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Belles étrangères : rencontre avec Hector Abad Faciolince

Clément Solym - 12.11.2010

Interview - Colombie - France - ebook


Venu en France pour la manifestation des Belles étrangères, Hector Abad Facilince répond à quelques questions.


Quelle relation avez-vous avec vos livres ?

Les livres sont comme des enfants. Vous aimez vos enfants, même les idiots. Il ya de la jalousie entre les enfants, et tous mes livres sont jaloux de El Olvido que Seremos (2006; The Oblivion We Shall Be) car c'est le livre le plus traduit, celui qui a eu le plus de reconnaissance. J'ai un sentiment étrange envers ce livre, qui est sans doute le plus personnel de tous mes livres. C'était plus difficile d'écrire monpremier roman, Asuntos de un Hidalgo Disoluto (1994 ; The Joy of Being Awake). Ma préférence varie, comme pour les enfants. Je n'ai qu'un « bâtard », qui est le premier que j'ai publié, je ne le « reconnais » pas comme mon propre enfant. Tous les autres, je les aime comme mes enfants, même les idiots. Il y en a.

Lesquels ?

J'ai reçu beaucoup de critiques pour Fragmentos de Amor Furtivo. Ce fut dur. Mais ce fut une étape importante, car après ceci je me suis mieux protégé des critiques. Vous avez besoin d'avoir une certaine distance. En Colombie comme en Espagne, il fut dit que c'était un très mauvais livre. Je l'aime quand même.

Comment les lecteurs colombiens ont-ils appréhendé des livres critiques sur le pays comme Angosta (2004) et El Olvido que Seremos....

El Olvido a été très bien reçu, j'ai vendu plus de 100.000 exemplaires, ce qui est énorme pour la Colombie. J'ai reçu de nombreuses lettres. Pour ce livre, j'ai eu beaucoup de compliments de gens de tous partis politiques. Comme il y eut beaucoup victimes de conflits en Colombie, tombées dans le silence, il est possible que beaucoup de familles se soient identifiées aux personnages de ce livre. J'ai vraiment reçu beaucoup « d'éloges » (en français).
 
Pour Angosta, malgré les 10.000 exemplaires vendus, il n'y eut jamais une seule critique littéraire. Je n'ai reçu que le silence. Mais le livre a été traduit en Chine, et j'ai gagné un prix là-bas ! Peut-être ont-ils compris le livre en Chine, et non en Colombie..

Angosta dépeint une ville en trois parties, riche, classe moyenne et pauvre. C'est une ville qui ressemble à Medellin, ou vous êtes né. Ou vivriez-vous dans cette ville imaginaire ?

Vous savez, je pense qu'Angosta pourrait être Paris. Vous avez aussi des cloisons géographiques. Angosta ressemble à Jérusalem, à la frontière entre les États-Unis et le Mexique...Je pense que je vivrais dans la partie haute de la ville, la partie possédant « l'air frais », mais avec un sentiment terrible de culpabilité.

Quel est votre message dans ce livre ?

Il y a une tradition, très française, qui consiste à démontrer quelque chose par l'histoire, comme Voltaire par exemple aimait à le faire. C'est quelque chose qui ne se fait plus, beaucoup d'écrivains haissent ce genre de littérature. Je n'ai pas essayé de démontrer une thèse. J'ai juste tenté de montrer ce que peut devenir le futur si nous continuons à diviser les gens ethniquement, religieusement, et économiquement. Mais le maire actuel de Medellin, qui a lu le livre, a décidé de changer la forme de la ville, de se battre contre les bidonvilles. Il a tenté de construire de réelles maisons pour les gens habitant les montagnes. C'est endroit décrit dans Angosta, ces montagnes insalubres, n'existent plus à Medellin. Peut-être cette image exagérée que j'en ai dressée a eu son influence pour amener le changement.

Vivre en Colombie a influencé votre manière d'écrire ?

L'endroit où vous vivez est comme la piscine ou vous nagez. Vous ne pouvez rester sous l'eau indéfiniment. Il faut respirer parfois, comme je le fais maintenant en étant à Paris. Bien sûr, cela influence mon écriture. Mais respirer entend aussi lire des ouvrages d'autres pays, qui nous viennent du passé...

Quel est votre avis sur la situation actuelle en Colombie ?

Quand je suis en Colombie, je suis très critique, dans mes articles, dans mes discussions. Mais en France, je préfère souligner que nous sommes meilleurs aujourd'hui que nous l'étions hier. Je ne veux pas paraître comme une victime à l'étranger, car je n'en suis pas une. En outre, je ne veux pas que les gens du Nord économique aient de la pitié, ou de la compassion. J'aime vivre en Colombie. Beaucoup moins de gens sont victimes de la violence à Medellin, comme dans l'entière Colombie. Tout cela est dû au travail des administrations locales, qui ont tiré les gens de leur pauvreté, de ces montagnes invivables. Ils ont donné naissance aux écoles, aux bibliothèques. Ce n'est pas assez, mais c'était un travail qu'il fallait faire, et la situation s'est améliorée.

Que pensez-vous du président Juan Manuel Santos ?

Je n'aime pas dire bon ou mauvais. Il est nouveau, c'est un homme riche. Il a déjà tout ce qu'il désire. J'aimerais penser qu'il ne cherche pas l'argent, par la corruption, mais une place dans l'Histoire pour le bien qu'il aurait amené. tout ce que je peux dire, c'est qu'il s'est conduit comme un traître envres Uribe, et j'ai recu ceci comme une bonne chose.

Que pensez-vous de l'ebook ?

Je pense que nous n'allons pas quitter complètement le livre, comme nous n'avons pas arrêté de marcher. Nous allons garder des livres chez nous. Mais pour lire, nous allons majoritairement, pour ce qui est de la lecture, délaisser les livres.

Vous allez donc publier en ebook ?

Ce n'est pas mon travail. Si mes éditeurs le veulent..., il y aura beaucoup de piratage, comme pour le domaine de la musique. Pour les écrivains, comme pour les chanteurs, il va devenir difficile d'être rémunéré ! Ce n'est pas une bonne nouvelle, et même pour les journaux ! Les gens lisent et ne payent pas un seul centime. Comment allons-nous payer les journalistes pour les interviews, les reportages ? Je suis journaliste moi-même.

Un message pour vos lecteurs français ? Que pensez-vous de la situation en France ?

Quand j'avais votre age, être traduit et publié en France n'était même pas un rêve. Alors, cette année, avoir trois livres traduits est comme un rêve pour moi. Et si chaque livre peut avoir les sept lecteurs qu'il peut ambitionner, je serais très heureux.

Je serais aussi heureux que des auteurs français viennent en Colombie, comme nous venons en France. Ce serait intéressant, et je pense que les lecteurs Colombiens en seraient très heureux aussi. Vous avez une tradition incroyable que nous n'avons pas.

Pour ce qui est de la situation, je pense que les Français se plaignent trop. C'est parfois important pour avancer, mais je pense qu'ici c'est devenu une mauvaise habitude, vous perdez beaucoup de temps à vous plaindre. Et il y a une chose que j'aimerais dire à monsieur Sarkozy que parfois, même votre enfant ne peut vous donner le sang nécessaire à une transfusion, car il n'est pas du même groupe sanguin, alors qu’un rom pourrait lui sauver la vie dans une situation dangereuse...


L'oubli que nous serons
(Gallimard)
Angosta (JC Lattès)
Traité culinaire à l'usage des femmes tristes
(JC Lattès)



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