Argentine : la librairie Las Mil y Una Hojas, vivante et dynamique

Nicolas Gary - 03.09.2018

Interview - librairie francophone argentine - Librairie Las Mil y Una Hojas - libraire argentine france


ENTRETIEN – Las Mil y Una Hojas a été créée par la mère d’Ezequiel Izcovich, son propriétaire, en 1985 et soutenue économiquement par son père, tous les deux passionnés de culture en général. De littérature et de théâtre en particulier. Au départ il s’agissait d’une librairie généraliste en espagnol. 


Ezequiel Izcovich - Boris Cyrulnik
Mónica Freyre et Ezequiel Izcovich, au centre Boris Cyrulnik – ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

En 1991, Mónica Freyre et Ezequiel rentrèrent en Argentine après avoir sept années passées en France. Ils ont progressivement repris la librairie et introduit les livres français. Ils représentent aujourd’hui 70 % du chiffre d’affaires et donnent clairement son identité à la librairie. Ils disposent actuellement de deux magasins, un dans le centre-ville et un dans le quartier de Belgrano.   

 

ActuaLitté : Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre en Argentine ?

 

Ezequiel Izcovich : L’industrie éditoriale argentine est traditionnellement assez forte. Les principaux groupes éditoriaux espagnols ont leurs filiales à Buenos Aires et il y a aussi un intéressant panel d’éditeurs indépendants principalement dans les domaines des sciences humaines, de la littérature et de la jeunesse.

Les visiteurs sont toujours surpris du grand nombre et de la surface des librairies à Buenos Aires et dans les villes principales du pays. Mais nous constatons depuis quelques années que des chaînes se substituent petit à petit aux librairies indépendantes. Ces chaînes appartiennent soit à des maisons d’édition soit à des distributeurs.

 

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face ?

 

Ezequiel Izcovich : Nous sommes très attentif aux changements des pratiques de consommation et nous essayons en permanence d’adapter notre activité en fonction de l’évolution de ces dernières : le livre numérique (pour la commercialisation desquels les librairies ont pratiquement été mises à l’écart), l’incorporation de la vente en ligne, la vente à travers mercadolibre, le besoin permanent de formation du personnel afin de gérer la communication de la librairie (réseaux sociaux, site internet, logiciels d’édition et autres).     

 

Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant ?

 

Ezequiel Izcovich : Nous avons un stock de sécurité en littérature classique, les principaux auteurs français contemporains de littératures et des sciences humaines. Nous sommes attentifs aux nouveautés de la littérature jeunesse, aux prix littéraires et aux écrivains qui visitent le pays et que nous recevons dans nos librairies.  

 

Quelles sont vos relations avec les distributeurs ?

 

Ezequiel Izcovich : Je dirais qu’elles restent assez distantes.

 

Dans le cadre des Ateliers de la librairie francophone organisés à Paris par le BIEF et le CNL en collaboration avec l’AILF auxquels vous avez participé, vous avez eu l'occasion d’échanger avec des directeurs exports. Pensez-vous qu’il y ait possibilité d’améliorer ce relationnel ?

 

Ezequiel Izcovich : En effet, nous avons eu la visite de Robert Menant de Hachette, je pense qu’il y a beaucoup de choses à améliorer, notamment en donnant la possibilité aux librairies francophones de concurrencer dans le prix avec Amazon et avec les librairies françaises qui font souvent de l’export.
 

Le livre numérique, un levier pour toucher
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Aussi, lors de cette rencontre, nous avons abordé la question du livre numérique et notamment la commercialisation du livre scolaire numérique. Apparemment, la commercialisation se ferait désormais exclusivement entre l’éditeur ou le diffuseur et le lycée. C’est maintenant le lycée qui doit vendre les livres scolaires aux élèves…

 

Rencontre Delphine de Vigan-Francois Busnel 2013-09-26
Rencontre avec Delphine de Vigan - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Vous êtes membre de l’Association internationale des libraires francophones. Que vous apporte ce réseau ?

 

Ezequiel Izcovich : Le réseau nous permet d’échanger de façon enrichissante avec nos collègues du monde et nous invite à la réflexion et au développement de notre activité professionnelle. Et je porte personnellement un regard attentif sur l’évolution de l’industrie du livre…

 

Vous avez en peu de temps participé à deux rencontres professionnelles organisées par le BIEF, l’AILF et le CNL : un séminaire à Rio réunissant des libraires d’Amérique Latine et des ateliers à Paris regroupant des libraires du monde entier. Avez-vous le sentiment qu’il y a des particularités dans le réseau de l’Amérique latine ? Si oui lesquelles ?

 

Ezequiel Izcovich : Oui je pense qu’il y a beaucoup de points communs et de soucis communs entre les différents pays de l’Amérique latine. Nous avons beaucoup à faire et pouvons travailler ensemble pour essayer de développer notre métier.

La particularité, bien sûr, c’est qu’on partage presque tous la même langue, nous vendons tous des livres en français dans un espace hispanophone. Le français n’est pas la langue du pays, nos problématiques sont liées à celles des pays non francophones. 

 

Justement, toujours par rapport aux Ateliers de la librairie évoquant les mutations dans les nouvelles normes de consommation et de création ou le numérique, pourriez-vous nous dire ce qui vous a le plus marqué et qui retient particulièrement votre attention ? 

 

Ezequiel Izcovich : La question du numérique m’a paru particulièrement intéressante. Nous aimerions pouvoir commercialiser les livres numériques à travers le site web de la librairie, nous aimerions aussi pouvoir commercialiser les livres scolaires numériques. Mais ce n’est pas encore possible. Je pense qu’il y a beaucoup de crainte de la part des éditeurs à signer des accords, à ouvrir ces marchés.
 

Une campagne au Chili
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Eux-mêmes ne savent pas comment tout cela va évoluer dans le temps. Il y a beaucoup de craintes par rapport au piratage, on a peur de ne pas pouvoir maîtriser la commercialisation de ce matériel et que le numérique fasse finalement baisser les ventes papier. 
 

Vous êtes très actifs en terme d’animations culturelles entre les rencontres avec des auteurs de renom comme Jean Echenoz ou la participation à la nuit des philosophies, pensez-vous que le public change ou qu’il s’agisse du même public ? 


Ezequiel Izcovich : Pour ce qui concerne les rencontres que nous organisons dans les librairies, il y a un public de base, les habitués sur qui nous pouvons compter et qui représentent environ 30 % des participants. Le succès des rencontres repose beaucoup sur la diffusion que l’on en fait en amont : newsletters, affiches, proposition d’ouvrages aux professeurs de français qui souvent les adoptent pour leurs cours, et après-coup la publication des vidéos des rencontres sur notre site.    
 

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Avec Daniel Pennac - ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

La publication des vidéos en ligne de ces rencontres vous a permis de multiplier le nombre de personnes atteintes, est-ce que vous pensez que ces personnes sont des clients réguliers de la librairie ? 


Ezequiel Izcovich : Je crois que la publication de ces vidéos sur notre site internet est une manière d’ouvrir la librairie à un éventail de personnes qui n’y viendraient pas spontanément, mais qui, grâce à leur intérêt pour ces rencontres, découvrent finalement la librairie. Comme ce sont des vidéos qui restent en ligne, ce sont en fait des archives des rencontres que nous organisons.

C’est aussi bien sûr une manière de faire de la publicité pour la librairie. Quand les professeurs travaillent avec leurs élèves sur certains auteurs, l’élève viendra parfois à la librairie pour acheter le livre. On leur dit alors que l’auteur est passé à la librairie et que la rencontre est disponible sur le site internet de la librairie.

Il s'agit d'une manière de faire connaître à nos clients notre site internet. C’est un support à la fois pédagogique et historique. Pour nous ces petites vidéos sont très importantes, c’est aussi grâce à ces rencontres qui restent en mémoire que l’histoire de la librairie se construit.   

 

 

En partenariat avec l'AILF

 

 

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