Arleston : "Lire Franquin et Reiser à 5 ans"

- 21.03.2013

Interview - arleston - bd - COMIXOLOGY


Ekhö montre un New York avec des carrioles à insectes et des voiliers. En fait, c'est une réécriture historique plutôt que de la fantasy ?

Au départ je me suis dit , « ça va, j'ai donné. J'ai des séries à continuer dans ce domaine là. Je ne vois pas l'intérêt ». Finalement, je suis assez content d'avoir trouvé ce truc de faire de la vraie fausse fantasy en réinterprétant notre monde dans une version complètement décalée. La fantasy est un prétexte. Le titre c'est Ekhö, un monde miroir.

 

Dans cet univers encore, on retrouve la prééminence des personnages féminins. Ça vous parle plus que les grands nigauds masculins ?

Ce n'est pas qu'elles me parlent, mais ce grand nigaud, je le connais c'est moi. Les personnages féminins sont ceux sur lesquels je m'interroge depuis 30 ans.

 

Cette fois l'aspect visuel est encore plus érotique, avec une coloration manga. C'est la patte de Barbucci, le dessinateur ?

Je le connais depuis une quinzaine d'années. On se tournait autour. Il est évident qu'avec lui j'allais faire une héroïne. Il a cette synthèse graphique du manga, de Disney et de ce qu'il a amené en plus.

 

Et les filles se retrouvent étonnamment dans cette ambiance.

Ses personnages sont extrêmement sexués, mais plaisent autant aux femmes qu'aux garçons. Il a lui-même une très grande sensibilité féminine. Quand on fait des recherches, il m'envoie des croquis de fringues. Il sait très bien comment les femmes s'habillent. Ce n'est pas comme d'autres dessinateurs qui font des fringues stéréotypées. Il est incollable sur les dernières jupes de Katy Perry.

 

 

 

 

Comme d'habitude on retrouve une histoire avec beaucoup de bonne humeur. Mais cet opus-là montre une élite de Preshauns (petites bêtes poilues), alors que les humains sont les immigrés d'un autre monde.

Oui, à travers Ekhö, il va y avoir pas mal de satire sociale parce que ça s'y prête. Là on est clairement dans notre monde. C'est clairement un miroir déformant.

 

Vous êtes venu tard à l'heroic-fantasy. Vos inspirations sont d'abord dans la mythologie. Et Écho est une nymphe narratrice.

C'est marrant, je savais pour le nom, mais je n'y pensais pas. Je vais aller piocher ça, tu me donnes une idée.*rires*

 

La moitié de vos ventes tournent autour de Lanfeust. Pas trop difficile de voir vos autres séries un peu dans l'ombre ?

C'est évident que ça me déçoit quand on me réduit un peu à Lanfeust. D'un autre côté, ça a eu un énorme succès public. Le reste se vend bien aussi.

 

Arleston c'est le scénariste, mais aussi le rédac-chef bon an mal an de Lanfeust Mag...

Je fais très attention à ce que ça ne soit pas déficitaire. Quand on a un peu plus de sous, je rajoute des pages, je paye mieux les jeunes. Le journal n'est pas là pour gagner de l'argent. L'éditeur s'y retrouve, ça oblige les auteurs à être dans les délais, à avoir plus de sérieux dans les dates de sortie des albums, et attirer des auteurs avec des pré-publications. C'est le plaisir avant tout, faire démarrer des jeunes.

 

Vous êtes venus tard à l'heroic fantasy, mais la BD ?

Quand j'étais môme, je lisais Spirou et Charlie Hebdo que je piquais à mon tonton et ma tata. Faire Franquin et Reiser dans la même journée ça te semble normal lorsque tu as 5-6 ans.

 

Vous avez collaboré à plusieurs titres de leur débuts à leur fin. La fin de Tchô, ça produit quoi chez le journaliste ?

Une chose qui me fait beaucoup de peine. Ça me fout les boules de voir un journal disparaître. Plus il y a de journaux et plus la BD vit. C'est une génération d'auteurs. En plus, Tchô et Lanfeust se sont lancés en même temps.

 

 

Dans quelle mesure avez-vous accompagné le passage au numérique du catalogue Soleil et Delcourt ?

Le numérique ça fait un certain temps qu'on en parle. J'avais fait une tentative il y a cinq ans avec le premier Lanfeust Odyssey, de la numérisation un peu complexe avec du boulot derrière. Toute une mise en scène avec du mouvement, avec des zooms avant et arrière. On faisait apparaître le texte après. Ça représente un gros boulot pas du tout rentabilisé. Pour dire que je m'y intéresse depuis le début. Là, les Américains de ComiXology sont venus avec leur Appli que j'ai testé à Angoulême. Une lecture case à case, mais très fluide. Les mecs bossent avec Marvel, donc ils connaissent un peu le métier.

 

On est encore loin du compte ?

On se pose tous la question : Est-ce qu'il faut faire plus ou seulement de la lecture, du son ? À quoi ça sert de lire « Boom » si on peut l'entendre ? Ça pose plein de questions. On va avoir pour le moment une lecture simple très intuitive. C'est un bon moyen de consommation de BD, d'entertainment. Il y a toujours de bons formats à inventer pour le numérique, on y est pas encore. Le contenu enrichi demande du boulot, de l'argent, de la création et aussi des idées.

 

Je crois qu'on ne sait pas encore pour l'instant comment appréhender le matériau. Il y a un type qui est en avance sur tout le monde, c'est Balak. J'avais bossé avec Yves[Bigerel dit Balak] sur Lord of Burger, il avait dessiné sur les deux premiers. Il y a des gens comme lui qui savent manipuler les logiciels et qui ont des idées.




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