Chen Jiang Hong : malice, liberté et transmission

Nicolas Gary - 06.05.2019

Evènement - Chen Jiang Hong - atelier encre Chine - musée éthnographie Genève


SDLGENEVE19 – À l’initiative du salon du livre de Genève, l’artiste chinois Chen Jiang Hong était convié à une rencontre au Musée de l’Ethnographie de Genève — ou MEG. Une vingtaine d’enfants aura eu la chance de passer la matinée avec l’auteur, pour découvrir ses techniques, ses dessins et ses talents de pédagogue, toujours facétieux. 

Chen Jiang Hong

 
« Les enfants sont prêts à tout en général », indique l’auteur à ActuaLitté. « Moi, je ne fais que leur montrer comment tenir un pinceau, faire un trait avec une plume et ce que peut être la calligraphie chinoise. Pour le reste, c’est de la peinture, un peu différente, mais ils connaissent le principe », s’amuse-t-il. Pourtant, cette rencontre dans la bibliothèque d'un musée, rendue possible grâce à son éditeur L’école des loisirs, était inédite pour Chen Jiang Hong. 
 

Dessin et calligraphie au MEG


La responsable de la bibliothèque, Maria Hugo, se réjouissait par avance de cette invitation : « Le MEG dispose d’une importante collection qui présente les cultures et les rituels, et toutes les connaissances que l’on a des peuples — y compris d’Europe, ce qui est notre particularité. » Et la venue de l’artiste « est un cadeau ! Nous avons un fonds avec ses œuvres dans la section jeunesse. Sa manière de présenter est totalement en phase avec nos propres actions ». 

En tout, 21 enfants, accompagnés de leurs parents, ont été plongés dans l’encre de Chine pour un atelier de dessin. Et sur place, l’enthousiasme ne manquait pas – la biblithécaire elle-même avouant qu'elle est grande fan des livres de l'auteur.
 
    


Tout était déjà prêt avant leur arrivée : « Moi, je ne fais qu’expliquer les techniques », se délecte l’auteur. « Souvent, ils connaissent déjà mes livres pour les avoir vus à l’école ou parce que leurs parents leur lisent. J’essaye de leur montrer la chance qu’ils ont d’ailleurs de pouvoir être en contact si jeunes avec des livres. »

Chen Jiang Hong

 

Des chinoiseries aux récits personnels


Pour lui, qui a quitté la Chine à 24 ans, pour Paris, sans même parler français, la rencontre avec la littérature jeunesse s’est faite par hasard. C’est en 1994 qu’il rencontre L’école des loisirs et réalise quelques illustrations pour l’éditeur. Son premier ouvrage ne sortira que deux ans plus tard, La légende du cerf-volant. « Je n’ai jamais eu le goût de m’enfermer dans des chinoiseries », souligne cependant Chen.

« Avec le temps, mon style s’est nourri de ma vie en Europe, de la bande dessinée franco-belge. » Si son style s’appuie sur une approche traditionnelle graphiquement, il a changé pour intégrer des découpages par case, permettant de mettre plus d’images, d’action sur une même page.

« Le cadrage et le découpage de l’espace dans Mao et moi, mon dernier livre, très autobiographique sont radicalement différents de mes premiers ouvrages. Je pense avoir trouvé le bon langage pour ce livre. »

Chen Jiang Hong

 
Et dans le même temps, le goût de raconter des histoires ne change pas, même s’il s'oriente vers des récits plus personnels. « On retrouve souvent des enfants pris dans une forme d’apprentissage, parce que j’ai en moi cette volonté de transmission. » Or, quand vient le temps de la dédicace, les enfants ébahis regardent l’artiste faire de larges traits sur les pages, avec son pinceau. Captivés et admiratifs — il ne serait donc pas interdit de dessiner dans les livres ?
 

L'envie de voyager encore et encore


« Les enfants n’ont pas forcément les clefs pour mon dessin, qui peut les perturber, mais ils l’apprécient, semble-t-il. De toute manière, je fais ce que je veux », assure-t-il dans un grand rire. « En Chine, un proverbe dit : “Quand tu n’as pas de chaussures, tu n’as peur de rien.” C’est mon cas : je fais de la peinture et vends mes toiles. La littérature pour enfants, c’est un plaisir en plus. » Une totale liberté, pleinement revendiquée.



 
Traduits en Chine, ses ouvrages trouvent également un public, avec un bon retour. Cependant, Chen n’a aucune envie de revenir : « Ici, je suis un étrange produit de l’export-import. Là-bas je ne ferais certainement pas toutes ces histoires. J’aime bien la France : elle m’a accueilli et donné une chance merveilleuse. C’est la confrontation culturelle qui m’a ouvert une autre dimension artistique. »

Aujourd’hui, ses albums font même l’objet d’adaptation en spectacles, avec une narratrice, un musicien et lui au dessin, retransmis directement sur écran, pour le plaisir des spectateurs. Le prince tigre et Le Cheval magique furent les premiers ouvrages ainsi transformés. « Je m’amuse énormément durant ces moments. Surtout que je n’ai pas à faire la mise en scène : juste prendre plaisir à faire mes dessins. »  

Chen Jiang Hong

 
Avec une malice presque enfantine, Chen Jiang Hong se retourne vers une petite fille d’une dizaine d’années, éclate de rire en lui montrant des dessins. Et reprend pinceaux et plumes, pour une dédicace délicate et gourmande. Avec un tel sourire, qu’on ne pourrait pas vraiment l’imaginer plus heureux.


photos et vidéos : ActuaLitté CC BY SA 2.0


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