Rentrée littéraire : le bon grain délivré

Nicolas Gary - 31.08.2018

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ÉDITO – Les librairies croulent, les cartons affluent, tout un chacun surveille les chiffres de vente, la consultation des statistiques GfK explose, le téléphone brûle tant il s’active… Nous y sommes, après la pause estivale, les bureaux se sont remplis et la rentrée littéraire est là. Fabuleux. Presque.

 


Sebastian Fritzon, CC BY ND 2.0

 

587 nouveaux romans sur près de deux mois et demi, 94 jeunes premiers auteurs français qui découvrent leur livre, sur les 381 romans sortis. Et 186 traductions, dont on oubliera régulièrement de citer le nom du/de la traducteur. trice lorsque l’ouvrage sera cité, chroniqué ou évoqué. Du classique. 

 

La course aux prix a débuté dans les coulisses, les services de presse se démènent pour attirer l’attention des journalistes, blogueurs, instagramers, et tout ce que l’on compte aujourd’hui d’influenceurs. Une simple photo du livre, si elle est likée par un nombre significatif de followers, est bonne à prendre. Tout est bon à prendre pour que le livre puisse exister, même si son apparition est éphémère.

 

Pour mémoire, un tweet a une durée de vie d’une vingtaine de minutes, un post Facebook de 5 heures, 21 pour Insta et 24 pour Linkedin. (si, si)

 

Si la rentrée littéraire est, selon l’expression de Frédéric Beigbeder, « une maladie française qu’il ne faut surtout pas soigner », dans Le Point, Éric Naulleau est bien plus lucide : « Déjà il faut rappeler l’absurdité de la rentrée littéraire : ce sont des œuvres qui sortent au moment où vous n’avez plus le temps de lire et vous n’avez plus l’argent pour les acheter (les gens sortent de vacances). »

 

Et en effet, 587 titres sur 10 semaines, cela devient une absurdité si l’on se fie aux capacités de lecture du public. Alors, oui : la rentrée prépare les ventes de Noël, et les prix joueront leur rôle de catalyseur — surtout le Goncourt. Mais le problème est réel, la maladie ronge l’industrie du livre chaque année un peu plus. L’organisme agonise, pleinement conscient de brûler la chandelle au lance-flamme.

 

L’excès en tout est un défaut. 

 

Or, cette rentrée s’ouvre sur un autre excès, celui qui devrait, dans un mouvement de colère — façon Nicolas Hulot — pousser la ministre de la Culture à claquer la porte, et envoyer le joli gouvernement aux pelotes. Pour la première fois, la locataire de Valois est désaisie des dossiers livre, alors que le tocsin de la rentrée retentit. Et ce, alors que la situation sociale des auteurs — ceux qui font la rentrée littéraire par leurs romans — est catastrophique.

 


 

Gaudeamus : trop de livres sont en vente, qui seront pour la majorité sacrifiés en une semaine de pure Passion.

Gaudeamus : il revient désormais au Premier ministre de piloter les affaires du livre — avec quelle équipe et quel temps ?

Gaudeamus igitur : les créateurs sont socialement et fiscalement propulsés droit dans le mur, et c’est le ministère des Affaires sociales qui klaxonne à tout crin. Hosanna in excelsis deo !

 

Un pareil marasme vous ferait revenir le latin. Sauf qu’Hosanna est originellement une prière, une supplication : de grâce, sauve, en hébreu, loin de l’acclamation chrétienne, chargée de louanges. “Gaudeamus igitur iuvenes dum sumus” : oui, marrons-nous pendant qu’on est jeunes, on se remet plus facilement d’une gueule de bois. 

Je garde en mémoire une chanson de Sergent Garcia, datée de 99, qui avait pour refrain « Acabar y mal ». Gare, malgré tout...

 

Rentrée littéraire 2018 : les fashion weeks du libraire 




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