Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

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Vous sentez cette odeur ? Ça pue un peu, non ?

Nicolas Gary - 03.03.2017

Edito - discours lecture livres - livre numérique recul - ventes ebooks analyse


EDITO – Il souffle un vent mauvais depuis plusieurs mois, dont l’odeur véhiculée rappelle sans conteste celle des usines à papier. Les habitants de Biganos (Gironde), saisiront fort bien l’allusion. Des relents nauséabonds se propagent, façon particules fines, et insidieusement, rongent le milieu. En clair, ça pue.

 

What our forefathers did to special privileges

 

 

Tout avait commencé avec les premiers résultats en berne, qu’annonçait l’association des éditeurs américains. Représentant une partie seulement des éditeurs du territoire nord-américain, l’AAP constatait que les ventes d’ebooks diminuaient. Supayre ! Et rapidement, des acteurs emboîtaient le pas, jurant que les consommateurs se détournaient du format. Une analyse qui enfoncerait le fameux mur du çon, qu’a bâti le Canard enchaîné – pas toujours une fine mouche, d’ailleurs, quand il s’agit de parler de livre numérique.

 

Ce qu’on omettait de préciser, dans la joie et l’allégresse, c’est que le prix public de ces ebooks avait augmenté. Chose dont les maisons américaines se félicitaient plutôt : finies les remises à tout crin de Dark Amazon Vador. Ce n’était pas le format que les lecteurs délaissaient, mais bien le tarif revu à la hausse qui les repoussait.

 

En l’absence de prisunic, on trouvait régulièrement des grands formats moins chers que des ebooks. Prendre les clients pour de vaches à lait, passe encore. Mais les accuser de ne plus vouloir d’ebook, parce que le papier, c’est tellement mieux, fallait oser. Il s’en est trouvé pour oser. Heureusement, certains fredonnaient le Requiem pour un con de Gainsbourg en les entendant.

 

Posons les choses clairement : une structure, grosse de préférence, gagne mieux sa vie avec du papier. Plus cher, plus rémunérateur pour toute la chaîne. D’ailleurs, même les éditeurs nativement numériques passent à l’impression à la demande pour satisfaire plus de clients – et améliorer leur chiffre d’affaires. Logiquement, on préfère vendre ce qui rapporte le plus.

 

Il y eut aussi cette sortie remarquée d’un grand patron de l’édition, devant ses salariés réunis, présentant ses vœux de bonne année. Amorçant un discours sur le numérique quasi méprisant, certains dans l’assistance ont dû se demander à quoi ils pouvaient bien être payés. Voire pourquoi leur poste était maintenu...

 

Last, but certainement pas liste, ce message pris au vol, durant les Rencontres qu’organise l’Association des libraires du Québec. Évidemment, l’organisateur ne peut pas être tenu responsable des âneries qui sont soudainement débitées. Cependant, l’auteur.e du propos ici rapporté, mériterait de se faire tatouer en HTML 5 l’Ancien Testament sur le corps. Deux fois.

 

 

À ActuaLitté, Benoît Tariel, responsable de la diffusion numérique chez Bayard, assurait : « Plutôt que de vendre trop cher, autant ne rien faire, et laisser à ceux qui s’y intéressent vraiment le soin de travailler correctement. En fait, c’est même un travail de sape : on est assis sur une branche, et les gens qui sont assis sur la même que nous tentent de la scier. »

 

On espérait pourtant que l’époque comprenne l’enjeu : lire. Et que l’on gagnait tous à promouvoir la lecture, nonobstant le format. Raison de plus pour saluer le travail de ceux qui bossent en bonne intelligence.