Very Bad Trip Advisor : les salons, enfants-phares !

Nicolas Gary - 29.12.2017

Edito - manifestations événements littéraires - auteurs lecteurs rencontre - arbitre élégance rhabillé


EDITO – Autant les chatons, on pouvait comprendre : leur domination outrancière d’internet ne fait plus l’ombre d’un doute. En revanche, l'engouement pour les articles à liste – 10 choses à savoir sur machin, 5 trucs inconnus sur bidule, etc. La liste, justement, est longue... – reste fascinante. À l’occasion, ActuaLitté verse dans cette facilité éditoriale. Gare cependant à la ligne rouge : légéreté et dérision sont de rigueur.


Glénat - Salon du Livre de Paris 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Voilà quelques jours, un inventaire à la Prévert a fait sourciller, établissant la sélection « de 12 événements littéraires essentiels pour l’année 2018 ». Une liste arbitraire, pas garantie sans (a)plomb, et aux élus bien consensuels. Des événements hissés au rang d'« essentiels » et même d'« incontournables ». Diable, l'audace ne manquait pas, fallait-il encore s'assurer que l'ours soit bien mort !

Par le menu, on tombe sur du classique comme le FIBD d’Angoulême ou Quais du polar, manifestation lyonnaise avec le vent en poupe. Deux foires professionnelles – Londres et Francfort – y figurent, ainsi que la BookExpo, qui, de l’avis des professionnels américains, est pourtant en perte de vitesse. 


Étonnants voyageurs à Saint-Malo, Le livre sur la Place de Nancy comptent à l’appel en France, et l'inévitable Livre Paris dont l’incontournabilité reste encore à démontrer. Empêtré dans une incessante reconstruction, sa présence dans la liste a pu faire rire le groupe Hachette, dont plusieurs maisons ont cessé de s’y rendre ces dernières années. 

 

Côté francophonie, on retrouve Bruxelles et Montréal (dont l’édition 2017 nous avait particulièrement emballés). La Japan Expo et le Salon du livre Jeunesse de Montreuil viennent clore l’ensemble, toutes deux en région parisienne.


Alors, essentiels ? Bof : attendus pour la majorité, éloignés des préoccupations du lecteur, trop internationaux pour les libraires qui tiennent d’ordinaire les stands. Incontournables ? Certainement, mais pour qui ? Et pour quoi ? Que cherche-t-on vraiment ? On ne rencontrera pas ses auteurs fétiches à Francfort ; il n’existe qu’un Cardinal – celebrissime boîte de nuit de Brives –, etc. Car toute la curiosité de cet inventaire fait preuve, tient à en fait son élaboration.
 

Tout un annuaire d'abonnés absents

 

« Oublier Bologne, qui est la plus importante foire pour la littérature jeunesse sinon dans le monde, du moins en Europe, ça ne se justifie pas », notait un agent. Et quid de Shanghai également dédiée à la jeunesse ? Ou encore de Turin, dont l'année 2017 a marqué une véritable renaissance ? De même, l’absence du Salon du livre de Genève intrigue tout autant. Et le Salon international du livre d'Alger, trop éloigné de Saint-Germain des Près ?

Pourquoi les Utopiales, première manifestation pour les littératures de l’Imaginaire, sont-elles bannies ? Lire en Poche à Gradignan, n’a pas volé son succès en 2017 ou Brive, réputée pour son accueil, sa bonne humeur et des ventes à foison. Le printemps des Poètes, dont la nouvelle directrice Sophie Nauleau prendra les commandes pour 2018, est ostracisée parce que, la poésie, vous savez bien... 
 

D’autres manifestations encore, tout aussi méritantes, sont passées à la trappe : certes, il faut choisir, classer, trier, mais cela peut-il se faire sans que les équipes ne se sentent un brin injuriées ? Or, fallait-il vraiment faire une liste ? Peut-on ainsi ranger sans blesser ? Et de quelle autorité, surtout ? « C'est du trip advisor, ou du Lonely planet, mais on n'a même pas les avis des voyageurs », plaisante une organisatrice de salon ! « Sauf que les livres, c'est tout le contraire... »

 

Plus troublant encore : pas de mention de Partir en livre, la manifestation nationale, organisée par le Centre national du livre – et donc le ministère de la Culture. Depuis trois ans, l’événement propose 4000 événements sur le territoire, et plus de 500.000 personnes y ont pris part en 2017. Oublié ? Ou pas si incontournable ? Et la Nuit de la lecture, également organisée par la rue de Valois, qui implique bibliothèques et librairies

 

À se poser en arbitre des élégances, cette énumération exhaustive dévoile en réalité une (biblio ?) diversité brinquebalante. Ou bien étaient-ce des conseils déguisés à l'attention des éditeurs, considérant qu'ils ne sauraient pas choisir par eux-mêmes leurs rendez-vous ?
 

Réinventer les salons, car
“le livre a encore toute sa place dans notre société”

 

Aujourd’hui, chaque territoire s’attache à déployer une politique culturelle et événementielle active – la multiplication d'événements le démontre. Les lecteurs, finalement, s’intéressent tout d’abord à ce qui se trouve dans leur périmètre. Il n’est plus nécessaire de monter à Paris, quand on vit à Marseille, pour rencontrer ces auteurs qui font rêver – c’est heureux, pour chacun, et n’en déplaise au parisianocentrisme.

 

Quand l’inélégance arbitre, c’est au risque d’être inutilement désobligeant. Mais comme l’écrit Ken Follett, « une certaine maladresse a le mérite d’être spontanée ».




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