Audrey Azoulay : La littérature jeunesse “incarne une excellence française”

Nicolas Gary - 30.11.2016

Interview - Audrey Azoulay Montreuil - salon livre jeunesse - littérature jeunesse excellence


ENTRETIEN EXCLUSIF – Le coup d’envoi est lancé, pour la 31e édition du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. La ministre, Audrey Azoulay, est allée à la rencontre des auteurs et des éditeurs, s’arrêtant régulièrement pour saluer un ouvrage déjà lu, ou échanger avec les auteurs. 

 

« L'édition 2016 fait chaud au coeur », peut-on entendre, alors que les enfants courent dans les allées. Chose qui ne manque pas de faire extrêmement plaisir aux organisateurs : « On apprécie beaucoup leur brouhaha, cette année. » Il est vrai qu’en 2015, la proximité des attentats avait noirci les réjouissances. Mais en 2016, on plaisante de bon cœur. Audrey Azoulay, au terme de sa visite, nous accorde un entretien, bravant littéralement le froid !

 

Audrey Azoulay inaugure le SLPJ16

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

ActuaLitté : Après cette immersion, que pensez-vous de la littérature jeunesse ?

 

Audrey Azoulay : Elle incarne une excellence française, cela se constate au Salon de Montreuil, comme dans d’autres. En l’espace d’une génération, le développement et la diversification de la littérature jeunesse sont impressionnants. Elle répond aux goûts de chacun, des tout-petits jusqu’aux ados avec beaucoup de créativité et de belles maisons d’édition, des auteurs très imaginatifs ainsi que de très beaux illustrateurs. 

 


 

L’ensemble est un succès, qui économiquement est important, et tout cela explique l’importance de cette filière et pourquoi elle rencontre un grand succès. Mais surtout, ces livres ouvrent une magnifique porte d’entrée vers la lecture pour les enfants en général. Pouvoir compter en France une pareille richesse et une telle réussite, c’est une grande chance pour nous.

 

ActuaLitté : Vous engageriez-vous à lire les livres que l’on vous a offerts, les chroniquer, si vous les avez appréciés – à l’image des recommandations de lectures qu’ont pu faire des personnalités publiques ou politiques ?

 

Audrey Azoulay : (rires) Ah, non, je ne pourrai pas faire cela. Mais il peut m’arriver de donner un coup de chapeau, ou de saluer une belle œuvre – je l’ai déjà fait [NdR : plusieurs fois durant sa visite sur le salon], parce que j’ai un coup de cœur. Je ne le ferai pas forcément pour les livres dont on parle beaucoup, mais parfois, pour ceux qui sont un peu oubliés, ça peut être utile. 

 


 

ActuaLitté : Comme l’ouvrage de Thierry Magnier qui a été malmené par la mairie de Paris ?

 

Audrey Azoulay : Oui ! Il me l’a offert !

 

 

 

ActuaLitté : Lisez-vous beaucoup d’ouvrages de jeunesse ?

 

Audrey Azoulay : En réalité, on m’en met dans les mains chez moi ! J’en discutais tout à l’heure avec Timothée de Fombelle : nous parlions du livre Vango [Ed. Gallimard, NdlR], que je n’ai pas lâché et j'avoue que je ne l'ai pas regretté parce qu’il est formidable. Puis, il y a tous ces livres que l’on a pu lire, quand on est parent, avec ses enfants. Et d’autres qui sont en réalité pour tout public, avec différents niveaux de lecture.

 

 

 

ActuaLitté : Deux nouvelles émissions se sont lancées à la télévision autour de cette littérature. C’est bien, évidemment. Mais comment faire mieux – et pour les ados ?

 

Audrey Azoulay : Oui, nous savons que la période de l’adolescence représente un moment crucial. Très souvent, les enfants lisent quand ils sont tout petits, puis, vers 13 ou 14 ans, on peut les perdre. Il y a bien entendu des actions – qui ne sont pas des émissions – mais que l’on peut et doit mener. En premier lieu, il s’agit de favoriser cette littérature pour les adolescents : c’est en plein développement. D’autre part, des associations travaillent justement sur cette problématique : comment ramener les adolescents vers la lecture. L’une d’entre elles est présente sur le stand du ministère de la Culture. 

 


 

Alors, peut-être que cela peut également passer par des émissions télévisées, en effet. Ou des projets numériques, mais toujours pour leur faire envie. Ensuite, il faut revenir au livre – mais cela peut être un vecteur. Toutefois, les ados sont assez peu devant la télévision. On pourrait envisager des diffusions d’émissions de France Télévision strictement sur internet, pour capter leur attention avec un outil qu’ils affectionnent. Arte avait tenté certaines choses, mais... les adolescents ne sont pas un public facile. En règle générale, on n’arrive pas à les attraper.

 

ActuaLitté : La Nuit de la Lecture leur consacrera alors une place spécifique ? 

 

Audrey Azoulay : Alors, on peut aussi espérer qu’elle soit blanche, cette nuit (sourire). Elle n’est pas exclusivement centrée sur la jeunesse, mais bien évidemment, quand on établit des projets autour des bibliothèques, on propose beaucoup de choses autour de la jeunesse. Que ce soit d’ailleurs en bibliothèque ou en librairie, ce sera grand public, avant tout. Certains des libraires et auteurs que j’ai pu rencontrer en étaient d’ailleurs ravis : disposer de moments de partage autour de la jeunesse, c’est un vrai plaisir. 

 

 

En outre, elle pourra se passer en famille : c’est-à-dire ne pas se consacrer aux enfants strictement, mais les intégrer autour d’animations sur la lecture ensemble, avec les parents. Voici quelques-unes des opérations que l’on découvrira.