Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Copé / "Tous à poil !" : La réponse de l'éditrice...

Fred Ricou - 10.02.2014

Evènement - Jean-François Copé - Sylvie Gracia - Tous à poil


Depuis ce lundi matin, tous les médias, dont nous, forcément, ne parlent plus que de l'avis de Jean-François Copé sur Tous à poil !  aux éditions du Rouergue. Mauvaise foi et rumeurs ont fait de cet irrésistible album la dernière cible de ceux qui se battent contre une supposée théorie du genre à l'école et autre fadaise.
Depuis avril 2011, lors de la sortie de cet album, jamais il n'avait fait parlé de lui autrement qu'en bien et a même obtenu un grand prix littéraire en Belgique.

 

Plusieurs livres sont également en ligne de mire, aucun n'est dangereux, même ceux parus depuis plusieurs années, mais tous font peur à une certaine partie de la France.

 

Le problème, cette fois-ci, c'est que la maison d'édition incriminée, Le Rouergue, est depuis deux semaines sous le feu des projecteurs. Le roman « Le jour du slip / Je porte la culotte » est également menacé sur internet et particulièrement sur le site de la librairie La soupe de l'espace.

 

 

Nous avons contacté les éditions du Rouergue et c'est Sylvie Gracia, l'une des éditrices de la maison, qui a répondu à nos questions :

 

- Jean-François Copé vous a fait de la publicité, non ? Que pensez-vous de tout ça ?

On s'en serait bien passé… Depuis dix jours on défend « Le jour du slip », c'est une affaire très désagréable parce que ce qui est dit est d'une très grande violence et donc, on a découvert hier soir l'intervention de Copé sur ce livre-là. Il vient à une émission politique avec un livre jeunesse et il raconte n'importe quoi. Ce livre n'est pas recommandé par l'éducation nationale, ce n'est pas vrai.

 

Capture d'écran Le Grand Jury RTL

 

C'est un livre qui est sorti il y a trois ans, nous n'avons eu aucun problème avec.

Donc ça s'inscrit dans un contexte particulier où le combat de certains est mené sur le front de l'école, une guerre idéologique qu'ils revendiquent.
On est assez époustouflé. On fait ce travail-là depuis longtemps, la France est un pays où l'édition jeunesse est extrêmement inventive, intelligente, de qualité… et l'on ramène l'édition jeunesse à ça et l'on se demande dans quel pays l'on vit et à quelle époque…


On trouve que la mise à l'index de livres comme ce qui est fait en ce moment, puisqu'il y a des listes de livres qui circulent... on veut nettoyer certaines écoles, les bibliothèques, etc., sincèrement c'est un symptôme assez grave de l'état d'un pays.

 

- Vous pensez qu'il pourrait se passer ce qu'il s'est fait il y a quelques années à Vitrolles ?

Ce sont les municipalités dirigées par le FN qui les premières sont aller visiter les bibliothèques. On sait bien que tout système dictatorial s'intéresse d'abord au livre, ce qui est fascinant. La peur du livre est un symptôme général dans toutes les dictatures de droite ou de gauche.
Que l'on pointe du doigt certains livres jeunesse aujourd'hui parce qu'ils parlent du corps, parce qu'ils parlent de la nudité, parce qu'ils parlent du caca, parce qu'ils parlent des différences entre filles et garçons, sincèrement, ça nous laisse pantois.

 

 

 

- Est-ce que vous pensez que cette situation va se développer ou au contraire retomber ?
Ça ne concerne pas uniquement l'édition jeunesse, ça concerne le pays tout entier. Ces livres là, sont instrumentalisés contre l'école, contre les enseignants… C'est aussi la situation générale du pays qui nous inquiète.

- Est-ce que vous allez continuer votre ligne éditoriale ou allez vous regarder à deux fois avant de publier un livre ?

Ha ben non ! Ce serait le pire des dangers. Vous savez, ce type d'action vise ça, vise à l'autocensure des auteurs et des éditeurs et il ne s'agit en aucune façon de reculer. Nous menons cette même politique éditoriale depuis vingt ans ! C'est un livre parmi d'autres que l'on a sortis et même chose que pour Le jour du slip, on les revendique et l'on continuera notre travail comme d'habitude que l'on espère dans la plus grande sérénité et ce ne sont pas ces gens-là qui vont nous faire peur…



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