100 ebooks à 0,99 € : #GrosseOP de Bragelonne, “une seconde chance pour tous”

Nicolas Gary - 20.06.2016

Interview - Bragelonne livres numériques - #GrosseOP Bragelonne - promotion Bragelonne


Si l’on attend toujours l’été, on n’attendra pas beaucoup plus longtemps l’une de ces grandes opérations dont Bragelonne a su gratifier les lecteurs. Depuis la première tentative de 100k – 100 ebooks proposés pour 0,99 € –, la maison a expérimenté encore et encore. On est passé à 200k, puis OP300k. Mais depuis le 1000k, tendrement chocolat, en novembre 2014, rien. Jusqu’à aujourd’hui, où débarque La GROSSEOP : ce 27 juin, la maison remet le couvert...

 

Milady - Salon du Livre de Paris 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

En cinq années, l’éditeur a écoulé 2 millions de livres en format numérique, et ses expérimentations marketing sont désormais des exemples. « Par rapport au marché, nous sommes hors norme », assure Jérôme L’Hour, responsable commercial en charge du livre numérique et de l’impression à la demande. « Quand les chiffres de vente en France sont autour de 4 à 6 %, selon qui les annoncent, nous réalisons 15 % de nos ventes en numériques. Avec une croissance qui était encore de 40 % en 2015, nous avons des titres qui peuvent se vendre à 10, voire 15.000 exemplaires en ebook. »

 

Pas banal, en effet. « Aujourd’hui, il suffit de regarder les tops des ventes : par exemple, chez Apple, nous avons trois livres de Milady littérature dans les cinq meilleures », relève Claire Deslandes, directrice de la publication numérique. Alors la concurrence, en la matière... 

 

C’est que le livre numérique a notamment permis à la maison de rencontrer les lecteurs, quand il était parfois difficile de trouver une place dans les librairies. « Nous cherchons à ce que nos livres soient le plus largement disponibles, mais le numérique est parvenu à nous donner plus de présence. Aujourd’hui, son incidence commerciale fait que nous restons très attentifs à ce que nos actions soient favorables aux deux formats, sans concurrence. Nous vendons plus de livres et défendons plus globalement les auteurs », note Jérôme L’Hour. 

 

Tenter de convaincre les libraires, tout un métier...

 

La romance, toujours mal-aimée des librairies, compte parmi les genres les plus dynamiques en ebook. « C’est la littérature la plus représentative : alors qu’en numérique, les ouvrages caracolent en tête des ventes, c’est plus difficile de les mettre en place en librairie. On essaye de convaincre, résultats à l’appui, que les lecteurs sont bien présents. Cela reste compliqué, avec des réticences... » 

 

Raison pour laquelle la maison a déployé Snark en décembre 2013, suivi peu après par Emma : ces deux collections permettent des publications d’auteurs en primo numérique, avant de passer, plus tard, à une commercialisation en papier. « Ce sont les effets positifs de l’ebook sur les ventes papier : on gagne en visibilité très fortement. Les Américains connaissent déjà bien ce modèle, qui n’est pas encore très développé en France. Mais à la parution de la version poche, le livre dispose déjà d’une première existence », pointe Claires Deslandes.

 

Ce fut le cas pour le livre Bad romance, de Céline Mancellon : une distribution numérique et en impression à la demande, et 10.000 exemplaires écoulés en quelques 10 semaines. « Sans aucune promotion, son livre a été un succès chez Emma, et, maintenant, il va passer dans la collection Milady, en grand format. »

 

Et l’éditrice d’analyser, assez clairement, les tendances. « Ce qui rencontre le plus de succès, et qui plaît au lecteur ce sont des genres qui de toute manière fonctionnent bien en papier – comme la romance contemporaine. Après, cette approche primo numérique permet de travailler des textes plus spécifiques. Je pense à des ouvrages transgenres, mêlant SF et fantastique ou SF et western ou en romance gay. Ce sont des incartades éditoriales que l’ebook autorise, avec un lectorat fidèle, bien que plus réduit. Des gens qui ne trouvent pas assez leur compte en librairie... »

 

 

 

Quant à la GrosseOP, « le nom s’est imposé, vu la quantité de travail qu’elle a exigé », elle débutera le 27 juin, jusqu’au 1er juillet. 500 titres sélectionnés, issus des catalogues numériques de Bragelonne, Milady et Castelmore seront proposés pour 0,99 €, à raison de 100 titres par jour. « Ce sont des mois de négociations avec les agents, les auteurs et les distributeurs, et l’exigence, de renouveler les titres proposés. C’est épuisant, génial, mais épuisant », poursuit Claire Deslandes.

 

2 millions d'ebooks vendus en 5 années, "hors norme"

 

« Les précédentes opérations nous ont permis de remercier nos lecteurs pour leur fidélité, et celle-ci ne déroge pas. Chacune nous a apporté des éléments d’informations sur les revendeurs, leurs capacités de mise en avant, mais aussi des surprises. Le voleur quantique, d’Hannu Rajaniemi, était passé totalement inaperçu, par exemple, et durant l’opération 1000k, il s’est mieux vendu qu’en six mois d’exploitation », note Jérôme L’Hour. « Voilà une autre façon d’animer le fond et de valoriser les auteurs, tout en réconciliant le coup de cœur éditorial avec l’opération commerciale », insiste Claire Deslandes. « C’est une seconde chance pour tous. »

 

Et dans le même temps, une action forte de... lutte contre le piratage. « Nous n’établissons pas nos choix de livres en fonction de ce que l’on trouve sur les réseaux pirates. De toute manière, préférer un fichier piraté alors qu’un exemplaire légal et vérifié est disponible pour 99 centimes, ça n’a pas de sens », indique-t-elle.

 

Pour Jérôme L’Hour, le piratage ne s’affronte pas sans réfléchir. « L’intégrale de Terry Goodkind vendue 150 € se vend toujours, même si les livres sont disponibles sur les réseaux. Nous clamons depuis des années qu’il faut des offres attractives et qu’il est tout à fait possible de vendre des livres numériques intelligemment. Quand on voit chez nos confrères des différences de prix entre grand format et ebook très mince, ou qu’en dépit du passage du livre en format poche, aucune remise n’est opérée pour l’ebook, ça devient délicat... »

 

La politique éditoriale associée à une vision marketing a semble-t-il porté ses fruits. Au point que, lors des précédentes opérations, des éditeurs se plaignaient d’une concurrence féroce exercée par Bragelonne. 1000k célébrait le million d’exemplaires vendus, en novembre 2014. Près de deux ans plus tard, la maison passe à 2 millions d’exemplaires.

 

 

 

Et durant ces opérations, les lecteurs ont des paniers moyens de 30, voire 40 exemplaires. Au cours de 1000k, 116.000 ebooks furent achetés, sur une période de 10 jours. De quoi asphyxier les ventes chez les autres éditeurs ?

 

« Ben... [rires gênés] en tout cas, nous ne sommes pas touchés au niveau des ventes. Après 1000k, le niveau des ventes a doublé pour des livres qui faisaient partie de la sélection, mais n’étaient plus en promotion. En réalité, ils ont pris de l’ampleur durant l’opération et le bouche-à-oreille s’est poursuivi bien après, sur des ouvrages à plein tarif » indique Jérôme L’Hour.

 

À lire : Comment recruter plus de lecteurs sur internet ?

 

 

« Ce qui se constate, c’est que nous gagnons des lecteurs sur le premier volume, proposé durant l’opération, et sur les suites. Les ventes de nouveautés, durant les semaines qui suivent, ne sont pas affectées par nos opérations spécifiques. Elles nous ont toujours permis de passer des paliers en terme de recrutement », ajoute Claire Deslandes.

 

Et Jérôme L’Hour de conclure : « On a entendu ces critiques de la part d’éditeurs qui ne jouent pas du tout le jeu du numérique... Et dans ce cas-là, alors... » 

 

Le reste de la phrase s’est perdu dans un insupportable grésillement. Mais assurément, chacun aura compris la teneur du message.