Terrorisme : les lieux de culture à protéger plus que jamais

Nicolas Gary - 26.11.2016

Edito - terrorisme médiathèque culture - attaques Paris terroristes


EDITO – Cela faisait à peine huit jours qu’à la mémoire de Lola Salines et Arianie Theiller, le Centre national du livre dévoilait une plaque commémorative. Deux éditrices assassinées lors des attentats du Bataclan, le 13 novembre 2015. Et voici que cinq hommes sont interpellés à Strasbourg et Marseille. Parmi leurs cibles, une médiathèque...

 

 

 

L’attaque était fomentée pour le 1er décembre, a confirmé le ministère de l’Intérieur, et leur arrestation a permis de « mettre en échec une action terroriste envisagée de longue date », assure Bernard Cazeneuve. Parmi les lieux ciblés, plusieurs établissements publics, ou encore les Champs-Elysées, une église ou encore Eurodisney et la station de métro Charonne.

 

Et une médiathèque. 

 

Une médiathèque. Qu’y a-t-il de plus révélateur, de plus significatif, dans la démarche qui consiste à diffuser la terreur, que de s’en prendre à une médiathèque ? Lieu d’accès et de partage de la culture ; espace, par essence, dédié à la connaissance... Une médiathèque... 

 

Les autres cibles dites stratégiques allaient évidemment regorger de victimes sacrifiables sur l’autel de l’intolérance et du fanatisme. La symbolique de certaines, comme le Quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire ou le Palais de Justice, et même la Direction générale de la sécurité intérieure, n’échappera à personne. Les Champs, en cette période, autant que le parc d’attractions sont également significatifs. 

 

Mais une médiathèque. On aurait envie de leur crier : « Bande d’abrutis. » Car c’est justement en oubliant de fréquenter des médiathèques, en s’enfermant dans une doctrine meurtrière, loin des livres, des disques, des BD et de tout ce que l’on peut compter d’œuvres de l’esprit que l’on finit assurément par envisager ces actions assassines.

 

 

 

Le soir des attentats de novembre 2015, le salon de l’édition indépendante, l’Autre livre, inaugurait sa manifestation, avant d'être contraint de renoncer. « Nous devions célébrer une nouvelle fois, l’intelligence, la beauté et l’amour. Nous sommes contraints d’y renoncer à cause d’une poignée de crétins sanguinaires. [...] C’est l’un des enjeux, indirectement ou non, de ces attaques : des gens qui aimeraient museler toute possibilité d’indépendance de la pensée et de l’esprit, par la terreur. »

 

Une médiathèque... Sérieusement...

 

Si cela est vrai, comment pardonner, comment comprendre, comment accepter, une fois de plus qu’un lieu de culture fasse l’objet de ces actes barbares. Fluctuat nec mergitur, bien sûr, et avant tout, un élan renouvelé vers tout ce qui permet de se prémunir de la haine. Un besoin furieux d'être plus encore en contact avec ce qui nous ouvre aux autres. 

 

C’était bien là tout le propos du ministre de la Culture de Côté d’Ivoire, Maurice Bandaman : « Il ne faut pas oublier que, vendre des livres, c’est développer la culture, c’est lutter contre l’obscurantisme, c’est donc faire reculer le djihad. »

 

Putain, une médiathèque...