la lecture ne manquera pas de rassurer. Les 15-25 lisent, c’est heureux, manifestement, ils y prennent plaisir, et comble, ils savent alterner les supports — papier, écran ou même audiolivre. Et même, ils ne lisent pas simplement que pour l'école : la lecture peut être un loisir !

 

Les données ne seront divulguées que cette semaine, aussi parlera-t-on abondamment des jeunes, des livres — voire des livres pour les jeunes, quelle audace ! – au cours des prochains jours. Et comme notre société a le cœur comme une éponge imbibée et mise sur une poêle, il suffira d’attendre la fin de l’engouement médiatique, pour que tout retombe.

 

Partir en livre ne méritait pas cela, tant l’idée d’animer et faire vivre les livres au cœur de l’été, auprès d’un public qui ne quittera pas son lieu de vie, était méritoire. Et puis, le jeu des marchés publics, les impérieuses mises en concurrence ainsi que les animosités personnelles entrent en ligne de compte. 

 

Voici qu’un projet plus qu’un autre est choisi : à qui va le marché ? Celui qui l’emporte, évidemment, et qui est nécessairement le mieux-disant, non ? L’élimination d’offres au profit d’une s’opère de toute évidence sur des critères impérativement lucides et objectifs : c’est le jeu même du marché public. 
 

“La parole vaut l'homme, ou l'homme ne vaut rien”

 

C’est ainsi que l’expression consacrée — Don’t blame the gamer, blame the game — devient caduque : le jeu n’est pas faussé, en soi. En revanche, les acteurs qui en établissent les tenants et aboutissants peuvent être faillibles. Après tout, un appel d’offres qui concerne quelques animations littéraires au mois de juillet, cela n’a rien de comparable avec la construction d’un immeuble où logeront des familles entières.

Si ?

 

Les enfants de cet été seront trop jeunes pour comprendre et, heureusement, bien trop pour mesurer les enjeux dont ils feront l’équilibre, dans la balance. Un jour prochain, auront-ils dans les mains les informations qui leur feront pleinement prendre la mesure de ce qui se jouait au cours de leurs vacances ? 

 

Quelles propositions aura-t-on retenu, quels critères furent respectés, quand a-t-on pris en unique ligne de mire l’intérêt de ceux que l’on veut amener à la lecture — et cet intérêt seulement ? Et selon les mots de Juvénal, « quis custodiet ipsos custodies » ?
 

Ecouter ou lire un livre : demain, tous illettrés ?


Faudra-t-il en effet que les personnes en responsabilité assument et justifient pleinement leurs choix, démontrant qu’elles ont fait au mieux. Pour que les livres arrivent aux jeunes.

 

Car, on le sait, telle est la vie des hommes : quelques motifs d’engouements soudains, très vite effacés pas d’autres préoccupations plus urgentes.

« Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants », s’était résigné Pagnol. 
 




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