Benjamin Faucon : booktubeur, “tout revient à la notion de plaisir”

Clément Solym - 29.06.2016

Interview - booktubeur éditeur auteur - Benjamin Faucon romans - editions AdA Québec


Sur internet, les chroniques de livres en vidéo ont dépassé le simple stade de la tendance. Baptisés Booktubeurs, ces internautes suspendus à la Toile entendent partager le plaisir de leurs lectures avec le plus grand nombre. Des chaînes fleurissent, des communautés se forment et des idées germent. Les éditions AdA, sises au Québec, se sont ainsi lancées dans l’aventure, avec une autre approche. 

 

 

 

Éditeur de Divergence, de Veronica Roth, ou encore de la série Sorcières de Cate Tiernan, les Éditions AdA ont décidé d’occuper internet avec l’un de leurs auteurs. Benjamin Faucon, auteur d’une dizaine de romans parus chez AdA, a débuté en avril sa carrière de Booktubeur. « La maison m’a demandé d’animer une émission hebdomadaire sur leur chaîne YouTube afin de mettre en avant leur catalogue, et ce de façon humoristique », explique-t-il à ActuaLitté. Une bien étrange aventure...  

 

 

ActuaLitté : D’abord : pourquoi ? Pourquoi se mettre à chroniquer les livres sur Youtube ? Et plus encore, ceux de ton éditeur !

 

Benjamin Faucon : Écoute, c’est très simple, tout a commencé par un message laissé par mon éditeur dans lequel il me lançait l’idée d’animer une émission sur la chaîne YouTube des Éditions AdA. Je suis plutôt du genre à suivre la philosophie de Richard Branson qui est d’accepter un projet qui nous paraît intéressant et de réfléchir par la suite comment le mener à terme. C’est ce qui m’a poussé à dire oui, alors qu’en toute honnêteté, je n’avais absolument aucune idée sur comment m’y prendre.

 

Toutefois, à force d’essais, de travail et de conseils avisés de la part de mon éditeur, j’ai poursuivi mon apprentissage et ma progression dans ce domaine tout en m’amusant, ce qui, avouons-le, est l’essentiel.

 

Également, je brise ma timidité et mon sérieux pour laisser davantage de place à la folie, qui, je dois le reconnaître, est bien plus créative que je ne le pensais à première vue. Cela m’a permis de me rendre compte que derrière chaque vidéo se cachent plusieurs heures de travail, alors je n’ose même pas imaginer à quel point produire une émission télévisée doit être exigeant. Encore une fois, je vois ce projet comme une merveilleuse expérience de vie et j’en savoure chaque instant. Aujourd’hui en étant un parfait exemple en répondant à tes questions pour le site ActuaLitté.

 

 

 

ActuaLitté : Comment est-ce que tu choisis les titres ? Selon l'actualité évidemment, mais quoi d’autre ?

 

Benjamin Faucon : En réalité, je dispose d’une belle liberté, puisque je peux effectuer mes propres choix, tant et si longtemps que ceux-ci correspondent à la ligne éditoriale de mon éditeur. Parfois, je guette les nouveautés qui me font de l’œil, d’autres fois, je me consacre à un livre plus ancien, bref, je varie les genres, tout en essayant de parler du maximum d’auteurs possibles du très riche catalogue des Éditions AdA (qui figure parmi les plus gros éditeurs au Québec avec de nombreux best-sellers) en privilégiant les auteurs québécois.

 

Encore une fois, tout revient à la notion de plaisir, j’essaie d’alterner entre les différents genres, les différentes styles pour me permettre de renouveler mes idées et d’entretenir mon plaisir de lecteur.

 

 

ActuaLitté : Ça fait quoi de se retrouver devant la caméra ? Et ensuite de s’exposer sur internet ?

 

Benjamin Faucon : c’est à la fois amusant et épanouissant. Certes, cela demande beaucoup de travail et de temps, ce bien si précieux pour lequel je me sens de plus en plus pauvre, à force de courir dans tous les sens et de vouloir tout faire en une seule journée. Mettre ses idées au propre pour une nouvelle capsule littéraire demande du temps, fait travailler notre imagination d’une façon fort différente à celle menant à l’écriture d’un roman, et d’ailleurs je trouve que cela demande beaucoup plus d’énergie que je l’imaginais au départ, mais encore une fois, compte tenu du plaisir que je prends à réaliser ces vidéos, je ne regrette pas mon choix, au contraire, je remercie la vie !

 

M’exposer sur Internet ne me dérange pas. Cela fait partie selon moi des choses qui accompagnent la vie d’un auteur. Lorsque l’on choisit de se faire éditer par une maison d’édition ayant pignon sur rue, de participer aux salons du livre, d’animer des médiaux sociaux en dévoilant une partie de sa personnalité, d’effectuer des séances de dédicaces, de dévoiler son petit monde intérieur, de partager sa folie créatrice, etc. Tout découle d’un choix personnel. L’auteur sort de l’anonymat par un choix qui est le sien, puisqu’il ouvre lui-même la porte de son petit jardin intérieur pour partager avec ses lecteurs toutes ces histoires qui naissent dans son imagination à l’instant même il choisit de publier un roman. 

 

Alors, parler de soi sur Internet, « lâcher son fou » sur YouTube, y parler de livres tout en ayant du plaisir à le faire, fait selon moi partie de la « game ». Je me répète : c’est un choix. Personnellement, je l’assume pleinement et d’ailleurs, je dois l’avouer, avant que tu me poses la question, je ne m’étais pas demandé « que vont-ils penser ? » en songeant à ce que les gens diraient en me voyant agir de la sorte sur YouTube.

 

 

ActuaLitté : Que redoutais-tu le plus en commençant ?

 

Benjamin Faucon : Probablement le fait de ne pas être drôle, d’être « plate », insipide, mais comme tout apprentissage, on s’améliore avec le temps, le tout étant de travailler. C’est similaire en ce point à l’écriture : lorsque l’on commence à rédiger son premier roman, on voit des barrières infranchissables se dresser devant soi, mais en continuant son petit bout de chemin, celles-ci s’estompent au fur et à mesure.

 

Encore une fois, je pense qu’il ne faut pas se demander si on parviendra à le faire, mais plutôt se dire qu’en le faisant, tout deviendra possible !

 

 

ActuaLitté : Feras-tu un ouvrage de cette expérimentation ?

 

Benjamin Faucon : Bon, il ne faut jamais dire jamais, mais dans un tel cas, face à une telle question, je dois toutefois à y répondre en disant « non, je ne crois pas », mais par contre, ce projet m’influence au plus haut point. En effet, cela tend à effacer ma timidité, à m’épanouir tel que je suis au plus profond de moi-même : soit un petit enfant dans un corps d’adulte. 

 

Après, te dire que je raconterai cette expérience dans un roman, je ne pense pas, mais que celle-ci influencera la création de certains personnages, de certaines histoires, pourquoi pas, car le subconscient se nourrit de toutes ces expériences de vie et me souffle à l’oreille, en tant qu’auteur, de nouvelles histoires.

 

Alors, qui sait ?