Le financement participatif est-il la solution ?

Fred Ricou - 13.01.2014

Evènement - Financement participatif - crowdfunding - illustrateurs


Le financement participatif ou crowdfunding dans la langue de Shakespeare est à la mode.

 

Pour faire simple, vous avez le projet de tourner un documentaire, d'ouvrir un camion-pizza, ou de créer un atelier de pull en laine, vous n'avez pas les moyens de le faire ou alors vous n'avez pas les moyens de le finaliser.

 

De plus, votre banquier vous regarde d'un drôle d'œil quand vous lui exposez la tenue de celui-ci, donc que faire pour réaliser votre rêve ?

 

Vous avez la solution de demander à des amis de vous financer et/ou de demander également à des inconnus. Vous allez leur présenter ce que vous aimeriez faire de manière assez convaincante pour qu'ils puissent donner au minimum 5 euros et même parfois plus…

En contrepartie, différents « lots » qui le plus souvent s'ajouteront si vos contributeurs apportent plus que la somme de départ.
Pour cela plusieurs sites internet mettent à disposition leurs outils pour que vous puissiez réussir aux mieux ce pari.

 

Nous avons voulu nous rendre compte quelles étaient les motivations de trois créateurs, deux illustrateurs et un auteur qui ont fait appel au financement participatif pour réaliser leurs envies.

 

Anaïs Goldemberg est illustratrice, depuis 2007 avec son album Sorcières ! Les abominables voisines de M. Pébroc (Éd. du Toucan), elle tombe amoureuse de ses petits personnages (bien avant, même…) et décide de se lancer elle-même dans la création totale de quatre albums, pour quatre saisons Automne, Hiver, Printemps et Été dont la disponibilité s'échelonnera entre septembre 2014 et juin 2015.

 

 

Contrairement à ce que l'on pourrait penser au premier abord, la création en autoédition de ses quatre albums n'est pas un simple refus de sa maison d'édition, c'est un vrai choix personnel : « Après la dernière expérience éditoriale, j'ai mis du temps avant de retrouver les forces nécessaires à la reprise des sorcières, à ma façon. C'était une évidence pour moi de m'occuper de toutes les étapes de ces futurs livres, de leur conception à la vente » […] « Je m'y suis prise tôt par rapport au planning du projet, au tout début de l'écriture et des premières images, et j'ai l'impression d'avoir passé un contrat non pas avec un éditeur, mais directement avec les futurs lecteurs. Ça motive, et c'est immédiatement concret. »

 

Même son de cloche du côté de Xavier Collette alias Coliandre (que nous avions rencontré au Salon du Livre de Paris en 2010 pour son album Alice aux pays des merveilles), qui a décidé de réaliser un « sketchbook » (carnet de croquis) : « Cela fait un moment que je voulais proposer un livre dans lequel je mettrai la "face B" de mon travail. Ce que je fais à côté, en peinture, fusain, les recherches, croquis, qui remplissent mes cahiers. Et je ne voulais pas de limites, je ne voulais pas que quelqu'un me dise "non" quand je choisis de mettre telle ou telle chose. Une liberté totale. Et cela n'est pas possible si j'ai quelqu'un au-dessus de moi. »

 

La liberté est véritablement le maître mot de ces deux projets. Sans faire de critique sur le monde de l'édition, l'illustrateur rajoute « Il faut se rendre compte qu'au final, à part une minorité d'élus, la plupart des auteurs font "ce qu'ils peuvent" avec ce qu'on leur donne […] quand on désire avoir cette liberté, et bien je pense que cette solution est une excellente alternative ».

 



La question qui peut venir à l'esprit quand on voit l'enthousiasme de ces deux créateurs c'est que peut-être le côté restreint de la chose, est-ce que tout se travail finalement peut se vendre à « grande échelle » ou même, à moyenne et ceci rapidement ?
Anaïs Goldemberg a une réponse très simple : « Je prévois un petit tirage pour les livres, et après la campagne de financement participatif, pratiquement ¼ des exemplaires des deux premiers tomes sont déjà achetés. J'ai l'intention de m'impliquer le plus possible dans la distribution et la vente des exemplaires restants, en allant à la rencontre des lecteurs. »

 

Pour l'illustratrice, c'est également un moyen efficace de lutter contre le « turn-over » en librairie : « Combien de temps a un livre pour être vendu, avant de retourner dans un carton ? Les innombrables exemplaires d'invendus destinés au pilon, est-ce normal ? Je n'envisage pas de vendre tous les exemplaires des 4 tomes en un temps record. Il n'y aura pas de date limite de consommation de mes sorcières. Si je finis de vendre tous les livres au bout de plusieurs années, ce sera le rythme du livre ! On verra ».

 

Xavier Collette, est également plus centré sur le livre en lui-même que sur les ventes,  c'est un peu une forme de bonus pour les personnes qui le suivent depuis longtemps, une sorte de cerise sur le gâteau : « Aucune crainte quant au côté confidentiel de la chose. Je dirais même que cela me fera plaisir de faire de mon mieux pour ces personnes, qui auront soutenu une initiative personnelle. Ils sont venus à ce projet, et il est fait en partie pour eux aussi. La grande distribution... ce n'est pas l'objectif non plus. Ce que je voulais, à la base, c'est de pouvoir proposer ce livre. Il sera en vente sur mon site, pour ceux qui me connaissent et s'intéressent à mon travail. »

Il existe un troisième exemple un peu plus éloigné de celui des deux illustrateurs. Celui de l'auteur Guilhem Méric. En 2010, il se lance dans le monde de l'édition avec son début de saga Myrihandes. Faute de ventes, l'éditeur décide de ne pas poursuivre la publication de la série. L'auteur est bien ennuyé, d'autant que le deuxième tome est déjà prêt et qu'il travaille sur le troisième. Guilhem Méric décide donc de passer par un site de financement participatif pour récupérer les droits de son livre et pouvoir ainsi, si possible, le recommencer et surtout le continuer dans une autre maison d'édition : « La somme exigée en contrepartie étant trop importante pour ma bourse personnelle, j'ai eu l'idée de passer par le site Ulule. Ce qui a plutôt bien marché, puisque la collecte a été réalisée avec succès en moins d'un mois. »

 

Les trois demandeurs de financement ont obtenu ce qu'ils désiraient en peu de temps, leur jauge a même débordé entre 7 et 69% de plus que la somme de base, maintenant, comment est-ce que l'on réagit par rapport aux contributeurs, est-ce que l'on se sent redevable de quelque chose de plus que des remerciements ?

« Évidemment que l'on se sent redevable! Et heureusement, même ! C'est tout de même grâce à ces personnes que ce genre de projet prend forme, c'est donc la moindre des choses d'être respectueux, et de leur proposer, en échange, quelque chose qu'ils ne regretteront pas (ou faire de notre mieux). » explique Xavier Collette.

 

La maman des Sorcières de rajouter : « Une large partie de l'écriture et des illustrations se fait en pensant à tous mes soutiens, mes futurs lecteurs. C'est parfois intimidant (surtout quand je rencontre un soutien : « Alors, les sorcières, ça avance ? » est LA question qui revient à chaque fois...). […] Le projet est très concret : je sais que je serais lue, je sais que mes illustrations seront regardées. C'est une occasion en or pour donner le meilleur de moi-même. Au final, c'est très motivant. »

 

Pour finir par Guilhem Méric : « Je pense qu'on reste redevable au niveau du projet même, et que dans mon cas, cet élan de solidarité est une raison supplémentaire de se battre pour faire aboutir la publication. »

 

Le crowdfunding est peut-être l'une des solutions pour qu'un livre ou autre se réalise en toute liberté. Nous allons observer comment ces trois projets avancent dans le temps…

 

Pour nos trois créateurs, il y a eu entre 50 et un peu moins de 150 soutiens qui ont contribué. C'est à la fois beaucoup et finalement assez peu. Mais c'est encore possible de les remercier personnellement…

 

Sur le site de nos copains d'Actualitté, n'hésitez pas à lire les articles concernant les limites de ce genre de financement à plus grande échelle qui ne sont pas exempts de défauts.

 

L'exemple du film Véronica Mars (adapté de la série télé éponyme) où l'apport participatif a été de 6 millions de dollars par les fans, mais où, finalement, Warner Bros tiendra les manettes de la production. Et forcément, il faudra bien repasser à la caisse pour aller voir le film en salle…




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