Addictive Pages, inspirée des méthodes de création utilisées par les séries TV

Clément Solym - 07.05.2014

Interview - lecture numérique - sérialisation - Addictive Pages


Addictive Pages est une start-up d'édition numérique qui bénéficie du soutien du réseau Paris Région Innovation Lab et de la BPI. Elle est incubée au Labo de l'Édition depuis mars 2014. La maison a lancé récemment son offre de séries littéraires numériques conçues comme des séries télé, en transposant à l'écrit les techniques scénaristiques de l'audio-visuel. Isabelle Maisonnas, cofondatrice, revient avec nous sur le programme éditorial et la parution de cette première série, L'Ourlerie…

 

 

Pouvez-vous nous préciser ce que vous entendez par méthodes de création collectives et « industrialisées », dans le cadre de vos parutions ?

Nous sommes partis de l'hypothèse que le numérique, particulièrement adapté à un usage en mobilité, demandait d'autres types de texte : des formats courts, aux histoires solidement structurées et si possible des fictions suivies afin de faciliter une lecture qui peut être souvent interrompue. Pour aboutir à ce résultat, nous avons choisi de nous inspirer des méthodes de création utilisées par les séries télé, et de les transposer dans l'écrit. Ce qui veut dire concrètement de faire appel à diverses compétences : scénaristiques d'abord pour travailler en amont les fondamentaux dramatiques de la série, de script-doctoring pour préparer les schémas narratifs, et de rédaction pour la production finale du texte. 

 

C'est donc en effet une approche collective, qui mise sur l'apport de divers talents. C'est aussi une méthode éditoriale, un processus, qui, en investissant considérablement sur l'amont de la création littéraire (la bible de série), doit nous permettre de publier, dans des délais courts, des épisodes cohérents en terme de construction et d'univers. Les rédacteurs « interprètent » les séquenciers d'épisodes qui leur sont remis, à la manière dont un comédien peut interpréter un rôle. L'éditeur s'assure de la cohérence rédactionnelle globale. 

 

 

Quelles sont les thématiques que vous recherchez dans les ouvrages publiés ? Par extension, comment définiriez-vous votre ligne éditoriale ?

Notre première ambition est d'offrir une lecture divertissante et agréable, légère. Nous testons différents genres en nous inspirant, là encore, des genres audiovisuels et de leurs formats narratifs particuliers, qui sont autant d'interprétations possibles de cette ligne. Notre première série est ainsi une sitcom. La seconde sera un soap. La troisième : une structure policière ou mystère. 

 

 

 

En termes d'univers, nos deux premières séries ont un axe politique : notre sitcom oppose une jeune femme capitaliste à une mamie communiste qui règne sur un squat, et voit leur lutte mise à mal par de nouvelles philosophies collaboratives. La deuxième utilisera le monde politique en toile de fond. Ce fil politique nous paraissait intéressant, car très « français » - et nous ne voulions pas d'une nouvelle fiction inspirée de modes de vie américains -, mais nous ne comptons pas restreindre nos univers à cette toile de fond politique.

 

 

L'une des approches contemporaines est de transiter par l'impression à la demande pour couvrir tous les champs des formats actuels : que pensez-vous de cette méthode ? Combien de titres proposez-vous aujourd'hui ?

La saison 1 de notre première série, L'Ourlerie, comprend 12 épisodes de 45 minutes de lecture chacun. Ces épisodes sont vendus au prix de 1,49 euro et paraissent progressivement, au rythme d'un par semaine. Nous travaillons actuellement à une minisérie de 8 épisodes pour notre deuxième série.

 

Nous avons fait le choix du numérique et pensons que nos textes sont particulièrement adaptés à ce média. Nous les avons ainsi également agrémentés de modes de communication modernes comme des bulles de SMS pour coller à cette réalité. Le marché numérique restant balbutiant en France, nous envisageons en effet une parution papier, mais dans un deuxième temps, de la même façon que paraissent les coffrets DVD des séries télé après la diffusion télé, pour filer la métaphore audiovisuelle.

 

L'impression à la demande est en effet une option que nous considérons. Nous pensons aussi que les alternatives de crowdfunding peuvent être un bon moyen dans notre cas d'organiser la parution papier. En effet, le fait de créer des univers de série doit nous permettre de faire vivre une communauté et nous espérons pouvoir faire vivre ce lien avec nos lecteurs, et faire, avec eux, le passage au papier.

 

 

Comment alliez-vous le recours aux vidéos et le promotion textuelle ?

Pour se faire connaître sur le média numérique, il faut adapter sa communication. Encore plus quand on est une start-up. La vidéo est un moyen rapide de faire passer une idée. De plus, c'est un moyen de communication viral, donc un bon moyen de stimuler ou renforcer le bouche à oreille.

 

Nous avons choisi de développer deux types de vidéos. La première est un teaser de notre série L'Ourlerie. Pour nous, c'est une quatrième de couverture animée. En quarante-cinq secondes, cet univers animé retranscrit les valeurs de la série, à l'aide des textes courts qui mettent en valeur l'écrit. 

 

Nous avons également développé de petites vidéos que nous allons diffuser progressivement, les « intellos » et les « series addicts », pour diffuser notre image de marque et l'esprit qui nous anime. Ces vidéos, rapides et humoristiques, vantent une lecture décomplexée et un goût assumé pour les séries télé, qui sont au fondement de notre concept. Et toutes ces vidéos sont autant de clins d'œil à l'univers audio-visuel dont nous utilisons les méthodes !

 

 

 

 

Vous présentez une liseuse intégrée à votre site : sur quelle technologie repose-t-elle ?

La liseuse de notre site repose sur la technologie epub. Elle est également disponible sous forme d'applis sur Android et Apple (en attente de validation à ce jour) qui permettront aux lecteurs d'emporter leurs épisodes avec eux et de se connecter à l'univers Addictive Pages (nous travaillons actuellement sur des bonus à proposer autour de la série).

 

La liseuse a été particulièrement développée pour afficher nos textes dans toutes leurs fonctionnalités, notamment avec les bulles de SMS, format qui est difficilement supporté par les liseuses les plus anciennes. C'est aussi un axe de développement que nous souhaitons explorer : donner au texte de petits agréments pour le rendre plus moderne et ludique, sans passer dans l'epub expérimental.

 

 

Quels sont les débouchés audiovisuels que vous envisagez ? Votre développement éditorial laisse envisager, au moins, que les oeuvres pourraient avoir un avenir télévisuel…

Pour le moment, nous sommes dans une phase de lancement et envisageons de « pivoter » en fonction des premiers résultats, sans savoir encore où nos expériences nous mèneront. 

 

Les possibilités de développement sont nombreuses : nous souhaitons explorer dans un premier temps des versions audio de nos ebooks (pour les personnes bloquées dans les embouteillages, ou les malvoyants, par exemple). La diffusion papier est une option. L'exploration d'autres publics (adolescents ?) ou d'autres genres (romance ?) peuvent aussi présenter des opportunités. Ainsi que l'international (et pourquoi pas inventer une approche de « remake » pour continuer notre approche parallèle à l'audiovisuel ?). Et bien évidemment, l'audiovisuel, ou la création de webséries qui seraient un intermédiaire entre l'audiovisuel et notre positionnement numérique. Aujourd'hui, le champ des possibles est vaste, mais c'est seulement en avançant que nous découvrirons ce qui fait le plus de sens.