Autoédition : "Se démarquer de ce qui se fait dans le monde de l'édition"

Clément Solym - 24.05.2013

Interview - autoédition - YouScribe - promotion


L'autoédition a généré l'un des succès de l'année : Fifty Shades of Grey. Mais cet exemple très vendeur est l'arbre qui cache la forêt, et les auteurs n'ont pas attendu un succès providentiel pour s'emparer des outils de l'autoédition. Clément Hourseau, auteur autoédité sur papier et en numérique, détaille ses méthodes de A à Z.
 
D'abord, que représente la diffusion sur YouScribe ?

En ce qui me concerne, la diffusion sur YouScribe est le meilleur moyen de partager mes textes. Cela me permet, à partir de la plate-forme, de les rendre disponibles à tout instant sur internet, en particulier sur mon site personnel. Le tout en contrôlant certaines "options" telles que la licence d'utilisation (je n'utilise que des licences Creative Commons).
En terme de chiffres, cela représente une grande partie des lectures en ligne de mes textes. Il peut m'arriver de les placer sur d'autres sites ou plateformes, mais ce n'est que secondaire comparé à YouScribe. L'autre grand avantage de cette diffusion est qu'elle permet de rendre disponibles de courtes histoires qui ne peuvent pas prétendre à une publication papier.
 
Aujourd'hui, comment s'opère votre travail de promotion de vos livres ?

Mon travail de promotion est grandement tourné vers le numérique. Je m'appuie particulièrement sur les réseaux sociaux (Twitter et Facebook) pour faire connaître mes ouvrages, mais pas uniquement.
C'est ainsi que je n'hésite pas à diffuser mes textes (nouvelles courtes et ouvrages complets) sur quelques sites/forums de téléchargement direct, dont l'un des principaux forums français . Le tout sans placer de restriction autre que la licence Creative Commons que je leur applique.
En outre, j'essaie de promouvoir mes ouvrages de façon indirecte par mes "actions" en ligne. A titre d'exemple, en faisant preuve de transparence : en dévoilant le coût d'écriture de mes ouvrages, ce qu'ils me rapportent à la vente, en m'engageant noir sur blanc sur une évolution favorable, dans le temps, des licences d'utilisation de mes textes.
J'essaie en quelque sorte de me démarquer de ce qui peut se faire dans le monde de l'édition, tout en restant fidèle à mes idées et à mes convictions.
Je n'en oublie pas pour autant la promotion physique de mes ouvrages, en transmettant des exemplaires papier à divers médias, en particulier de la presse écrite.
 
 


Au jour d'aujourd'hui, j'ai trois ouvrages publiés sous forme papier et numérique (Out of Earth, Le guide de l'auto-éditeur et IMAGINE), ainsi que six nouvelles disponibles uniquement en ligne. Je suis également sur l'écriture d'une autre nouvelle, 1906, dont les premières pages sont d'ores et déjà librement accessibles en ligne.
A noter que je reprends petit à petit mes trois ouvrages papier, dans le but de les améliorer. Si Out of Earth est définitivement terminé, j'ai confié aujourd'hui même IMAGINE à un correcteur afin de le purger de tout ce qui a pu m'échapper, afin d'en publier une seconde édition dans les semaines à venir.

Quelles sont les contraintes et avantages que vous trouvez aux différentes plateformes que vous utilisez ?

Jusqu'à l'été dernier je diffusais mes textes à partir de la plate-forme Scribd, avant de passer sur YouScribe. Les deux offrent un service comparable, si ce n'est qu'au moment de mon changement, Scribd était exclusivement en anglais, contrairement à YouScribe qui propose un e version française. Depuis, les choses ont changé (Scribd est désormais disponible en français), mais je ne compte pas changer de nouveau pour autant.
Sur un plan plus technique, je ne trouve pas de réels inconvénients. YouScribe me permet de faire ce que je souhaite de mes textes, ce qui me convient donc parfaitement.

La diffusion de mes textes et ouvrages en téléchargement direct se fait majoritairement via DownParadise.ws. Il s'agit là de rendre disponible mes textes et ouvrages gratuitement. Le principal avantage est le grand nombre de personnes qu'il est possible de toucher en un temps relativement court. L'inconvénient est que malgré diverses "catégories", ce genre de forum reste assez "fouillis" pour qui n'y est pas habitué. Le fait que ce style de sites puisse également être utilisé à des fins de téléchargement illégal (films, jeux...) ne me dérange pas plus que cela. J'estime qu'en diffusant moi-même mes publications, qui plus est sous licence libre Creative Commons, est un bon moyen de procéder.
 
 
Creative Commons
Kristina Alexanderson, CC BY-SA 2.0


Pour ce qui est de la "création" de mes ouvrages papier, je passe par le site d'auto-édition Lulu.com. Celui-ci me permet de créer relativement facilement mes ouvrages, lesquels passeront ensuite par la case imprimeur.
La qualité des livres n'a rien à envier à ce qui peut se faire au sein des maisons d'édition classiques. Néanmoins, le gros point noir est, selon moi, les frais de port appliqués aux ouvrages commandés. Ce qui explique que je commande des exemplaires d'avance de mes ouvrages, et que les lecteurs passent directement par moi pour en commander. Je peux ainsi les faire profiter des réductions à la commande auxquelles j'ai le droit en tant qu'auteur.
 
Qu'est-ce qui vous a poussé à choisir l'autoédition ?

C'est après avoir créé et géré ma propre maison d'édition à compte d'éditeur, lorsque j'ai dû stopper cette activité, que j'ai opté pour l'autoédition. Je souhaitais alors m'affranchir de toute maison d'édition et jouir d'une certaine liberté. Après quelques recherches sur internet, j'ai découvert plus précisément ce qu'était l'auto-édition, et j'ai fini par adopter ce mode d'édition.
Connaissant donc désormais le monde de l'édition, j'ai fait le choix de me passer de tout ce qui était comité de lecture, délai d'attente... Depuis, je gère également mon blog ainsi que mon site, sur lesquels je diffuse mes textes et ouvrages, ainsi que des informations sur l'autoédition. Bien sûr, l'autoédition demande de savoir tout gérer soi-même de A à Z, mais c'était un peu comme un challenge pour moi. Une façon également de développer encore un peu mon coté autodidacte et de profiter de tout ce que j'avais pu apprendre en gérant ma maison d'édition.
 
Ce travail d'autoédition, et l'implication personnelle qu'il implique, a-t-il eu une incidence sur votre écriture ?

Je dirais que oui. Cela me permet d'écrire et surtout de publier ce que je souhaite, quand je le souhaite. Personne n'est là pour me dire "il faut changer ça, car ça ne passera pas au niveau des lecteurs", ou parce que "ça ne rentre pas dans la ligne éditoriale". Bien sûr, je tiens compte des avis des lecteurs, et je n'hésite pas à modifier des choses qui, à priori, ne collent pas. Mais il s'agit là de l'avis des lecteurs justement, et non pas de celui d'un "intermédiaire". Les lecteurs étant souvent plus directs et critiques, je pense qu'il est plus facile de progresser de la sorte.

L'autoédition m'a également offert la possibilité de faire évoluer mon "genre" d'écriture. A l'origine je n'écrivais majoritairement que du fantastique/fantasy. Désormais, depuis que je m'autoédite sous ma propre marque éditoriale, Univers Parallèle, je suis passé à la science-fiction. Ce genre étant à mon avis sous représenté dans les maisons d'édition (mis à part quelques unes spécialisées), l'auto-édition permet de publier soi-même ses ouvrages.

En outre, le fait de devoir être polyvalent (écriture, mise en page, réalisation, promotion, diffusion...) permet de se rendre compte de ce qu'est vraiment l'édition et de la masse de travail que cela implique "dans l'ombre" pour parvenir au résultat final qu'est un livre, qu'il soit papier ou numérique. C'est une aventure formidable qui se retrouve obligatoirement dans l'écriture.